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Des électeurs sud-soudanais attendent pour voter à Juba, le 9 janvier 2011.
Des électeurs sud-soudanais attendent pour voter à Juba, le 9 janvier 2011.

De la difficulté de couvrir des élections

Le métier de journaliste peut s’avérer périlleux en période électorale, notamment en Afrique. Un bréviaire explique les risques à éviter.

Reporters sans frontières et l’Organisation internationale de la Francophonie publient, en ce début 2011, un Guide pratique du journaliste en période électorale.

Un petit manuel de 70 pages, sorte de boîte à outils compilant repères déontologiques et conseils pratiques, à l'attention des professionnels de presse amenés à couvrir des élections, moment crucial pour la vie d'un pays.

Pourquoi ce guide? Tout d'abord, parce que l'OIF et Reporters sans frontières voulaient combler un vide. Peu d'ouvrages de vulgarisation, facilement accessibles, utiles aussi bien pour les professionnels chevronnés que pour les journalistes en herbe formés sur le tas, étaient disponibles et diffusés largement comme le sera ce guide.

Ensuite, parce que le calendrier électoral, particulièrement chargé ces prochains mois dans l'espace francophone —notamment africain—, rendait urgent le besoin de rappeler aux journalistes les règles de base sur la façon de couvrir une campagne électorale, et de leur fournir des explications sur ce qui peut être parfois mal compris, à savoir les mécanismes institutionnels en jeu lors de l'organisation d'un scrutin.

Aussi et surtout, enfin, parce que l'histoire récente prouve que des processus électoraux sont toujours des périodes délicates pour les journalistes. Les reporters gabonais, par exemple, pris à partie tant par le pouvoir que par l'opposition après la proclamation des résultats de l'élection présidentielle d'août 2009, peuvent certainement en témoigner. De manière générale, les médias sont parfois au cœur des crises politiques.

Fin 2008-début 2009, la presse a ainsi pris une part active dans les troubles qui ont secoué Madagascar. Le conflit politique entre l'ancien président de la République, Marc Ravalomanana, défait du pouvoir en mars 2009, et le maire d’Antananarivo, Andry Rajoelina, devenu alors chef d'Etat, s'était fait par médias interposés.

A l'heure actuelle, en Côte d'Ivoire, la chaîne nationale de télévision, la RTI, s'est transformée en organe de propagande du camp Gbagbo [le président sortant, nldr]. En Haïti, où des guides pratiques ont été envoyés au Centre opérationnel des médias mis en place à Port-au-Prince par Reporters sans frontières, des petites stations de radio sont rachetées par des dirigeants locaux pour assurer leur publicité et leur réélection future.

200 guides sont parvenus au Niger où ont lieu, en ce moment, des élections législatives et présidentielles. 200 autres ont également été remis aux journalistes tchadiens, lors d'une cérémonie organisée à N'Djamena, tandis que 150 exemplaires ont été envoyés à Bangui, la capitale centrafricaine. Des centaines de guides seront remis aux journalistes devant couvrir des élections en 2011, entre autres au Bénin, au Cameroun, en Guinée, à Madagascar, ou encore en République démocratique du Congo.

Un scrutin national implique un dispositif compliqué, technique, que les journalistes doivent connaître s'ils veulent relayer au public —les électeurs en l'occurrence— une information juste et équitable. Ce besoin de formation nous est apparu d'autant plus urgent que certaines élections auront lieu dans des pays où la démocratie est encore fragile, où le secteur des médias est parfois encore jeune et inexpérimenté. Ce guide est là aussi pour intéresser les journalistes aux élections nationales, au débat public, à la chose politique.

Il vise à favoriser une vie politique apaisée et une gouvernance démocratique renforcée, conformément aux engagements pris par les Etats et gouvernements membres de l’OIF dans la Déclaration de Bamako (2000). Les exemples sont nombreux où les journalistes, parfois par manque de formation ou d'expérience, parfois sciemment, ont mis de l'huile sur le feu des tensions sociales et politiques.

Le guide ne réglera pas tout. Il ne réglera pas par exemple le compte de la presse de caniveau, à l'image de ce journal ougandais, Rolling Stone, qui appelait au meurtre de David Kato, un militant pour le droit des homosexuels. Ses voeux ont malheureusement été exaucés. L'enquête a encore à établir les motifs à l'origine de la mort du jeune militant, mais ce genre d'appel ne peut qu'avoir un effet incitatif.

Il ne règlera pas non plus la question des moyens, souvent faibles, mis à la disposition des journalistes pour assurer leur tâche d'information, mais au moins il trace de façon claire les frontières qui délimitent le journalisme professionnel. Au moins il propose aux journalistes quelques conseils très pratiques sur la façon de garantir un accès équitable aux candidats par exemple, mais aussi sur la conduite à tenir en cas de fraude électorale, sur le traitement du discours électoral, sur la façon de mener une entrevue ou encore de couvrir une campagne dans un contexte sensible.

Restera toujours, en dernière instance, la volonté politique de respecter l'indépendance de la presse, et celle des journalistes eux-mêmes de s'assumer dans ce rôle, de faire bon usage de ce pouvoir. Dans certains pays, la question reste entière. Le problème de l'affiliation ethnique, l'esprit partisan, les relations incestueuses entre pouvoir médiatique, politique et économique interdisent un traitement honnête de l'information.

Les journalistes sont un relais essentiel entre, d'un côté, les électeurs et, de l’autre, les candidats et les partis politiques. Ce relais doit aller dans le sens de la vérité; vérité sur le contenu des programmes, sur les messages, sur la personnalité des candidats, sur les faits. Les électeurs doivent bénéficier d’une information objective qui leur permettra, au moment de se rendre aux urnes, de faire leur choix en toute connaissance de cause.

Reporters sans frontières

Reporters sans frontières

"Sans une presse libre, aucun combat ne peut être entendu" Dans certains pays, un journaliste peut passer plusieurs années en prison pour un mot ou une photo. Parce que emprisonner ou tuer un journaliste, c’est éliminer un témoin essentiel et menacer le droit de chacun à l’information, Reporters sans frontières, fondée en 1985, œuvre au quotidien pour la liberté de la presse.

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