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Terrorisme en Tunisie : La menace asymétrique ( partie: III )

Par Ridha Ben Kacem

En première partie de ce document, il a été précisé que les événements du jebal Châabi, s'inscrivent dans une logique beaucoup plus large, qui les englobent et comprend, et permet de les interpréter. Pour comprendre le processus mis en ½uvre, dans ces événements, il était nécessaire de faire la distinction entre les concepts de guerre conventionnelle, asymétrique et dissymétrique. Compte tenu du message adressé, par le colonel Mokhtar Ben Nasr, porte parole du Ministère de la défense, aux médias et à la population, il était nécessaire de rectifier le tir, dans la mesure où le message semblait avoir été mal interprété. Le changement« qualitatif »,dont parlait le représentant du ministère de la Défense, a été interprété dans le sens d'une intensification de la menace, alors qu'il s'agissait plutôt, de la perception de la vraie NATURE, de la menace qui venait, apparemment, d'être correctement interprétée, par le département de la défense.

En seconde partie de ce document, l'accent a été mis, en seconde analyse, sur la distinction entre la guerre conventionnelle et la guerre asymétrique. Sachant que la trilogie, des repères du réceptacle et des protagonistes, qui sont les éléments fondamentaux de la guerre conventionnelle, ne se retrouvent plus, dans la menace asymétrique, l'on en tire la conséquence que cette menace ne s'appuie sur aucune cause, en particulier. La menace terroriste trouve en elle même, à la fois, sa propre cause et justification et ses propres effets et résultats. Cependant, ce processus d'auto motivation et d'autosatisfaction, a besoin du relai de la propagande, pour se reconnaitre et fonctionner quasiment, en circuit fermé, en tant que tel.

Avant de vous livrer, non pas une recette, mais, un ensemble de pistes à explorer, synthétisant et capitalisant les acquis des autres pays, qui on été confronté à la menace asymétrique, notamment, l'Algérie, il est nécessaires de comprendre les CAUSES, des conflits asymétriques. Il est particulièrement important de s'imprégner de ces données, pour éviter, notamment, les remises en causes permanentes, qui ne peuvent que se manifester du fait de la durée inhabituellement longue, de la menace asymétrique. L'expérience montre, en effet, que le prolongement de la menace, dans le temps, malgré les moyens mis en ½uvre, pour la contenir et la combattre est systématiquement, interprété comme le signe d'un échec. Nous en avons eu déjà, la preuve, en Tunisie, avec l'appel de Mohamed Abbou, à destituer le chef d'état-major interarmes, le général Rachid Ammar, alors que la menace asymétrique, en Tunisie, n'est officiellement déclarée, en tant que telle, que depuis à peine deux mois et demi. Aux yeux des tunisiens, qui ne perçoivent pas correctement, cette menace asymétrique, les événements de Jebal Châambi sont provoqués par une bande de brigands armés, maitrisables en quelques heures. Faute de résultats tangible, sur le terrain, l'on s'inquiète et l'on demande des comptes aux forces de sécurité. En réalité, c'est exactement l'erreur à ne pas commettre, face à la menace terroriste. L'armée devient ainsi, la cible potentielle et réelle de ce qui est perçu ou interprété comme un échec. Il n'est pas surprenant, dans ce cas, que l'on demande le départ du chef des opérations de sécurisation, du lieu de la plaie. Personne ne propose, en contrepartie, une solution.

Essayons maintenant de comprendre les causes de la menace asymétrique. Le colonel Philippe Boone, responsable des études prospectives au ministère de la défense, livre cette pensée, qui pourrait constituer un bon point de départ : « La guerre asymétrique, c’est l’absence de correspondance entre les buts, les objectifs et les moyens des forces belligérantes». Une guerre asymétrique est un conflit, qui oppose des combattants, dont les forces sont incomparables où le déséquilibre militaire, sociologique et politique, entre les camps est total : Une armée régulière forte, contre un mouvement de guérilla, commettant des actes terroriste et considéré ou jugé a priori, comme faible. C'est l'image communément admise, mais pas forcément vraie, d'une nation ou d'un pays luttant contre un mouvement terroriste.

Philippe Moreau-Defarges, chargé de mission auprès du directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI) et professeur à l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris, résume plus crûment les choses : « Dans un conflit asymétrique, tous les moyens sont bons pour emporter la victoire, les règles volent en éclats ». La doctrine américaine apparue dans les années 1990 (Voir à ce propos, la partie II de ce document), ne doit pas occulter les faits : les guerres asymétriques existent depuis la nuit des temps, elles ont simplement été conceptualisées à la fin du XXème siècle et se sont multipliées, depuis. La théorisation a omis, en fait, de parler des causes, se contentant de la forme et des mécanismes, mis en ½uvre.

Pour Andreï Gratchev, politologue et journaliste russe, « la chute du mur de Berlin a marqué un tournant : l’effondrement du communisme, la faillite de ses régimes et surtout de l’idéologie, en tant que telle, ont débouché sur l’uni polarisation du monde autour des Etats-Unis et l’accélération de la mondialisation et de la globalisation. Les soldats perdus, qui étaient jadis manipulés par l’un des deux grands camps, se sont laissés happer par les idéologies faciles, primitives et belliqueuses : Le nationalisme (qui s'est manifesté aux Balkans) et le fondamentalisme religieux(qui s'est manifesté en Afghanistan, avant de s'étendre un peu partout, profitant de la mondialisation). Le vide créé par le démantèlement de l’empire soviétique est donc bien à l’origine de la généralisation des guerres asymétriques ».

Philippe Moreau-Defarges, se situe également, dans cette logique historique. Pour lui, la mondialisation est indubitablement, « la cause majeure » des guerres asymétriques actuelles. «Elle a créé des frustrations à l’échelle planétaire quand, à un autre niveau, elle facilite les échanges d’armes, de matériaux dangereux et les flux de capitaux ». En fait, si le fond est séculier, la forme est en train de muter. Auparavant, les « faibles » militairement, s’organisaient pour, au mieux, se défendre face aux puissants. Depuis le 11 septembre 2001, le monde incrédule a découvert que ces « faibles » pouvaient prendre l’initiative et frapper les premiers. La « balkanisation » des conflits risque ainsi, d’accélérer la tendance à la multiplication des guerres asymétriques et de renforcer leur dangerosité. « On passe d’un monde où le risque de guerre mondiale dérivait en conflits régionaux, à un monde où les conflits régionaux risquent de dériver en guerre mondiale non programmée »,s’inquiète Xavier Raufer, directeur des études au département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines, à l’Université Paris-II. L'on constate, ainsi, une inversion du processus historique, qui a accompagné l'évolution naturelle de l'humanité. Avant la fin du XXème siècle, les guerres asymétriques résultaient des guerres conventionnelles. Depuis, ce sont les guerres conventionnelles qui résulteraient de plus en plus, des guerres asymétriques. Paradoxalement, le risque de voir se déclencher la troisième guerre mondiale, n'a jamais été aussi grand, malgré la disparition de l'Union Soviétique.

Mondialisation, balkanisation, nationalisme renaissant, fondamentalisme religieux, mort du communisme, disparition des idéologies, effondrement de l'Union Soviétique, voilà où nous a conduit la recherche des causes des guerres asymétriques. Il serait, bien entendu, dangereux voire, contreproductif, de ne pas se reconnaitre dans ces concepts. De prétendre que la Tunisie est une exception. Qu'elle n'entre pas dans ces moules là. C'est potentiellement dangereux et c'est l'erreur à ne pas commettre. Cette logique fera l'objet d'un développement dans la quatrième et dernière partie de ce document.

A la lumière de ces éléments, peut-on encore considérer l’intervention américano-britannique en Afghanistan, comme une guerre asymétrique ? « Oui »,répond François-Bernard Huyghe, spécialiste en sciences politiques. « Les forces en présence sont totalement déséquilibrées. Et surtout le conflit asymétrique se caractérise par le fait qu’il s’agit d’une guerre que le fort croit imperdable. Ne nous a-t-on pas rabâchés, depuis des mois, que les Etats-Unis ne pouvaient pas perdre celle-ci ? ».Posons-nous, maintenant, la même question, à propos de l'intervention américaine, en Afghanistan. La réponse est toujours : « Oui »,Vous êtes d'accord ? De plus, là également, les Etats-Unis croyaient pouvoir forcer la décision. On sait, maintenant ce qu'il en est, quant aux résultats du conflit le plus coûteux de l'histoire des Etats-Unis.

Depuis des mois, le sénateur américain, John Sidney McCain III, se démène, comme un diable, pour amener son pays, à intervenir en Syrie. McCain est un faucon du pari républicain. Les chances de voir le parti républicain remporter les prochaines élections américaines, dans un peu plus de trois ans, sont très grandes. Ainsi, il y a de fortes chances de voir les Etats-Unis intervenir en Syrie, si le conflit devait se prolonger encore, quelques années. Or ce conflit est de nature asymétrique. Il est donc de ceux qui se prolongent dans le temps. Concluez par vous-même. A votre avis, quelles seraient les chances des américains, dans le cadre d'une telle hypothèse, de sortir vainqueurs d'un tel, conflit asymétrique ? Nulles, n'est-ce pas ? Alors, pourquoi ils iraient se ridiculiser, aux yeux du monde, une fois de plus ? Pour faire plaisir à Israël ? Pour faire plaisir au puissant lobby de l'industrie de l'armement ?

En fait, ce n'est pas aussi simple que cela. Tout comme l'ex Union Soviétique, les USA sont un empire, bâti sur les conquêtes et les guerres. Les empires ont besoin de faire la guerre, quasi en permanence, pour maintenir leur cohérence interne. Voyez un peu l'histoire récente. Depuis plus de 60 ans, les Etats-Unis sont en guerre permanente. Au sortir de la seconde guerre mondiale, ils s'engagent en Corée et dans la foulée, au Vietnam. Et depuis, ils sont toujours impliqués dans quelques conflits, un peu partout, dans le monde. En réalité, tout se passe, comme si les américains avaient besoin de canaliser, l'agressivité qui pourrait naitre des dissensions de l'empire, pour qu'elle s'exprime en dehors des frontières de celui-ci, sinon, elle conduirait à son éclatement. Cela était, déjà, sur le point d'arriver, lors de la guerre de sécession, survenue entre 1861 et 1865. Les raisons et les causes profondes de la guerre de sécession n'ont pas réellement disparu, dans l'empire américain et remontent régulièrement, à la surface, à chaque crise que traverse le pays. L'on comprend que même les défaites sont en réalité, des victoires pour l'empire, puisqu'elles lui permettent de continuer à exister. Les faucons, à l'image de McCain, ont aussi, leur intérêt.

Par Ridha Ben Kacem le 10 juin 2013

Lire Parties I et II

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