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Orpaillage à Gambo : ‘'Qui en veut à notre colline d'or'' ?

Le village de Gambo est situé dans le Nord burkinabè. Sa particularité est sa colline d'or qui fait vivre l'ensemble de ses habitants et de plus de 20 villages environnants. L'Etat burkinabè a décidé de mettre le site d'or providentiel en exploitation industrielle, ce qui n'est pas du goût des 5000 âmes qui doivent leur survie à l'exploitation artisanale de cet or. Voyage à la découverte d'une population hantée par la perte de son « sésame ouvre toi »...

Ouagadougou, samedi 08 juin 2013, une équipe de journalistes embarquent avec la fraiche matinée (5h30) dans deux véhicules et s'engagent vers la sortie Nord de la capitale burkinabè. Route nationale n°2, nous fonçons en direction de Ouahigouya (la grande ville du nord)..

Le soleil vient d'achever sa timide apparition, le voyage dure bientôt 1h 30. Arbolé, nous sommes à 80km de Ouagadougou.

Nous quittons le bitume et nous nous engageons sur une piste rurale. Passé le faubourg d' Arbolé, nous plongeons dans une savane arbustive et arborée avec des élévations collinaires par endroit qui perturbent le relief de plaines et de plateaux typique à la région du Nord burkinabè.

Un carnet de route et des surprises

Au fil du temps, Il devient difficile de griffonner quelque chose sur notre carnet de voyage, mais la petite musique filtrée et l'air conditionné de notre véhicule nous permettent de moins sentir les secousses de la piste. Nous manquons de peu d'écraser un chien dans un des nombreux villages à qui nous servons un véritable nuage de poussière.

08h : kalsaka. Nous retrouvons encore quelques signes d'urbanisation depuis notre sortie de la capitale (électricité, architecture en matériaux définitifs...) Mais notre voyage ne s'arrête pas là.

Passée cette localité qui doit son relatif développement à sa mine d'or, nous replongeons dans le même paysage à la fois rustique et naturel. Les paysans interrompent quelques secondes leurs travaux champêtres pour jeter un coup d'½il sur nos véhicules... les badauds nous font quelques signes d'amitié.

08h40 : Gambo. Cela fait maintenant 3h10mn que nous avons quitté la capitale. Nous sommes reçus au domicile de monsieur Z. Son « domaine », pour être plus réaliste, égratigne notre curiosité. Dans cette localité où la plupart des bâtisses sont en terre (banco) et coiffé par des toits de 20 tôles maximum, M. Z. a érigé un bâtiment R+ 2 qui communique avec d'autres villas basses. Son arrière-cour est un vaste espace récréatif (bar restaurant) avec chambre d'hôtel. Nous nous renseignerons plus tard et dans un esprit professionnel sur la taille de sa fortune. Pour faire bref, nous retenons que Z est un « chanceux » de l'orpaillage.

La résistance s'organise

Non loin de là, un grand espace vide. Quelques tentes y sont dressées. Un grand mur humain clôture ces tentes. C'est un rendez-vous majeur. Ils brandissent des pancartes sur lesquelles l'on peut lire les messages suivants : « non à la venue de la société minière à Gambo », « on n'est pas d'accord ».

Des jeunes en tenues délabrées, pioches en main et lampe torches fixées sur le front ou sur la tempe, simulent des situations d'orpaillage. Les femmes qui paraissent d'ailleurs les plus nombreuses font un grand bruit avec leurs grosses bassines en aluminium. Elles mettent en scène aussi leur rôle sur une mine artisanale.

Cette cérémonie est loin de celles ''VIP'' de la capitale burkinabè. Pas d'officiels. .. Mais des « invités d'honneurs ».... Et c'est nous. Les journalistes venus de Ouagadougou et de Ouahigouya : c'est une conférence de presse... une conférence de « presse-publique ». Les orateurs sont nombreux, les acclamations aussi. Les vieux, les jeunes, les femmes, le chef du village ont tous pris la parole.

De l'or, des sociétés minières et une population qui s'interroge

Le problème : une société minière X veut lancer la production industrielle de la mine d'or. Elle a reçu l'autorisation du ministère mais cela pose problème aux populations locales.

Question 1 : qui est le véritable détenteur de l'autorisation ?

Difficile de répondre à cette question. Nos interlocuteurs du jour luttent contre X. « En 8 mois, la mine est passée entre les mains de 3 concessionnaires » selon le président du mouvement burkinabè pour la justice sociale (MBJUS) Alexandre Ouédraogo. Il fait office, avec sa structure, de conseil du village. « Tantôt notre interlocuteur c'est AMARA Mining, tantôt c'est Cluff mining Burkina (la société qui exploite Kalsaka). » précise pour sa part le président du comité villageois de développement(CVD), Larba Savadogo.

Du côté du gouvernement et passant par les autorités déconcentrées (préfet, haut-commissaire, gouverneur), « c'est le silence total ». « Le gouvernement a donné l'autorisation à une société (sans pouvoir la nommer) sans tenir compte de certains préalables que sont la prise en compte des préoccupations des populations », indique le président CVD.

Question 2 : pourquoi tant de bruit autour de ce site ?

« Cette colline (le site d'or est situé au flanc d'une colline), est toute notre vie », explique Jérôme, 42 ans, ajoutant que « plusieurs personnes qui avaient migrées vers la côte d'ivoire ont dû revenir au village car c'est nettement mieux ».

« Depuis la découverte de l'or sur nos collines, les populations ont réalisé ce qui suit sans un seul franc de l'Etat Burkinabè : un dispensaire complet, Collège d'enseignement général (CEG) en finition, une école primaire de 3 classes, reconstruction du marché ravagé par un incendie. » a cité pour sa part le chef du village de Gambo, représentant les chefs des 23 villages qui seront affectées par la fermeture de la mine à l'exploitation artisanale.

Nous passons sur les nombreux impacts culturels cités par le chef, si jamais cette colline sacrée tombait entre les mains d'une société minière. Mais nous retenons la question qui a conclu son intervention : « devons-nous vendre nos traditions et richesses aux compagnies minières ? »

Question 3 : faut-il alors laissé libre court à l'exploitation artisanale ???

A cette question (qui fâche nos interlocuteurs), nous recevons cette réponse : laquelle de l'exploitation industrielle et artisane contribue plus au développement des localités ? Il y a une volonté de réglementation et de discipline dans l'exploitation de l'or, encore faut-il que cette volonté soit accompagnée des actes de bonne foi à l'endroit des populations, semblent se résumer nos hôtes.

Visite terrain... retour.

La conférence a duré près de 2 heures. Nous sommes embarqués pour visiter les différentes réalisations mentionnées plus haut. A chaque étape, une idée sur le coût nous est donnée (30 millions pour le dispensaire, plus de 100 millions pour le CEG...).

15h. Nous reprenons le chemin à l'inverse. Derrière nous, les mêmes nuages de poussière de notre 4*4, une population fondant ses espoirs sur nos plumes, nos micros et nos caméras. Une population qui ignore tout de comment fonctionne un organe de presse, donc que nous appartenons à un tout qui peut décider ou non de la diffusion de nos articles. Une population qui ignore que nous sommes aussi des hommes, capables ou non d'être sensibles à leur situation.

Gambo et ses villages environnant comptent plus 5 000 âmes. La région du Nord se caractérise par de nombreux sites aurifères dont la majorité est exploitée de façon artisanale et quelques-uns par des sociétés étrangères.

En 2005, la population de la région du Nord représente 8,99% de la population totale du Burkina Faso, avec une concentration sur la province du Yatenga qui regroupe 46,43% de la population de la région.

Synthèse : Prosper BASSONO.

Le Faso

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