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Malawi: nouvelle recette anti-chômage, exporter des bras en Corée

Qui aurait dit qu'une star du gospel au Malawi, déciderait de se faire manoeuvre agricole en Corée du Sud ? La faute à la crise: Joseph Alfazema est l'un des premiers candidats à avoir répondu à un programme controversé du gouvernement pour partir travailler à l'étranger.

Dépassé par l'arrivée de 200.000 jeunes sur le marché du travail chaque année, la présidente Joyce Banda n'a rien trouvé de mieux que de lancer une grande campagne pour susciter des vocations et recruter des candidats âgés de 19 à 40 ans prêts à quitter le pays.

Selon elle, il s'agit d'"offrir un emploi à des jeunes qui quittent l'école et n'ont rien à faire et de répondre au taux de chômage croissant", de l'ordre de 50% de la population active.

"Je veux qu'ils aillent là-bas et travaillent dur pour impressionner les Coréens", a-t-elle ajouté en lançant cette initiative en mars, critiqué par certains comme de "l'esclavage moderne".

L'emploi de plusieurs milliers de Malawites à l'étranger permettra aussi de faire entrer beaucoup de devises vers ce pays frappé par la crise, grâce aux expatriés qui enverront une partie de leurs salaires à leurs familles.

"Les risques qu'ils soient exploités sont plus élevés", a cependant mis en garde Billy Mayaya, un militant des droits de l'homme interrogé par l'AFP, qui appelle le gouvernement "à se concentrer sur la création d'emplois sur place".

Quinze mille Malawites ont déjà répondu à l'appel et les 366 premiers départs vont bientôt s'effectuer, après une visite médicale préalable approfondie.

Joseph Alfazema est l'un d'eux.

"Je ne laisse pas tomber la musique mais je veux aller là-bas pour gagner plus d'argent et m'acheter mon propre matériel", explique à l'AFP le chanteur qui n'a plus rien enregistré depuis sa dernière vidéo il y a deux ans et voudrait produire de nouveaux DVD.

Une moitié de la population sous le seuil de pauvreté

L'an dernier, le Malawi a frôlé la récession à cause d'une grave pénurie de devises et de la sécheresse qui a plombé l'agriculture, pivot de l'économie nationale avec 80 à 90% de la population active. Le tabac, principal produit d'exportation dans un pays où l'exploitation minière (uranium) a commencé seulement en 2009, a vu ses prix chuter.

Le PIB a connu une croissance limité à 2% en 2012 et a reculé par habitant (-1,2%) selon un récent rapport conjoint de plusieurs institutions internationales dont l'OCDE et le PNUD.

"Le Malawi sortira sans doute de la crise économique (...) pour renouer avec une croissance solide", selon ce rapport. Mais en attendant le pays est soumis à une cure d'austérité aussi drastique qu'impopulaire.

Mme Banda a accepté de dévaluer la monnaie nationale qui a perdu environ 50% de sa valeur. Les problèmes de pénurie de sucre ou d'essence sont résolus mais ont fait place à une forte inflation des prix à la pompe ou en rayons (+19,2% en 2012).

Près de la moitié des 13 millions d'habitants du Malawi vit avec moins d'un dollar par jour.

Ceux qui partiront en Corée du Sud devraient gagner jusqu'à mille dollars par mois, selon le ministère malawite du Travail. Une fortune comparé au salaire mensuel moyen que l'on peut espérer dans le secteur privé ou public au Malawi, qui ne dépasse pas l'équivalent de 100 dollars.

"C'est surprenant", critique le député d'opposition Steven Kamwendo. "On n'arrête pas de se plaindre de la fuite des cerveaux et on encourage la diaspora à revenir au pays, et voilà qu'on exporte la crème de notre main d'oeuvre à l'étranger. Cela n'a pas de sens".

Il aurait au moins fallu un "accord clair" signé avec les autorités de Corée du Sud, ajoute Francis Kasaila, un autre élu d'opposition.

L'universitaire Chijere Chirwa, historien et analyste politique, estime également que le programme pêche par le manque de cadre légal.

"Pourquoi un pays d'Asie voudrait-il embaucher des Malawites? Le danger est que les travailleurs de notre pays soient recherchés pour leur côté bon marché, poussant les Malawites à se faire exploiter", dit-il.

La ministre du Travail Eunice Makangala assure de son côté que les "précautions nécessaires" ont été prises pour vérifier les conditions dans lesquelles ses compatriotes travailleront.

Et vante-t-elle, "il y a encore plus d'opportunités à Dubaï et à Koweït pour des postes qualifiés et non qualifiés". Réceptionnistes, femmes de ménage, serveurs: quiconque ayant déjà une expérience dans les métiers d'accueil et de contact est bienvenu, selon le gouvernement, passant sous silence la mauvaise réputation des pays du Golfe envers les travailleurs immigrés.

AFP

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