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Terrorime en Tunisie: La menace asymétrique (partie V)

Par Ridha Ben Kacem

Depuis que la lutte a été ouvertement engagée, contre les terroristes, qui se sont manifestés à Jebal Châambi, la population est restée sur sa faim. On a bien parlé de quelques personnes arrêtées, mais contrairement aux pratiques habituelles, aucune image n'a fait, ne serait-ce que frissonner le Net. Frustrés, les internautes tunisiens parlent, de plus en plus, de lutte contre des « spectres ». L'image est toute trouvée et correspond de fait, à la réalité. Les spectres n'ont pas besoin d'apparaitre pour être craints. Il leur suffit de faire claquer portes et fenêtres, voler la vaisselle, à travers la maison ou encore, de secouer violemment, les lits des paisibles dormeurs, pour signifier qu'ils sont là.

Pour toutes images, depuis plus de deux mois, on ne cesse de nous gaver de celles de ces malheureux soldats, qui semblent découvrir le terrain. On les voit errer, un peu partout, comme de malheureuses âmes en peine, en attendant l'explosion. Ils jurent tous, de défendre leur pays, au prix de leur vie. Je les crois. Tels des chevaliers preux, ils sont nobles et valeureux. Mais cela ne suffit pas. A mon humble avis, on ferait mieux de décider, en haut lieu, de ne plus diffuser ce genre d'images qui font rire, probablement, « ceux d'en face ».Ce n'est manifestement pas, avec ces séquences vidéos, que les tunisiens retrouveront le sommeil. Les spectres reviendront, toutes les nuits, leur chatouiller les pieds. On l'aura compris, ce n'est pas avec les badasses, que l'armée résoudra le problème et que l'on viendra à bout des fantômes de l'Opéra. Les appelés du contingent ne savent même pas, dans la plus part des cas, démêler les lacets de leurs brodequins. Leur confier la lourde tâche de dératiser les zones infestées de méchants spectres, semeurs de mines antipersonnel et antiengin, est bien évidemment, légèrement décalé et risible sur les bords, même s'ils sont placés sous bon commandement. Comprenez que je respecte l'institution de défense nationale et je ne veux nullement la ridiculiser ou l'offenser. Mais cette vénérable institution a besoin aussi, elle aussi, de se remettre en cause. Il est une vérité, dans ce domaine, qui ne saurait être contournée : Les bonnes causes justifient les bons moyens et l'armée a besoin d'avoir les moyens des sa cause. Les moyens de contrer la menace asymétrique sont d'une tout autre nature, cela va de soi. On y reviendra dans la partie, qui sera justement consacrée aux moyens à mettre en ½uvre, pour contenir, avant d'anéantir la menace asymétrique.

En parlant d'images, on rebondit en fait, sur le thème de la propagande, objet de la partie IV, de ce document. Après avoir diagnostiqué le problème, la question est : « Que faire ? ».Voici, pour commencer, une réponse bateau : La puissante machine de communication gouvernementale devrait être utilisée, pour contrebalancer la dérive propagandiste des différents médias, en luttant notamment, contre leur vision décalée et distordue de la réalité. Le problème, en Tunisie, c'est que cette puissante machine, autrefois propagandiste, est en pleine décomposition. Les autorités en place, ne semblent pas se rendre compte de cela. Les trois pouvoirs ont plus ou moins, développé leurs propres outils de communication, en dehors de toute concertation. De plus, au niveau du gouvernement, les principaux départements ministériels, communiquent à tort e à travers selon leur propres besoins. Aucune cohérence d'ensemble n'est assurée, à un niveau ou un autre. Ce qui est en jeu, ici, c'est bien évidemment, la crédibilité de l'information communiquée. Tout se passe, aujourd'hui, comme si l'on était invité, à tous les coups, en tant que consommateurs de cette communication officielle, à mettre en cause, ce qui est officiellement communiqué. Cela est très grave, car c'est bien la communication officielle, qui est en jeu, dans la maitrise de la propagande terroriste. Je vous donne un exemple parlant.

Lorsque le département d'Etat américain établit la liste des pays à risque ou interdit aux américains de voyager dans tel ou tel pays, rares sont les citoyens américains qui songeraient à mette en cause, cette communication officielle. Sa crédibilité est prenante et totale. En contre partie, cette communication est orientée essentiellement, sur le volet sécurité et intérêts globaux, des Etats-Unis. Voyez maintenant ce qui se passer en Tunisie. Les autorités ont rompu les liens diplomatiques avec la Syrie. Que l'on soit d'accord ou pas avec l'initiative n'entre pas en question, ici. Théoriquement, les tunisiens devraient être interdits de voyage en Syrie, sous peine de poursuite judiciaires, et les autorités auraient dû signifier clairement cela à leurs administrés. Or, non seulement les tunisiens continent à voyager en Syrie, mais, en plus ils se croient autorisés à parler au nom de la Tunisie ! Quel coup porté à la crédibilité du gouvernement tunisien, à l'étranger ! Mieux, les jihadistes sont presque officiellement envoyés en Syrie. Le gouvernement tunisien sait-il au moins, que cela équivaut à un « Casus belli » ?

Cette question de la communication officielle, non pas du gouvernement, mais de l'Etat tunisien, pose aujourd'hui, problème et reste non seulement, à maitriser, mais également, à instaurer avec d'emblée, toute la crédibilité voulue. Il y a urgence, car il y va de la sécurité du pays. Ce que l'on doit comprendre, s'agissant de communication de l'Etat, c'est que cette communication doit maitriser ses propres SOURCES, pour être totalement crédible. Il ne s'agit nullement, en effet, de recycler, à un niveau supérieur, la cacophonie de la communication officielle actuelle, pour lui donner plus de crédibilisé. Maitriser les sources de l'information, cela veut dire maitriser leur traçabilité. Ce n'est évidemment pas d'un TAP bis, qu'il s'agit. Dans les pays qui ont compris l'importance des enjeux de cette question, les sources de ces informations sont les différentes agences du renseignement intelligent, militaires sécuritaires ou civiles. Dotées de l'autonomie financière et administrative, ces agences du renseignement fonctionnent en toute indépendance, par rapport au pouvoir politique. Les citoyens le savent et leur font généralement, confiance. Il arrive, bien entendu, que des scandales éclatent, en raison de dérives de fonctionnement, mais, aux yeux des citoyens cela témoigne plutôt, de la bonne santé du système, qui s'autorégule ainsi, correctement.

Pour le cas de la Tunisie, nous savons que les agences de récolte de données et de renseignements, ont une mauvaise réputation, du fait de leur instrumentalisation, par l'ancien pouvoir. Leur crédibilité reste à restaurer. J'inclus, bien évidemment, dans ces agences, non seulement, les services de renseignement du ministère de l'intérieur, mais également celui du ministère de la défense, ainsi que l'ATI et l'ex ATCE. Il y en avait et il y en a probablement d'autres. Il s'agit, comme vous l'avez compris, de spécialités et de spécialisation. Il serait inadéquat en effet, de créer un monstre boiteux, chargé de tout type de renseignement. D'abord on y perdrait en réactivité et en qualité et pertinence de l'information. Ensuite, on réintroduirait de la sorte, le problème de la crédibilité. Il est plus facile d'instrumentaliser une seule agence du renseignement que plusieurs. Pour ce qui est de la Tunisie, il en faut au moins trois. L'une tournée uniquement, vers l'intérieur du pays, la seconde vers l'étranger et la troisième, pour scanner le Net.

Aujourd'hui, la plupart des dangers viennent du Net. Récemment, le chef du Service fédéral de la sécurité de Russie (FSB), Alexandre Bortnikov, a qualifié les réseaux sociaux, de couveuse et source des idées de l'extrémisme. « Les utilisateurs des les réseaux sociaux créent des groupes qui influencent idéologiquement, la population », a indiqué Alexandre Bortnikov, lors d'une réunion du Comité national russe antiterroriste. Le vice-premier ministre russe, Dmitri Rogozine, a également, critiqué les réseaux sociaux, les ayant qualifiés d'éléments de la « cyber-guerre »,contre la Russie, menée par un département spécial, du Département d' Etat américain.

Le mot est lancé. La menace asymétrique moderne est aussi, une menace du cyberespace. Il s'agit de cyber-guerre, au vrai sens du terme. Tout ce qui est posté, texte image ou vidéo, est potentiellement dangereux. Mais, hélas, pas uniquement. Ce que vous faites dans la vie de tous les jours, peut aussi, se retourner contre vous, et l'on peut utiliser cela contre vous, soit pour vous obliger à agir dans un sens ou l'autre, ou tout simplement, pour vous embrigader. Il suffit de savoir, à ce propos, que le terrorisme recrute aussi, sur le Net. A titre anecdotique, je vous livre cette histoire vraie. Récemment, une américaine a posté sur les réseaux sociaux la photo d’un américain, qui s’amusait à raconter ses aventures extraconjugales dans un train, en partance de Philadelphie.

Bien évidemment, cet américain aurait dû réfléchir à deux fois, avant de se vanter de ses relations extraconjugales, auprès de ses amis, alors qu’ils voyageaient dans un train. Placée en face de lui, une jeune femme n’a pas supporté la scène et s’est emparée de son téléphone portable, pour le prendre en photo qu'elle posta sur Facebook, accompagnée de ce message : «Si c’est votre mari, sachez que j’ai supporté durant un trajet en train de 2 heures depuis Philadelphie, ce loser et ses amis, qui se vantaient de leurs histoires extraconjugales, en racontant que leurs épouses étaient trop stupides pour ne pas s’en rendre compte. S’il-vous-plait, partagez ce message… ». Et les internautes ne se sont pas fait prier. Au moment où la photo a été publiée, le post a été partagé plus de 86.000 fois, en moins de dix minutes, selon le Huffington Post, qui a repéré ce message viral. Les commentaires qui ont accompagné la photo, sont sans appel. «Partagez, partagez, partagez, s’enflamme un utilisateur Facebook. Je veux voir ce gars se faire pourrir par sa femme ». Une autre internaute ajoute : «Les gens sont stupides de nos jours. Ils ne se rendent pas compte que tout le monde peut prendre des photos, n’importe où et n’importe quand ? ».

Si les réseaux sociaux peuvent parfois, donner lieu à de beaux élans de solidarité, ils peuvent également, être des lieux de dénonciation de calomnie d’humiliation et bien entendu de messages codés, de manuels de fabrication d'armes et de bombes, d'endoctrinement et de recrutement. Certaines pages des fans d'Ennahdha ne sont pas loin de faire l'apologie de la menace asymétrique, en ½uvre à Jebal Châambi. Aux Etats-Unis, en France ou en Russie, ces pages auraient fait l'objet de mesures d'interdiction et de poursuites, au nom des intérêts supérieurs de l'Etat. En France, dans un quartier bordelais, des riverains faisaient la chasse aux dealers qui traînaient près de chez eux. Les habitants excédés, étaient invités à prendre en photo, les trafiquants de drogue pour les poster sur Facebook. La capacité de nuisance n'a pas de limite. Ces trafiquants de drogue étaient surveillés par les services anti-drogue, qui espéraient remonter aux fournisseurs et aux patrons des cartels. Peine perdue.

Edward Snowden, un américain de 29 ans, menait une vie très confortable : Il gagnait près de 200 000 dollars par an, avait une petite amie, avec laquelle il vivait à Hawaï et travaillait pour la NSA après avoir été employé par la CIA. Soudain, il a contacté le Washington Post et le Guardian, pour faire part de certaines révélations. Son geste vise, selon lui, à dénoncer les méthodes de travail du renseignement américain, en 2007, lorsqu’il travaillait pour la CIA, sous couverture diplomatique, à Genève. « J’ai réalisé que j’appartenais à une organisation qui causait bien plus de mal que de bien »,a-t-il expliqué. Edward Snowden espérait que la situation s’améliorerait, avec l’arrivée de Barack Obama, à la Maison blanche. Mais après avoir constaté que le nouveau président poursuivait la politique de ses prédécesseurs, il a décidé de « dévoiler à la société ce qui était fait en son nom – mais contre elle ». Mi-mai dernier, Edward Snowden a copié plusieurs documents confidentiels de la NSA et s’est envolé pour Hong Kong, d’où il a pris contact avec des reporters, en se présentant comme « Verax» ou « véridique ».Toujours selon lui, ses motivations étaient purement idéologiques. « Si j'avais voulu récupérer de l’argent j’aurais vendu ces informations à la Russie ou d’autres pays, a-t-il expliqué. Je suis prêt à tout sacrifier parce que je ne peux pas laisser le gouvernement américain détruire la protection de la vie privée, la liberté sur Internet et les libertés de base, dans le monde, avec la machine de surveillance qu’il est en train de construire »,a-t-il indiqué.

« Même si vous n’avez rien fait de mal, vous êtes surveillés et enregistrés, a-t-il déclaré aux journalistes. Il suffit d’être suspecté, même par erreur, afin que le renseignement américain puisse vous suivre à la trace et écouter toutes vos conversations ».ajoute-t-il. A la question de savoir quel était le rapport avec les déclarations du gouvernement américain disant qu’il était victime d’espionnage cybernétique venant d’autres pays, Snowden a répondu : « Nous piratons tout et tout le monde. Nous surveillons pratiquement, tous les pays ». Parmi les compagnies qui coopèrent avec les renseignements américains, il a mentionné Microsoft, Yahoo, Google, Facebook, AOL, Skype, YouTube, Apple et PalTalk.

Réagissant à cette débauche de révélations, le ministère de la Justice américain a ouvert une enquête sur la « divulgation non autorisée d’informations confidentielles par un individu y ayant accès ».Plusieurs congressistes ont exigé de la Maison blanche, de faire extrader Edward Snowden, à tout prix. Selon les experts, Hong Kong pourrait tout à fait satisfaire la demande d’extradition, puisqu’il a signé un accord à cet effet, avec les Etats-Unis, en 1997. Cependant, les experts américains pensent que les autorités de Hong Kong et de la Chine pourraient passer un accord avec la Maison blanche. Snowden risque jusqu’à 20 ans de prison pour chaque document de la NSA transmis aux journalistes. Edward Snowden a déjà déclaré qu’il avait l’intention de « demander l’asile politique dans tout pays croyant à la liberté d’expression et qui s’oppose à la violation de la vie privée ».A titre d’exemple, il a mentionné l’Islande. Mais les autorités islandaises ont expliqué que pour cela, il devrait se trouver en Islande et le pays n’a pas d’ambassade à Hong Kong. En revanche, la Russie dispose d’un consulat général à Hong Kong, et Moscou n'a pas raté l'occasion d’offrir l'asile politique à Snowden.

Ce qu'il faut retenir, ici, c'est que tout devient possible, au nom des intérêts supérieurs de l'Etat. Il faut donc, éviter de créer des monstres incontrôlables, qui deviendraient des rouleaux compresseurs de la vie privée. La seule solution c'est de placer les agences de renseignement, non pas sous la responsabilité, mais sous le contrôle d'une commission d'Etat, composée paritairement, des représentants des trois pouvoirs ainsi que des représentants de la société civile. La sagesse recommande en effet, de ne pas s'aventurer sans filet, dans un domaine d'activité de l'ombre ou tout se fait en cachette.

Quant au second enseignent à tirer de cette affaire, c'est que la prochaine fois où vous irez faire votre cinéma sur facebook ou Twitter, vous savez maintenant, que l'oncle SAM vous suit de près. A vous de décider de ce que vous voulez lui révéler. Plus sérieusement, c'est le directeur de l’agence de sécurité nationale, la NSA, James Clapper en personne, qui a confirmé que les services secrets américains collectaient des informations, via les serveurs centraux de Facebook, de Google et d’autres grandes sociétés internet américaines. Il a cependant précisé qu’il s’agissait uniquement, des ressortissants étrangers habitant en dehors des Etats-Unis. Donc, il s'agit bien de vous et de moi et notamment, de ce que vous êtes en train de lire, en ce moment. Le directeur du renseignement a ainsi, commenté les articles du Washington Post et du Guardian, à la suite des révélations faites par Edward Snowden, affirmant que les autorités avaient un accès direct, aux serveurs des plus grandes sociétés internet, d’où elles extrayaient les informations les plus variées, y compris sur les courriels privés. Souriez, votre boite mail est constamment violée. Vous voulez savoir comment vous protéger ? Lisez la suite de cette itération.

Par Ridha Ben Kacem le 12 juin 2013

Cliquez ici pour lire les parties I ,II, III et IV

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