mis à jour le

Terrorisme en Tunisie : La menace asymétrique (partie IV)

Plusieurs pays ont été confrontés à la guerre asymétrique. A ce jour, l'exemple le plus frappant reste celui de l'opération « Restore Hope in Somalia» ou « Restaurer l’Espoir en Somalie ». Cette opération militaire menée à grand frais de publicité, par les Etats-Unis, s'est soldée par l'échec le plus cuisant subi par les américains, dans une opération militaire à l'étranger. L’opération connue officieusement sous le nom « Restore hope » débute en effet, le 3 décembre 1992 et s’achève le 4 mai 1993. Ainsi, elle n'aura duré que six mois. Confronté à la contestation, Siad Barre, est destitué et prend la fuite le 26 janvier 1991. Son successeur, Ali Mahdi Muhammad, se montrera incapable de ramener la paix en Somalie. À partir de ce moment, les événements s’enchaînent pour aboutir à une complète désorganisation du pays.

C’est dans ce contexte que l’ONU décide, par la résolution 751 du 24 avril 1992, de créer une opération des Nations unies, en Somalie : l'ONUSOM. Cependant, L’ONUSOM ne parvient pas, à rétablir la situation ni surtout, à remplir sa mission. A la suite de la mort de 24 soldats pakistanais de l’ONUSOM, lors de l’inspection d’une cache d’armes, le 5 juin 1993, on identifie les troupes de Mohamed Farrah Aidid, comme étant les auteurs de cette action. Il devient l'homme à abattre. Au cours du mois de juillet 1993, quatre américains de l'ONUSOM sont tués. À partir du 8 août 1993, les États-Unis déploient des troupes de rangers, hors commandement de l’ONU, afin de pouvoir lancer des attaques lourdes, contre les factions somaliennes, au-delà des limites du mandat de l’ONUSOM. Cette opération, menée sous le nom de code « Operation Gothic Serpent »,et visant toujours, à capturer ou éliminer Mohamed Aidid, culmine avec la « bataille de Mogadiscio », les 3 et 4 octobre 1993, qui se solde par la mort de 19 soldats américains, membres de la « Delta Force ».Les Etats-Unis sont humiliés. Ils retirent leur forces, peu de temps après, et les Nations unies quittent la Somalie, en 1995. Mohamed Farrah Aidid se déclare alors, président de la Somalie. Il ne sera jamais arrêté. La suite est connue.

Une victoire d'une telle ampleur relayée, qui plus est, par les médias du monde entier, a fait le nid du terrorisme, en Somalie et partout ailleurs. Cette guerre asymétrique opposant la plus grande puissance mondiale, à des factions armées, issues d'un pays pauvre et arriéré, s'est soldée par une défaite incroyable du plus fort, face au plus faible. Pour ceux qui ne le savent pas, la « Delta Force » est une unité d'élite des forces spéciales américaines, appartenant à l’US Army et dépendant du « Joint Special Operations Command (JSOC) ».Un de ses caractères principaux est le secret qui l’entoure, ce qui explique le peu de renseignements disponibles sur l’unité. En effet, l’armée américaine refuse de livrer toute information à son sujet.

Cette expérience est riche d'enseignements. L'on peut d'ores et déjà, comprendre que dans une guerre asymétrique, la force et la puissance ne garantissent nullement la victoire. Que ceux qui ne cessent, en Tunisie, de réclamer le renforcement des capacités de l'armée, en effectifs et en moyens, réfléchissent à ce constat. Mais soyons méthodiques. Il existe trois domaines différents ou indépendants, qui peuvent servir de substrat aux enseignements utiles, à dégager des différentes expériences internationales en matière de conflits asymétriques :

1 / La propagande
2 / la société civile
3/ les forces armées ou les forces de sécurité

Cette quatrième partie est entièrement consacrée au premier point, le plus difficile à maitriser. Comme il a été démontré, à travers cette itération, la propagande est le terreau fertile de la menace asymétrique ou, si vous voulez, la menace terroriste. Plus on en parle et plus on nourrit le monstre. Dans un conflit dissymétrique, les cibles sont choisies en fonction d'une stratégie de victoire ou de conquête de terrain. Par exemple, il peut s'avérer plus utile de dynamiter un pylône électrique, situé loin de tout regard, que de s'attaquer à une cible spectaculaire, en ville. Dans un conflit asymétrique, cela n'aurait aucun intérêt. Il n'y a de stratégie de conquête pas étapes. Il s'agit tout juste de provoquer et d'entretenir la terreur. Les seules cibles, à envisager, dans ce cas, sont les plus vulnérables et les plus spectaculaires, celles qui entrainent le plus de dégâts, sur le plan humain.

Cette manière de faire est difficile à contrer. En conflit dissymétrique la désignation d'une cible fait partie d'un plan d'ensemble, convenu entre les chefs du mouvement et relayé auprès des différents niveaux exécutifs. Cela signifie qu'il est toujours possible, pour le plus fort, de prendre connaissance du plan et de ses étapes de réalisation. La neutralisation provisoire de la menace devient ainsi, possible. En conflit asymétrique, rien de tel n'est possible, car il n'y a de plans. Et s'il n'y a pas de plan, il n'y a pas non plus, d'informations susceptibles d'êtres relayées et du coup, interceptées. Cela conduit, par conséquent, à un fonctionnement totalement indépendant, des factions terroristes qui se fractionnent en petits groupuscules, qui se réclament du même « label ». Comment assurer, dans ce cas, la traçabilité des actions terroristes de l'« ennemi » ? Il est toujours possible d'identifier la signature d'une organisation terroriste, que l'on appelle du reste, le mode opératoire ou « modus operandi »,si cher à sofiane Ben Farhat, mais cela permet, juste, d'identifier, après coup, les auteurs d'un attentat. Cela ne permet nullement, en revanche, d'anticiper sur les opérations à venir.

Nous voyons, ainsi, que le succès de la propagande entraine une stratégie de combat, axées sur ce qu'en disent et rapportent les « médias »,au sens le plus large du terme. Ce ne sont pas en réalité les chaines de télévision qui ont inventé le concept du « Reality show »,mais bel et bien les terroristes de Ben Laden, en particulier. Pour mieux comprendre les mécanismes qui sont ici, en jeu, je vais me référer à « Reality Show »,qui est une série de bande dessinée d’anticipation, dessinée par Francis Porcel, sur des scénarios de Jean-David Morvan. Cette série explore les dérives possibles, dans un monde dominé par les médias, dont le voyeurisme transforme la vie personnelle et privée, en une permanente téléréalité. Dans un futur proche, des millions d’humains sont dés½uvrés, la plupart des tâches répétitives étant assurées par des robots. Ces humains passent donc, leur temps à regarder la télévision, en particulier les aventures d’une petite équipe d'enquêteurs couverts de caméras, les « Mediacops ».Avec cette équipe, on découvre les petits et grands secrets de ce « reality show » permanent. Les choses se gâtent, quand un robot « rebelle » se met à ne plus respecter les lois de la cybernétique et commence à tuer des humains. Le spectacle devient, alors des plus « intéressants » et des plus « croustillants ».

Ainsi, le besoin de sensations, de plus en plus fortes, conduit, non plus à en attendre, mais à en créer. En d'autres termes, notre penchant naturel pour le morbide, nous entraine à le chercher et s'il n'existe pas, à le créer. Nous retrouvons, ici, le concept du « tremendismo » que l'on doit à l'écrivain espagnol, Camilo José Cela. Il a publié son premier roman, « La familia de Pascual Duarte »,en 1942. Le style de ce roman, d’un réalisme sec et rugueux, cristallise une description, poussée jusqu’à l’exagération, de l’univers sordide et arriéré, d’un criminel, à peine conscient de ses actes. Le goût prononcé de Camilo José Cela, pour l’horrible et les personnages mutilés ou atrophiés est nourris par un penchant certain, pour le morbide, qui caractérise la brutalité et la sécheresse du cadre de vie espagnol de l'époque. Or, à l'époque, l'Espagne était confronté depuis six ans, à la plus grande menace asymétrique de son histoire récente. Vous saisissez le lien ?

Il y a beaucoup d'enseignements à tirer de la guerre civile espagnole. Après la proclamation de la deuxième République, en 1931, l’exacerbation croissante des tensions sociales culmina avec l’insurrection, durement réprimée, des Asturies et la résurgence de troubles civils et de violences réciproques, au printemps 1936, après la victoire électorale du « Frente Popular ».Préparé de longue date, le soulèvement militaire et civil, du camp nationaliste, éclata le 18 juillet 1936, mais sa mise en échec partielle déboucha sur une guerre civile imprévue, longue et meurtrière. Comme le montre les exemples somaliens et espagnols, la menace asymétrique, si elle n'est pas correctement maitrisée, peut aboutir, dans certains cas, à la guerre civile. Aujourd'hui, c'est le plus grand risque qui guette la Tunisie, si la menace asymétrique n'est pas maitrisée. A ce propos, attention à ce que vous allez répercuter, s'il vous plait. Je n'affirme nullement, que la Tunisie est au bord de la guerre civile, pour la bonne raison qu'aucun des ingrédients, nécessaires au déclenchement d'une guerre civile, ne se vérifie, aujourd'hui, en Tunisie.

Mais revenons à la propagande le principal moteur de la menace asymétrique. Attention, ne confondez pas propagande et information. Ce sont deux concepts totalement différents. La propagande est un ensemble d’actions psychologiques influençant la perception publique des événements, des personnes ou des enjeux, de façon à endoctriner ou embrigader une population et la faire agir et penser, d’une manière voulue et orientée. Face à la menace terroriste, la propagande s'insinue, en nous, de manière à, non seulement, changer notre attitude habituelle, face aux événements, mais également, à modifier notre comportement. ET C'EST ABSOLUMENT CE QUE CHERCHE A OBTENIR LA MENACE ASYMETRIQUE. La propagande qui, à ne pas en douter, poursuit des objectifs qui peuvent être politique et/ou religieux, cherche à modifier les attitudes et comportements des personnes ciblées. Dans sa forme la plus dure, la propagande façonne la connaissance des personnes, par n’importe quel moyen, dont la diversion ou la confusion, ce que l'on observe sur facebook, où une grande partie des tunisiens puisent leurs « connaissances » du quotidien. Lors d’une guerre asymétrique, la propagande, du type facebook, est utilisée pour « déshumaniser » l’« ennemi » et susciter la haine, en contrôlant la représentation que s’en fait l’opinion publique.

Qu'est-ce qui pose problème, ici ? Tout simplement la SOURCE du fait propagé. Et c'est là la principale différence avec l'information, dont la source est clairement identifiée. Cela ne signifie pas forcément, que la source de la propagande n'est pas toujours, identifiée. Ainsi, on parle de « propagande blanche » lorsque le fait propagé provient d’une source ouvertement identifiée, sans que l'on puisse déterminer ses intentions cachées. L'on parle aussi, de « propagande noire » provenant d’une source soi-disant amicale, mais hostile, en réalité. Enfin, l'on évoque la « propagande grise » qui provient d’une source soi-disant neutre, mais hostile, en vérité. Il faut bien comprendre, ici, que la propagande n'est pas forcément, celle propagée par les terroristes, à travers leurs vidéos, postées sur You Tube. Elle est aussi, le fait de tous ceux qui ont intérêt à exploiter, à leur propre profit, la situation ainsi créée. Mais elle est aussi, le fait de ses propres victimes qui la relaient, l'amplifient et parfois, en changent la nature même. Trois niveaux qui appellent bien évidemment, trois réponses différentes.

Ce sont là, autant de pistes à explorer. Il n'est pas question, bien entendu, d'envisager à un retour à la censure et encore moins, la mise au pas des organes d'information ou de l'interdiction de facebook et autres réseaux sociaux. Que peut-on alors, imaginer en dehors des méthodes coercitives ? Voilà ce qui sera proposé dans le prochain volet de cette longue itération.

                                        A propos de la photo d'illustration et d'Abdelhamid Abou Zeid

Abdelhamid Abou Zeid, chef jihadiste algérien est mort le 1er mars 2013, les armes à la main, dans des combats dans son sanctuaire de l'Adrar des Ifoghas, au nord Mali. ce redoutable chef d'AQMI était familier du territoire tunisien. C'est en effet cet homme d'un mètre cinquante, un ancien du FIS (Front Islamique du Salut) algérien, qui avait kidnappé, en février 2008, dans le gouvernorat de Tataouine, deux touristes autrichiens.

Les révélations faites, à ce propos, indiquent qu'il avait parcouru plus de 2.000 kilomètres, jusqu'au Nord du Mali où il les avait emprisonnés, en évitant tous les contrôles. L'information a été rapportée par Serge Daniel, correspondant de Radio France Internationale au Mali. Les deux touristes autrichiens avaient été, souvenez-vous, libérés huit mois plus tard, contre une rançon.

Abdelhamid Abou Zeid avait vainement exigé la libération de terroristes emprisonnés en Algérie et en Tunisie. Depuis cette fameuse opération, Abdelhamid Abou Zeid est connu comme Abdelhamid Abou Zeid, le tunisien.

Tunisie Focus

Ses derniers articles: Dimanche , Ban Ki-moon a reçu le rapport des enquêteurs de l’ONU en Syrie  Une météorite tombe  Journée internationale de la démocratie . Bla-bla-bla chez les arabes 

terrorisme

Terrorisme

L'Etat islamique menace l'Algérie

L'Etat islamique menace l'Algérie

IRL

La chaîne Fox news diffuse des images de l'attaque de Westgate dans une série TV

La chaîne Fox news diffuse des images de l'attaque de Westgate dans une série TV

Tunisie

Les mensonges d'une agence de voyage britannique aux victimes de l'attaque de Sousse

Les mensonges d'une agence de voyage britannique aux victimes de l'attaque de Sousse

Tunisie

AFP

La Tunisie veut lutter contre le travail des enfants

La Tunisie veut lutter contre le travail des enfants

AFP

Le DJ mixe l'appel

Le DJ mixe l'appel

AFP

"Upon the shadow" veut changer le regard sur l'homosexualité en Tunisie

"Upon the shadow" veut changer le regard sur l'homosexualité en Tunisie

menace

AFP

Afrique du Sud: l'incertitude politique menace l'économie du pays

Afrique du Sud: l'incertitude politique menace l'économie du pays

AFP

Allemagne: Aubameyang menacé de sanctions pour son masque de catcheur

Allemagne: Aubameyang menacé de sanctions pour son masque de catcheur

AFP

Tanzanie: un ministre menace de publier les noms de gays

Tanzanie: un ministre menace de publier les noms de gays