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Affaire DSK: une enquête à douze mains sur Nafissatou Diallo

L’affaire DSK continue de faire les gros titres de la presse mondiale. Le quotidien américain The New York Times a publié, le 14 juin, une grande enquête sur Nafissatou Diallo, l'accusatrice de Dominique Strauss-Kahn. L’ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI) est accusé d’agression sexuelle sur cette jeune employée à l’hôtel Sofitel de Manhattan originaire de Guinée.

L’enquête du New York Times a mobilisé pas moins de six journalistes, qui se sont notamment rendus dans le village de Thiakoulle, où la jeune femme a grandi. Le quotidien new-yorkais livre un document fouillé avec des témoignages des proches de Nafissatou Diallo et des indications très précises: depuis sa naissance dans ce village peul de Guinée, son mariage encore adolescente avec un cousin éloigné, la naissance de sa fille, son veuvage, jusqu'à son départ pour les Etats-Unis, à l’âge de 20 ans, et sa «rencontre» avec DSK le 14 mai 2011. Un événement qui, raconte le New York Times, «a propulsé, malgré elle, cette jeune femme au parcours jusque-là ordinaire, au centre d’un scandale international».

Par ailleurs, les éléments qui ressortent de cette enquête tendent à battre en brèche les arguments qui ont pu être entendus ci et là pour décrédibiliser la victime présumée de DSK. Le journal rappelle ainsi que les avocats de l’ancien directeur général du FMI avaient promis d’examiner dans le détail le caractère et la personnalité de Nafissatou, en engageant des détectives privés. Les avocats ont par exemple déclaré à la cour, sans donner de détails, qu’ils avaient «des informations importantes» qui pourraient «décrédibiliser» la jeune femme.

Parmi les arguments souvent avancés, il y a le fait que Nafissatou Diallo serait entrée aux Etats-Unis sous une fausse identité. Or, l’enquête du New York Times fait savoir que rien n’est clair à ce sujet:

«Il est difficile d’affirmer comment la jeune femme a pu rentrer aux Etats-Unis. Jusqu’en septembre 2002, les Etats-Unis ont accordé 4.410 visas aux Guinéens, la plupart étant des visas d’affaires et de tourisme. Mais lorsqu’elle a commencé à travailler en 2008 comme femme de ménage à l’hôtel Sofitel de New York, elle avait des papiers en règle.»

Le NYT a également rencontré la communauté guinéenne du Bronx, quartier où vit Nafissatou Diallo. Les témoignages recueillis par le prestigieux quotidien américain la présentent comme une femme sans histoires, qui aime regarder des comédies nigérianes en DVD.

«Même parmi ses compatriotes, la jeune femme ne semblait pas très connue avant cette affaire et il est très probable que même en Guinée, DSK fut plus connu qu’elle. De plus, rien n’indique qu’elle (le) connaissait avant le 14 mai», ajoute le journal.

Lu sur The New York Times