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Qui veut récupérer les archives parisiennes de Ben Ali?

Depuis le début du mois de juin 2011, comme le rapportait le site Tunisie Numérique, une cinquantaine de réfugiés tunisiens occupent un immeuble à Paris, au 36 de la rue Botzaris (19e arrondissement), grâce notamment à plusieurs associations tunisiennes qui, par voies légales, leur ont permis de s’y installer.

Cette adresse symbolique du régime démantelé de Ben Ali, sur laquelle la France n’a aucune emprise —le lieu bénéficie de l’extraterritorialité—, était jusqu’à lors un local associatif considéré comme un «centre culturel» et propriété de l’Etat tunisien, mais servait de base pour les membres du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti de l’ex-président.

D'après un article publié sur le site Owni, sous prétexte de déloger ces squatteurs accusés entre autre de dégâts matériels, ce jeudi 15 juin 2011 plusieurs CRS ont encerclé le bâtiment. Mais outre l'expulsion des réfugiés tunisiens, les forces de l’ordre avaient probablement une autre raison d'investir le bâtiment.

Le site Mediapart avait en effet déjà rapporté que ce quartier général de l’ère Ben Ali contenait de nombreux documents répartis dans deux pièces: des bilans comptables, des coupures de presse sur les partis d’opposition, plusieurs fiches d’identification et listes des «petites mains» du RCD. Il va sans dire que ces documents constituent des pièces cruciales dans les poursuites tunisiennes —mais aussi françaises— menées contre la famille Ben Ali.

Selon le président de la toute jeune association Collectif des Tunisiens de France, contacté par Owni, l’avocate Soumaya Taboubi, chargée de récupérer ces archives a expliqué avoir été «témoin d’allées et venues suspectes» vers la seconde entrée, située à l’arrière du bâtiment.

Soucieuse de préserver ces preuves et «avec le consentement de l’ambassade», elle a évacué un tiers des documents, empilés sur la banquette arrière d’un monospace, en direction d’un box sécurisé de la banlieue parisienne.

L’avocat s’explique sur cette initiative à la limite de la légalité:

«Nous devons désormais passer à l’ambassade pour formaliser tout ça. Nous allons annoncer la création d’un Comité de préservation des archives de la Tunisie à Paris, qui rassemblera une dizaine de personnes, dont trois avocats et des intellectuels emprisonnés au temps du régime, comme Mondher Sfar.

Notre objectif est d’étudier dans le détail ces documents, pour que la justice française et la justice tunisienne fassent toute la lumière sur ce qui s’est passé à Botzaris. Nous devons faire un important travail de reconstitution.»

Lu sur Owni