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Les vraies motivations politiques du Chef de gouvernement turc Recep Tayyip Erdoğan

Par Masour Mhenni

Soudain Recep Tayyip Erdo?an et la Turquie reviennent à l'avant-scène du débat politique international. Pour certains, les manifestations déclenchées à Istanbul seraient le signe annonciateur d'un printemps turc que beaucoup de gens croyaient improbable. Pour d'autres, elles ne sont qu'une man½uvre de provocation cherchant à déstabiliser une société en marche et son pilote de grand acabit.
On parle de la Turquie et on parlote, histoire de s'occuper davantage la langue que la tête, au point de croire trop tôt qu'on allait vite avoir la peau d'un animal politique qui continuait imperturbablement son périple maghrébin pendant que son pays « brûlait » ! N'est-ce pas là un autre signe soit d'une naïveté politique caractérisée, soit d'une manipulation idéologique bien tressée ? Rares étaient les analyses objectives du phénomène turc de ces derniers jours, surtout dans les pays où les commentateurs sont de plus en plus fébriles depuis un fameux janvier 2011 en Tunisie.
Sans prétendre à une intelligence particulière ni à une analyse des plus objectives, voici conduites dans le présent propos quelques annotations qui viendraient s'ajouter à la profusion discursive qui danse sur l'image de la nouvelle star du show politique méditerranéen.
Note 1 : On a souvent présenté la Turquie comme un modèle réussi de l'islam politique et l'on a même préconisé une stratégie de sa transplantation dans les pays musulmans pour les sauver de l'emprise des dictatures classiques. Or les dernières déclarations d'Erdo?an, en réponse aux manifestants qui cherchaient sa peau, ramène le discours islamiste à ses principes de base dont surtout le refus viscéral d'une certaine modernité fécondée à la philosophie occidentale du droit et des libertés fondamentales, une modernité symbolisée là-bas par Atatürk, ici par Bourguiba.
Note 2 : L'Etat civil n'en est pas moins une réalité en Turquie, à preuve qu'Erdo?an était sur la corde raide pour réussir à se faire réélire dans les dernières élections. Cependant, cet Etat civil est maintenu et protégé par l'armée qui constitue la principale force d'équilibrage des pouvoirs commandant la nature de la société. Donc, à moins d'une sortie par les élections, Erdo?an ne chuterait que si l'armée en décidait ainsi.
Note 3 : Erdo?an n'a donc rien du démocrate coulé dans le moule occidental. C'est un chef charismatique dont le principal objectif reste la prospérité économique de la Turquie pour un repositionnement géostratégique à même de lui ramener quelque chose de sa suprématie, de son influence et de son rayonnement du temps des empires.
On s'en souvient, la Turquie a cherché à intégrer l'Europe pour cela et l'on ne serait pas dans l'erreur de croire que cette entrée lui était refusée pour les mêmes raisons. C'est alors seulement que la Turquie, foncièrement méditerranéenne en principe, s'est tournée vers la mer médiane où elle a trouvé un terrain propice et un accueil favorable, du point de vue économique d'abord, politique ensuite.
Note 4 : Pour réussir cette stratégie, Erdo?an n'a pas hésité à faire alliance avec les dictatures les plus arbitraires et à soutenir leurs chefs les plus diaboliques, au prix même de l'intérêt de certains autres pays dits frères. On n'a sans doute pas oublié, trop vite, l'appui inconditionnel d'Erdo?an à Mouammar Kadhafi, jusqu'à l'ultime force de son combat ! En fait les dernières années du pouvoir de Kadhafi avaient ouvert le champ large à l'investissement turc, surtout en matière de bâtiment (le seul secteur à même de toucher tous les autres) et de services (en y intégrant le commerce du quotidien). Evidemment cela s'est fait au détriment de la Tunisie et cela a valu à Erdo?an, en 2010, le Prix Mouammar Kadhafi des Droits de l'Homme, reçu par le Chef du gouvernement turc en grandes pompes et fastes cérémonies.
Note 5 : Est-ce à dire qu'Erdo?an est à diaboliser comme ses anciens amis dictateurs et ses nouveaux amis apprentis dictateurs ? Je n'en suis pas aussi convaincu, pour la simple raison que le paysage politique actuel est en train de nous montrer, on ne peut plus clairement, qu'il n'y a pas de démocratie et qu'il n'y a pas de politiciens démocrates. Il y a juste une course acharnée pour le pouvoir. Ensuite, pour celui qui y parvient, il y a une obstination à faire son pays et son peuple à sa manière, à coup de discipline imposée et de plusieurs autres motifs construits selon les circonstances. Il n'y a d'ailleurs pas toujours de la félonie dans cela et ce ne serait pas les bonnes intentions qui manquent ; mais c'est juste ces bonnes intentions d'individus ou de petits groupes qu'on décide d'appeler « une démocratie spécifique », ou « démocratie adaptée ».
Peut-être peut-on encore garder une foi relative dans une certaine démocratie de la société civile, quand celle-ci aussi n'est pas emballée dans les courants impétueux des crises politiques !
Au final, Erdo?an n'a qu'un intérêt en tête, celui de son pays. Analysez tous les contrats qu'il signe, toutes les conventions qu'il conclut et même les aides qu'il consent, vous n'y trouverez que l'intérêt de la Turquie. Rien que pour cela, je lui tire mon chapeau !
Reste à savoir si ses interlocuteurs ont le poids, la force et la conviction qui l'animent pour défendre avec autant d'intransigeance (même amadouée par les couleurs vives de l'hypocrisie diplomatique) l'intérêt de leurs pays et des sociétés qu'ils gouvernent ! C'est là la question.

Par Mansour Mhenni le 8 juin 2013

Tunisie Focus

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