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Terrorisme en Tunisie : la menace asymétrique ( partie II )

Par Ridha Ben Kacem

Pour bien comprendre ce qu'est une guerre asymétrique, il est nécessaire de la distinguer de la guerre conventionnelle. Dans le cadre de cette approche, il suffit de définir ainsi, la guerre conventionnelle. Il s'agit d'un conflit caractérisé par :

1 / Un état de droit, avec ses lois (Les repères)
2 / Un espace et un temps bien définis (Le réceptacle)
3 / des belligérants identifiés (Les protagonistes)

Ces trois éléments se retrouvent dans la convention de Genève, qui encadre les guerres conventionnelles. Bien évidemment, aucun de ces trois éléments ne caractérise une guerre asymétrique. Ce qui est en jeu, ici, ce n'est pas tellement la forme, que le contenu qui résulte de cette forme. Ainsi, dans le cadre d'un conflit classique ou conventionnel, les liens ne sont jamais réellement coupés, entre les belligérants. Ce lien peut être entretenu d'une manière directe ou par l'intermédiaire d'autres puissances. Ces contacts, formels ou informels, peuvent être tenus à haut niveau ou simplement, enregistrés d'une manière sporadique, sur le terrain du conflit. Ainsi, à la suite d'une bataille, l'évacuation des morts et des blessés, bénéficie d'une suspension provisoire de fait du conflit. De même, le personnel médical ou paramédical, bénéficie d'une immunité sur le terrain du conflit, on peut, ainsi, multiplier les exemples à l'infini.

Evidemment, il n'y a pas lieu d'être devin pour comprendre qu'une guerre asymétrique n'est pas caractérisée par ces trois éléments. Le phénomène des conflits asymétriques serait ainsi, moins lié à une logique de conquête de terrain, qui caractérise les conflits entre États et autres puissances, que par le recours au relais médiatique, par l’un des acteurs du conflit, en l'occurrence la partie qui a recours aux actes de terrorisme. Sans propagande, sans les échos crées par les relais de propagande, la guerre asymétrique n'a pas de sens. La partie qui enclenche la guerre asymétrique est celle qui a besoin de créer, en permanence, l'événement par médias et relais de propagande locaux, interposés. Quel aurait été le sens des attaques de jebel Châambi, si personne n'en avait parlé ? AUCUN, bien évidemment. C'est parce que l'on en a parlé, en long et en large, des semaines durant, que le conflit continue. Il se nourrit, à proprement parler, de la propagande qu'il suscite et entretient. Il ne se perçoit, nullement, dans l'opposition que ce soit par rapports aux forces de sécurité ou la population, mais, plutôt, dans l'exigence de la démonstration permanente de son existence et de sa manifestation.

Pour simplifier, je dirais que c'est parce qu'il agit, que le terrorisme existe. C'est parce qu'il tue qu'il se perpétue. S'il n'agit pas, il n'existe pas. S'il ne tue pas, il est fini. Mais ce n'est pas uniquement cela. Le terrorisme a besoin du reflet que lui renvoie sa propagande intrinsèque, à travers les médias, pour mesurer en permanence, le degré de son existence et de sa continuité. Il se nourrit de ses succès mais aussi, de ses échecs. Ses causes deviennent ses effets et ses effets ses causes.

Il ne faut donc, plus dire que le terrorisme frappe AVEUGLEMENT. Cela n'a aucun sens, lorsque l'on sait qu'aucune des trois règles énoncées ci haut, ne s'appliquent ici. Dans un espace balisé (règles 1 et 2), les repères et les signes indiquent clairement les cibles à ne pas toucher. Mais quand il n'y a ni espace ni balises, qu'est ce qui serait interdit ? STRICTEMENT RIEN ! Il n'y a, dans ce cas, aucune différence entre une cible militaire, telle qu'une caserne, un poste de police ou un char d'assaut, ou une cible civile, comme un hôpital ou même, une mosquée. L'on s'est toujours étonné que les terroristes islamistes s'attaquent à des mosquées, lors du prêche du vendredi. L'on comprend, ici, que, vu sous cet angle là, il n'y a aucune espèce de contradiction. Ce n'est tout simplement pas la mosquée, qui est un espace balisée, qui est visée, mais la foule qui y est rassemblée, non pas en tant que telle, mais en raison de l'ampleur attendue de la réaction des médias et de la propagande, ainsi produite. Plus on en parle, et plus l'entité terroriste se conforte dans sa propre logique déterministe. Vous vous rappelez, à ce propos, ce qui s'est passé le 20 novembre 1979 ?

En ce jour de Hadj, un groupe de plus de 200 fondamentalistes islamistes, lourdement armés, prennent le contrôle, par la force, de la Mosquée Al-Masjid al-Haram, à la Mecque ! OUI, la première attaque terroriste islamiste d'envergure, a visé le lieu le plus symptomatique de l'Islam. Composé de Saoudiens et d'Egyptiens, étudiants à l'Université islamique de Médine, les opposants sont commandés par Juhaiman Ibn Muhammad ibn Saif al Utaibi, fils d'une puissante famille sunnite de Nadj. Il souhaite, en premier lieu, la reconnaissance officielle par les autorités de Ryad, de Mohammed Al Qahtani, comme le « Mahdi al montadhar».De plus, il souhaite remettre en cause la légitimité de la famille royale qui, selon lui, est corrompue. Selon moi, aussi. Il trouve sa politique d'ouverture vers l'Occident et la luxure dans laquelle elle vit comme indignes. Vous savez, bien sûr, que selon la tradition islamique, aucun port d'arme et aucune effusion de sang ne sont autorisés, dans la ville de La Mecque. Pourtant, dès le début de l'opération, un des assaillants ouvre le feu et tue un garde saoudien. Cela constitue un véritable sacrilège selon la loi islamique.

Avant d'envisager quoi que se soit, le gouvernement saoudien demande aux autorités religieuses du pays, l'autorisation d'intervenir dans le lieu saint et d'organiser la libération des très nombreux otages. Malgré l'obtention d'une autorisation de port d'arme, la Garde Nationale Saoudienne se retrouve inefficace et perd 127 de ses hommes. Le fameux GIGN français, est alors, appelé pour aider l'Arabie à sortir de cette situation. Aucun rapport officiel ne fait pourtant mention de l'intervention du GIGN, pour la libération des otages et personne ne peut évaluer, aujourd'hui, la hauteur de sa participation. En effet, aucun non-musulman n'a le droit de pénétrer dans un lieu saint islamique, diverses théories ont été formulées, sur la contribution des français. Et savez quoi ? C'est une très bonne chose que l'on n'en a pas parlé, car toute propagande, à ce niveau, aurait permis, à ce groupe de terroristes, tel un Phénix, de renaitre de ses cendres. Au lieu de quoi, l'Arabie Saoudite, qui a été le théâtre de la plus grande opération de terrorisme islamiste, 32 ans avant l'attaque du World Trade Center, n'en a plus connu. De plus, Oussama Ben Laden est saoudien, tout comme une grande majorité de ceux qui combattent, aujourd'hui, en Syrie. Tirez vos propres conclusions.

Vous voulez connaitre la suite de cette affaire, qui, à l'époque, a fait sensation ? Eh bien, sachez que deux semaines après le début du siège, une bataille est engagé, menée conjointement, par les français et les saoudiens. A ce propos, différentes versions relatent la façon dont s'y sont pris les libérateurs. Certains rapports parlent d'électrocution des fondamentalistes, d'autres parlent de l'utilisation de gaz paralysants. Enfin, des rapports parlent aussi, d'une action des commandos du GIGN, entrés dans la Mosquée, après avoir été convertis à l'Islam. De la poudre aux yeux et de l'hypocrisie, bien entendu. Cette bataille fera, en tout cas, 250 morts et plus de 600 blessés. La famille royale saoudienne sera particulièrement, choquée, d'apprendre qu'un certain nombre de soldats de la Garde Nationale Saoudienne (GNS) se sont ralliés aux fondamentalistes, lors de la prise d'otage. Etrange ? Pas vraiment de qui être étonné, en réalité, vous le comprendrez un peu plus loin.

Ainsi, il y a lieu de considérer, ici, le fait que l'entité terroriste ne reconnait pas la défaite, sinon elle capitulerait (Règle 1 et 3). Même ses pertes et morts sont comme des victoires pour elles, tant qu'on en parle à souhait. Les Américains l'ont presque compris lorsqu'ils ont caché le lieu d'immersion de la dépouille mortelle de Ben Laden, tout comme les saoudiens ont caché l'intervention du GIGN français. Mais les américains ont commis l'erreur, d'abord d'en parler, et de donner, ensuite, plein de détails sur l'opération. Pendant des semaines, le net a colporté tous les détails de l'intervention musclée des commandos américains. La puissante Amérique a mis des moyens considérables, pour venir à bout d'un homme seul et déterminé. A qui profite tout cela, d'après vous ? Quelque part, cela n'aurait pas incité des milliers de tunisiens, à s'engager dans le Jihad, en Syrie ?

Mieux, n'est-il pas, ainsi, définitivement admis, que la puissante Amérique, après des années de conflit, n'est pas venue à bout de quelques moudjahidines afghans ? Vous êtes d'accord avec ce qui vient d'être écrit ? Vous l'avez correctement interprété ? Votre conclusion est la suivante, n'est-ce pas : Les USA quitteront, en 2014, l'Afghanistan, sans avoir terrassé publiquement, le terrorisme qu'ils sont venus combattre, à grand renfort de propagande médiatique. Les mêmes USA ont dû déployer des moyens hors du commun, rien que pour tuer un homme seul, dans sa maison, au milieu de ses épouses et enfants. Si les américain en sont, aujourd'hui là, où en seraient d'autres pays, non pourvus de ces moyens, face au même « ennemi » ? OUIIIIIIIII, vous l'avez compris, c'est le même « ennemi », qui s'est manifesté à nous, il y a quelques semaines, à jebel Châambi. Le même Abou Iyadh, qui a tué le commandant Massoud, chef du Front Uni Islamique National pour le Salut de l’Afghanistan, et de la Jamaat el-Islamya, en Afghanistan, DEUX JOURS, seulement, avant les attentats du 11 septembre 2011, sévit, aujourd'hui, en Tunisie, du côté de jebel Châambi. J'ai mis, entre parenthèses, le terme « ennemi » car faute d'un vocabulaire adéquat, qui reste, d'ailleurs, à inventer, c'est le terme le plus approprié, bien que, je le répète, pour le terrorisme, il n'y a pas, à proprement parler, d'« ennemi ».

Revenons, maintenant, aux attaques terroristes du 11 septembre 2011. Beaucoup, en Amérique, les ont comparés, tant en ampleur, qu'en incidence, aux attaques japonaises, contre la base navale de Pearl Harbor. Il est vrai que dans les deux cas, il n'y a pas eu préavis de « guerre ».Dans les deux cas, également, c'est le territoire des USA qui a été le théâtre de l'opération. Mais Pearl Harbor était le point de départ d'une guerre conventionnelle et les japonais ont capitulé au bout de trois ans et demi. Quant aux attaques de New York, on sait ce qu'il en est advenu. L'Amérique quitte l'Afghanistan, sur la pointe des pieds, et les talibans, reprendront probablement, du service, à Kaboul, pour bénéficier des installations laissées vacantes, par les américains, et étrenner tout l'équipement que les Occidentaux laisseront, en héritage, aux forces armées afghanes, qui se laisseront pousser la barbe. OUI, les forces afghanes iront rejoindre ceux qu'ils combattent aujourd'hui, tout comme l'ont fait, avant eux, les militaires saoudiens, en 1979. Vous voulez savoir pourquoi ? Tout simplement parce que le terrorisme NE DEFEND AUCUNE CAUSE, en particulier. C'est même plus facile de dire qu'il ne défend rien du tout. Il se contente d'exister, comme je l'ai déjà expliqué. Il est, à la fois, sa propre cause et sa propre raison d'être. Si vous avez besoin de retenir une chose, c'est ce que vous devez retenir.

L'ont comprend ainsi, que les attaques du 11 septembre 2001, n'avaient d'autre but que de créer le plus grand événement qui soit, amplifié au delà de tout ce que l'on pouvait espérer, par les médias Occidentaux. Un véritable show planétaire, à l'image des jeux olympiques ou la coupe du monde de football. Dans cette logique, l'on peut comprendre qu'il n'a jamais été question de répéter le coup, ni en Amérique, ni ailleurs. Ce n'est pas nécessaire, voilà tout. Il suffit juste d'entretenir de temps en temps, le feu, par quelques petites actions d'éclat. Et c'est absolument ce qui a été fait.

Mais, attention. En parlant ainsi, je donne l'impression que l'on est en présence d'actions réfléchies, entrant sans le cadre d'un plan établi depuis longtemps, et mis en ½uvre selon un échéancier précis. Il n'en est rien. Il faut juste comprendre qu'il s'agit d'une logique déterministe, qui, une fois enclenchée, elle s'entretient toute seule, comme si chaque étape franchie, amène quasi automatiquement, la réalisation de l'étape suivante. Ben Laden, n'était, ni l'inventeur, ni le dépositaire, d'aucun plan précis. On aurait mis un chimpanzé, à la place de Ben Laden, on aurait obtenu, pratiquement, le même résultat. Quelle est la valeur de sa mort, dans ce cas ? La repense est à la fois risible et évidente, n'est-ce pas ? Ben Laden, une icône, comme on l'a trop souvent écrit ? Laissez-moi rire aux éclats ou en silence, s'il vous plait. Je préfère en silence, si vous permettez. Rappelez-vous, aucun commando terroriste, ne gardait sa maison, lorsqu’il a été tué. Aux yeux des terroristes islamistes, il n’avait aucune d’importance particulière. C'était un chef, c’est tout. Un chef comme n’importe quel autre chef, qui donne des ordres, ni plus, ni moins. Le terrorisme ne s’embarrasse pas, ni de Héros, ni de causes perdue ou gagnée.

Le maréchal Tito, héros de la résistance yougoslave, face aux Allemands, durant la seconde guerre mondiale, avait pour habitude de lancer à ses hommes : « Ne combattez jamais l’adversaire sur son terrain. Baissez-vous et cachez-vous, et frappez-le ensuite, lorsqu’il n’est pas en position de vous dominer. ». Sa force a été de battre les nazis, en refusant de les affronter frontalement, mais, en tirant profit du déséquilibre qui existait entre ses troupes et l’occupant nazi. Il s'agit là, de la logique même, d'une « guerre asymétrique »,avant l’heure. Le maréchal Tito agissait cependant, dans le cadre d'une guerre dissymétrique, ne l'oubliez pas.

Les américains savent être perspicaces. Mais ils vont rarement, au bout de leur propre logique. Ils ont été les premiers, en effet, à comprendre la logique terroriste et à lui donner la bonne définition. Ainsi, la doctrine militaire de « guerre asymétrique » est apparue aux Etats-Unis, au milieu des années 1990. En décembre 1997, le «National Defense Panel » américain la résume, ainsi, dans l'une de ses études : « Nos ennemis, présents et futurs, ont tiré les leçons de la guerre du Golfe de 1991. Ils ne vont pas se confronter à nous conventionnellement. Ils aligneront leurs points forts face à nos points faibles. Leurs forces ne seront pas le miroir des nôtres ».Après cela, l'on s'étonnera que les attentats de 11 septembre 2001 aient pu avoir lieu. Logiquement, cette approche aurait dû faire comprendre, aux américains, que leur grande faiblesse ce sont leurs symboles de domination, un peu trop voyants et de mauvais goût, si vous voulez mon avis. Le World Trade Center était l'un de ceux-là, peut-être même, le plus significatif. Il était un symbole de la puissance américaine, aux yeux du monde entier et une icône (vraie, celle-là), de New York, au même titre que l’Empire State Building et la statue de la Liberté. Retenez ces deux mots : « Empire » et « Liberté ».Ajoutez-leur maintenant, le mot « World ».Qu'est-ce que vous obtenez ? Vous y êtes ? Alors lisez la troisième partie pour savoir ce qu'il faut faire, et ce qu'il faut éviter de faire, au niveau de la toute petite TUNISIE.

Par Ridha Ben Kacem le 9 juin 2013

Lire partie ( I )

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