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Sénégal - Mécaniciens en voie d'extinction

Jusqu’à peu, si vous tombiez en panne, mieux valait vous trouver à Dakar. Car selon le précepte «être au bon endroit au bon moment», les mécaniciens dakarois attendaient le client... au bord de la route, prêts à changer une roue, à recharger une batterie... Installés à tous les coins de rue et de la ville, ils peuplaient de leurs établis chaque parcelle publique de la ville, raconte le quotidien Le Soleil.

Mais cette occupation anarchique de l’espace public n’est pas du goût de tout le monde. Et particulièrement de la municipalité, qui considère que ces garages de fortune envahissent et surtout enlaidissent la capitale sénégalaise. Les autorités municipales de la région chassent donc régulièrement les mécaniciens:

«Je n'arrive plus à exercer mon métier dans la quiétude. Sous le diktat des autorités municipales, je ne fais que me déplacer d'un endroit à l'autre», témoigne Sémou Diouf, un chef de garage mécanique. «Actuellement, j'en suis à mon neuvième lieu de travail», ajoute-t-il.

«Nous sommes constamment sommés de déguerpir des lieux que nous occupons. Et cela n'est pas sans conséquence sur notre travail. A chaque fois que nous nous déplaçons, nous perdons la moitié de notre clientèle», confie Lamine Niang, chef d’un garage informel.

Des mécaniciens ont même été emprisonnés après l’opération d’évacuation au bulldozer de leur garage sauvage. Certains automobilistes, dont la voiture, en réparation sur le trottoir, a été endommagée lors de l’intervention des machines, n’ont pas hésité à porter plainte. Face à ces conditions précaires, certains mécaniciens jettent l’éponge et renoncent à leur métier:

«La mécanique fait vivre difficilement son homme», avoue Abdou Karim Seck, chef de garage. «Un mécanicien gagne sa vie quotidiennement, du moins celui qui travaille dans un garage informel. Je distribue à l'ensemble des ouvriers du garage, apprentis y compris, ce que je gagne chaque jour.»

Les montants perçus varient de 8 à 23 euros —mais il arrive que certains jours, il n’empoche pas un centime.

Lu sur Le Soleil