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Rétrospection : Cacophonie au sommet de l’Etat

Lundi 3 juin, le ministre de la communication, porte-parole du gouvernement, déclarait au cours d'un point-presse que ce qui se passait à Ouagadougou, les pourparlers entre le médiateur de la Cédéao dans la crise malienne et les groupes armés touareg, n'engageaient pas les autorités maliennes.

 

 Cette déclaration était consécutive à des exactions qui auraient été commises par des éléments du Mouvement national de libération de l'Azawad (Mnla) sur des populations non touarègues. Le ministre Dembélé avait même parlé d'épuration raciale. Deux jours plus tard, tôt le matin, les forces armées lançaient une offensive sur Anéfis, une localité stratégique située à une centaine de kilomètres de la ville de Kidal. Aux dires de l'état-major, l'armée n'aurait pas rencontré une forte résistance et aurait pris facilement le contrôle de cette localité, après la fuite peu glorieuse des éléments du Mnla qui la contrôlait. Ceux-ci, d'après une déclaration rapportée par la radio française Rfi, auraient opéré un repli stratégique pour épargner la vie des populations civiles. Avec ces différents événements et déclarations, nombreux étaient ceux qui avaient cru à un embrasement imminent de la situation, d'autant plus que du côté de Bamako, le discours officiel était à la fermeté : l'élection présidentielle se déroulera bien le 28 juillet prochain sur toute l'étendue du territoire national y compris à Kidal, une ville dont l'accès est interdit à l'armée nationale par le Mnla qui la contrôle depuis que les terroristes en ont été chassés par l'opération française Serval. Cela induit un affrontement entre les forces armées et de sécurité du Mali, d'une part, et le Mnla, le Mouvement islamique de l'Azawad (Mia) et le Haut conseil pour l'unité de l'Azawad (Hcua).

 

 

Force d'interposition française

Mais malgré le débarquement à Anefis d'un détachement des troupes françaises, une quinzaine d'hommes, venu le lendemain comme pour jouer à une force d'interposition entre les deux belligérants,  jeudi, la surprise a été grande à l'annonce de négociations entre les autorités maliennes et les groupes armés touareg à Ouagadougou. Plus précisément entre Tiébilé Dramé, conseiller spécial du président de la République par intérim, et Mahamadou Djéri Maïga, représentant le Mnla, et le président du Hcua. Que vaut alors la déclaration du porte-parole du gouvernement qui dit ne pas être concerné par les négociations à Ouagadougou alors que son président y a délégué un émissaire pour négocier ? A quoi joue-t-on donc à Bamako ? Ce double langage au plus haut niveau rappelle étrangement ce qui s'est passé, il y a quelques mois, entre le président de la République qui avait dépêché à Ouagadougou son ministre des affaires étrangères, Tiéman Coulibaly, pour prendre contact avec les rebelles et terroristes touareg pour l'amorce d'un dialogue inter-malien, pendant que son tout Premier ministre de l'époque, Cheick Modibo Diarra, clamait haut et fort que ce qui se passait à Ouagadougou ne le concernait pas, et que le chef de la diplomatie ne représentait que lui-même.

Serait-on en train d'assister au même scenario ? On est tenté de le croire. Car Tiébilé Dramé ne s'est déplacé dans la capitale burkinabé sans un aucun officiel, entouré de quelques collaborateurs qu'il s'est choisis en dehors du gouvernement mais également en dehors de la Commission Dialogue et Réconciliation (CDR) dont la mission essentielle était de mener des négociations avec toutes les parties afin de ramener la paix et la cohésion sociales dans le pays. Cependant, cette absence n'est pas remarquable quand on sait que la CDR a été dessaisie des négociations avec les bandits et terroristes armés touareg au seul profit du conseiller spécial pour les questions du nord.

 

Jeudi donc, des négociations étaient annoncées pour le lendemain sous l'égide du médiateur burkinabé quand, le jour dit, le conseiller spécial Tiébilé Dramé a pris l'attitude que la grande majorité de la classe politique et de la société civile attendait de lui.

 

La reculade de Tiébilé Dramé

A savoir que, si des négociations devaient se tenir, elles doivent impliquer toutes les parties concernées par la crise sécuritaire dans le nord du Mali. La décision du conseiller spécial de mener des négociations inclusives, comme cela se doit, ne semble pas avoir eu l'aval du médiateur et celui des nombreux représentants spéciaux au Mali ou au Sahel. Ainsi, comme de part le passé, les communautés numériquement les plus importantes du nord sont laissées sur le carreau au profit des « enfants gâtés de la République ». Songhay, Peulh, Bella, Arabe sont priés d'attendre dehors ce que le Mnla va faire avaler au président de la République du Mali et au médiateur burkinabé. Seulement, il n'est pas sûr que, cette fois-ci, les majorités ethniques du nord entérineront les compromissions de Koulouba avec des bandits terroristes touareg dont beaucoup font l'objet de mandat d'arrêt international pour crime contre l'humanité, crime de guerre, narcotrafic et autres exactions en tout genre. Elles ne les entérineront pas d'autant plus que des décisions sur leur nord ne doivent pas être prises en leur absence. C'est cela que le conseiller spécial, pourtant grand connaisseur du septentrion malien, doit comprendre et faire comprendre à son mentor dont l'incompétence, le laxisme, l'illégitimité et l'illégalité lui sont sans cesse rappelés.

 

Dans le sud non plus, il n'est pas question pour beaucoup de ne pas faire payer aux rebelles et terroristes touareg toutes les exactions qu'ils ont commises dans le nord, tant sur des populations civiles que sur des éléments des forces armées et de sécurité.

 

Alors Tiébilé Dramé, s'il est aussi sensé qu'on le dit, doit plutôt négocier avec le médiateur l'arrestation et l'extradition de ces terroristes qui plastronnent aujourd'hui à Ouagadougou, Nouakchott, Paris et ailleurs. Il y va de sa crédibilité de candidat à la prochaine présidentielle.

Cheick Tandina

Mali Web

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