mis à jour le

Une femme et ses deux enfants, abandonnée par son mari après s'être fait violer. Goma, en RDC. REUTERS/Alissa Everett
Une femme et ses deux enfants, abandonnée par son mari après s'être fait violer. Goma, en RDC. REUTERS/Alissa Everett

RDC: réconcilier les couples brisés par le viol

Des ONG tentent de réhabiliter les femmes répudiées après une série de viols mi-juin dans l’est de la République démocratique du Congo. Leur médiation repose sur la prévention contre le sida et sur la défense du droit des femmes.

Répudiées, abandonnées ou marginalisées. Le 11 juin 2011, plus de 250 femmes auraient été violées lors d’une attaque à Nakiele, Kanguli et Abala, dans l’est de la République de la République démocratique du Congo (RDC). Souvent, leur conjoint ne l’a pas supporté.

«Comme tout le monde est en train de parler de viol, ça remue le couteau dans la plaie», explique B. dans un rapport du Comité de coordination des actions de paix (CCAP), qui livre le témoignage de 57 femmes et 10 hommes.

«Je ne peux plus cohabiter avec une femme qui a été connue par plusieurs hommes, ajoute-il. Je suis encore trop jeune, je prendrai en mariage une autre femme. Selon notre coutume, je ne peux plus cohabiter avec une telle femme. Elle [aurait dû] aussi fuir comme moi lorsque les militaires sont venus […] Ce que je lui reproche, c’est d’avoir couché avec ces militaires […] Aussi j’ai peur d’être contaminé par le sida.»

Demander à un proche de sensibiliser

A l’arrivée des assaillants, beaucoup d’hommes avaient gagné la brousse et ne sont pas revenus en apprenant l’agression de leur conjointe.

«Pour les maris qui ont fui, on a demandé à une personne influente sachant où ils se trouvent de les sensibiliser, comme le beau-père, le père, la belle-sœur…», commente Furaha Mushegerha, responsable du volet genre et lutte contre les violences faites aux femmes au CCAP, basé dans la province du Sud-Kivu, où se trouvent Nakiele, Kanguli et Abala.

Pour les chefs de famille qui sont restés, «nous avons d’abord échangé avec les maris et les épouses séparément, parce qu’il y a des barrières culturelles qui font que les femmes ne peuvent pas déclarer tout ce qu’elles pensent devant leur mari», confie François Mionda, secrétaire exécutif du CCAP.

«On a aussi essayé de montrer le bien-fondé des demandes des maris, poursuit-il. Dans leurs déclarations, ils craignent que leur femme ne soit infectée par le VIH et qu’eux l’attrapent aussi. Certaines femmes n’avaient pas cette perception des choses. On devait amener le débat autour de ça, et après ramener les hommes dans leur foyer.»

Tester les stratégies dissuasives

L’ONG Arche d’Alliance prend elle aussi en compte la peur du VIH.

«Les membres de notre Comité de médiation et de conciliation (CMC) avaient sensibilisé les femmes violées deux jours après ces incidents à se faire urgemment soigner afin de prévenir la contamination des MST et du VIH/sida. Ce qui renforce encore notre stratégie auprès des hommes afin qu’ils ne croient pas que leurs femmes sont contaminées», souligne Baudouin Kipaka, coordinateur de cette organisation basée au Sud-Kivu.

Le CMC tente par ailleurs de dénoncer la «honte» et le «déshonneur» qui pèsent sur la femme violée et son mari, compliquant la réconciliation. Il explique aux communautés que la loi est du côté des victimes, qu’une enquête ouverte début juillet pourrait leur donner gain de cause et que les agressions sexuelles «sont des événements imprévisibles et non voulus par les femmes et [qu’ils sont] inscrits dans un contexte de conflits armés et d’insécurité».

Enfin, «il y a une autre stratégie dissuasive, que les membres du CMC ne brandissent pas directement», révèle Baudouin Kipaka. C'est l'explication des dispositions des lois de protection des femmes, afin de faire comprendre aux maris que le mariage coutumier est protégé légalement en RDC, et qu'en cas de divorce sans faute de la femme, elle sera dédommagée en justice.»

Des résultats limités

Bilan: «Nous n’avons réussi à réconcilier que cinq couples», confie Baudouin Kipaka, dont l’ONG poursuit les médiations. Le CCAP indique pour sa part que 12 familles ont repris la vie commune. Le total pourrait ne pas être 17, les deux ONG n’ayant pas croisé leurs données. Mais il faut dire que les résistances sont fortes.

«Les membres de la famille ont conseillé au mari de pardonner son épouse; il a refusé et il est parti à Misisi», cite par exemple le rapport du CCAP.

Principaux freins: les pesanteurs culturelles et la peur du sida. D’autant que certaines femmes ont tu leur viol pour éviter la répudiation —exposant potentiellement leur époux au virus: «Mon inquiétude est que Médecins sans frontières sont venus seulement assurer les soins aux femmes, en écartant les hommes qui avaient déjà couché avec leurs épouses», s’inquiète C., 30 ans.

«Je préfère que ma femme passe le test des infections sexuellement transmissibles pour voir si elle n’a pas été contaminée, et après on pourra cohabiter», conclut-il.

«Je lui demande de se faire soigner d’abord. Après on pourra voir si elle n’a pas été contaminée par le sida et on pourra se remettre ensemble», renchérit un autre.

Au départ catégorique, B. envisage lui aussi de reprendre sa femme si elle est dépistée. Et en attendant les résultats du test, plusieurs hommes demandent des préservatifs.

Habibou Bangré, à Kinshasa

 

A lire aussi

En RDC, l’espoir fait vivre

Aider enfin la RDC à sortir de la violence

Viols: les femmes brisent le silence

Liberia, guérir tout un pays du viol

Habibou Bangré

Habibou Bangré. Journaliste, spécialiste de l'Afrique. Elle collabore notamment avec The Root.

Ses derniers articles: Moave, la farine fortifiée qui combat l'anémie  Le Cap-Vert a soif d'eau  Les Kinois ont le blues 

femmes

AFP

Tchad: onze opposants libérés, des femmes interdites de rassemblement

Tchad: onze opposants libérés, des femmes interdites de rassemblement

Droits des femmes

Une télé marocaine maquille des femmes victimes de violences conjugales

Une télé marocaine maquille des femmes victimes de violences conjugales

AFP

Kenya: "Est-ce halal?" demandent des femmes sur la contraception

Kenya: "Est-ce halal?" demandent des femmes sur la contraception

santé

AFP

Malawi: le président Mutharika balaie les rumeurs sur son état de santé

Malawi: le président Mutharika balaie les rumeurs sur son état de santé

Santé

Les enfants tanzaniens sont les plus en forme au monde

Les enfants tanzaniens sont les plus en forme au monde

AFP

La princesse Anne annule un voyage en Afrique pour raison de santé

La princesse Anne annule un voyage en Afrique pour raison de santé

sida

AFP

Bénin: le combat des maternités contre la transmission du sida aux bébés

Bénin: le combat des maternités contre la transmission du sida aux bébés

AFP

AfSud: des volontaires testent un vaccin expérimental contre le sida

AfSud: des volontaires testent un vaccin expérimental contre le sida

AFP

Afrique du Sud: test d'un nouveau vaccin contre le sida

Afrique du Sud: test d'un nouveau vaccin contre le sida