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« La diaspora ne se contera pas d’être une observatrice »

L’association Diasma  (dynamique intellectuelle au service du Mali et de l’Afrique) réunit depuis plus de deux ans un grand nombre de franco-malien,  de représentants de la diaspora malienne ainsi que toutes personnes soucieuses de s’investir pour le Mali dans le but de « soutenir et faciliter  les actions en direction du peuple malien par la mise en réseau, l'échange de savoir-faire et la capitalisation d'expériences innovantes ». Pour se faire les membres de l’association structure des projets divers et variés tels que la participation à la nuit verte organisée par la Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles (FNSEA); les premières assises européenne de la jeunesse malienne en partenariat avec le groupe de recherche et de réalisations pour le développement rural (GRDR); l’élaboration d’une tablette numérique à moindre coût pour aider les élèves et étudiants à mieux préparer leur cursus scolaire; « l’opération ruban vert » et le projet « unies sont nos voix » qui consistera à apporter une aide d’urgence aux populations du nord Mali par la vente d’un single de Maxime Le Forestier en compagnie de Salif Keita .

Boubou Sissoko président de Diasma évoque dans cette tribune ses pistes « pour accompagner à moyen terme la reconstruction politique, sociale, économique et même morale, du Mali et prévenir les risques d'une déstabilisation encore plus profonde »

Boubou Sissoko, président de Diasma © Kaourou Magassa 2013

 

Près de trois milliards et demi d'euros ont été promis le 16 mai à Bruxelles par 108 pays donateurs pour financer le plan de reconstruction durable du Mali. Si l'on ajoute à ces montants l'argent que chaque année la diaspora malienne envoie au pays pour l'aider à tenir, ce sont des sommes colossales qui vont l'irriguer au moment où il est le plus fragile.

Un an après le coup d'Etat, au sortir d'une guerre fratricide, et alors qu'un gouvernement de transition se doit d'organiser dans les plus brefs délais une élection présidentielle, on peut s'interroger sur la capacité du pays à utiliser cet argent à bon escient. Les blessures de la guerre sont encore ouvertes, Kidal démontre chaque jour que l'unité du pays est menacée, les administrations sont exsangues et parmi les candidats à l'élection, il est légitime de se demander qui aura les épaules suffisamment solides pour ½uvrer au rétablissement du pays dans la paix, la transparence et la sérénité.

La diaspora est prête à s’impliquer

L'occasion est historique et le Mali n'a pas le droit de manquer cette opportunité d'asseoir définitivement la démocratie qu'il construisait depuis vingt ans pour offrir à son peuple paix, sécurité et développement économique. Il faut tout faire pour qu'aux conséquences économiques de la crise ne s'ajoutent pas les conséquences sociopolitiques de la paupérisation des foyers maliens. La dégradation de la situation économique des familles maliennes accroit leur vulnérabilité, la bonne gouvernance est importante dans les affaires de l'Etat.  Le mauvais déroulement du processus électoral à venir pourrait entraîner un désarroi chez des populations déjà fragilisées et la fracture déjà sensible entre la classe politique et les populations, pourrait au final devenir un fossé infranchissable.
La manne financière qui viendra aider le Mali dans les mois et années à venir ne doit pas être un cadeau empoisonné. Les vieux démons sont toujours là et les systèmes doivent être mis en place pour que la tentation et la corruption ne l'emportent pas sur les impératifs de développement économique du pays.
Aujourd'hui, la diaspora malienne se veut attentive à l'usage de ces fonds. Elle est prête à s'impliquer. Ses ressources en font l'un des principaux vecteurs économiques du pays. Bien sûr, chacun peut continuer à envoyer de l'argent au pays pour aider sa famille. Mais les enjeux sont aujourd'hui tels qu'elle serait prête à s'investir dans des projets structurants, profitant à chaque région et contribuant au développement de tous. Encore faudra t-il que le nouveau gouvernement s'emploie à garantir l'usage efficace de ces fonds.Ainsi, une action en profondeur mais aux effets immédiatement perceptibles doit être déployée pour accompagner à moyen terme la reconstruction politique, sociale, économique et même morale, du Mali et prévenir les risques d'une déstabilisation encore plus profonde.  C'est le sens de la dynamique que les membres de cette diaspora souhaitent désormais rapidement initier.  Dans cet esprit, trois axes d'intervention semblent prioritaires.

Promouvoir les projets communautaires

Consolider les bases économiques de la citoyenneté en renforçant les capacités des femmes et des jeunes ruraux . En la matière, l'urgence est d'aider chacun à s'assumer par le développement de l'auto-entrepreunariat et en construisant des espaces de débats, de dialogue et d'échanges de proximité. L'éloignement de l'Etat et de ses citoyens n'a que trop largement contribué par le passé à menacer la paix, la cohésion sociale et le sentiment d'appartenance nationale. Donner une espérance aux jeunes ruraux en les aidant à vivre de leur travail est un impératif moral autant qu'économique.
Promouvoir la sécurité alimentaire des foyers maliens et redynamiser les complémentarités économiques des communautés.  La crise a des effets déstabilisants sur la production agricole, les circuits de fournitures d'intrants, les circuits de distribution, les échanges commerciaux entre des régions et des communautés économiquement complémentaires en termes de production. Face à cette situation, les capacités de production locale et les échanges commerciaux nationaux se doivent d'être immédiatement redynamisés, renforcés et rééquilibrés.Il s'agit aussi de permettre à chacun de trouver à faire ses achats de première nécessité par le développement de commerces de proximités et de renforcer la sécurité alimentaire dans un contexte général de flambée du cours des céréales.   Promouvoir les projets communautaires à caractère environnemental et le développement durable. La paupérisation induite par la crise a déjà eu des conséquences sur l'environnement et a accentué notamment la dégradation du couvert végétal. Du fait de l'orpaillage illégal, de la surexploitation de ses faibles ressources forestières, de la non préservation des sources d'eau ou de l'avancée inexorable du désert, la menace d'une crise environnementale est aujourd'hui une réalité de nature à compromettre le nécessaire redressement du pays.

Au-delà de l'action du gouvernement, l'atteinte de ces objectifs supposera une mobilisation associative nationale large et  dont l'action devra être mesurée. La mise en ½uvre de projets d'accroissement de la production de céréales locales (mil, maïs, manioc, niébé,...) garantissant des revenus réguliers aux agriculteurs, le développement des plantations communautaires avec cultures vivrières intercalaires s'appuyant sur diverses sources de financement (crédits carbones, subvention de grandes entreprises) ou le développement de projets d'éducation civique sont autant d'exemples concrets à mettre en ½uvre le plus rapidement possible.
Ces investissements et projets se doivent d'être coordonnés au sein d'un ministère dédié en charge des projets de reconstruction. Son fonctionnement se doit d'être transparent. Ses crédits doivent pouvoir aussi bien être abondés par l'impôt que les financements internationaux ou ceux de la diaspora....mais chaque projet doit être mené dans la transparence la plus totale en justifiant auprès des financiers de l'usage de ses deniers.

Dans cette perspective, la diaspora ne se contentera plus d'être une observatrice vigilante. Elle souhaite être partie prenante du processus de reconstruction du pays et pouvoir s'appuyer sur des outils d'aide au développement transparents afin de contribuer à financer des projets d'intérêt général. Elle ne se veut pas censeur, elle souhaite être acteur. Son rôle dans la reconstruction sera déterminant pour relancer la dynamique démocratique, économique et sociale du pays. Oublier d'intégrer une représentation réelle de la diaspora dans le nouveau gouvernement ne serait pas une erreur ; ce serait une faute.

 

Boubou Sissoko,

Président de Diama

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