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Les Palestiniens oubliés de Geziret Fadel

En Egypte, les réfugiés palestiniens sont bien moins nombreux que par exemple, au Liban ou en Jordanie – c’est pour cela que le mandat de l’UNRWA ne couvre pas l’Egypte, même s’il y a un bureau de liaison au Caire. Il n’empêche que certains Palestiniens vivent dans des conditions déplorables depuis des générations en Egypte. C’est le cas des trois mille Palestiniens du village dit de Gezirat Fadel, survivant à peine d’agriculture et de recyclage de plastiques.

Bien sûr, les conditions de vie des paysans égyptiens de la campagne alentour ne sont guère plus enviables. A cette différence près que les Egyptiens ont droit aux services – si basiques et peu utiles soient-ils – de santé et d’éducation, gratuitement -contrairement aux Palestiniens, traités en étrangers – et ce depuis le temps du président égyptien Anouar el Sadate. Les habitants palestiniens de ce village ont été « découverts » par les médias le mois dernier.

Ces enfants font le signe de la victoire après un discours fait par les responsables politiques du village et les activistes venus visiter le village le 15 mai, le jour de la commémoration de la Nakba, juste avant la distribution de cadeaux aux enfants par les volontaires. En arrière-plan, l

Limbes politiques

Geziret Fadel: « île de Fadel »: du nom de Abu Fadel, le chef de la communauté des réfugiés arrivés là en Egypte, dans la région de Sharqeya, après l’exode de 1948 et un très long trajet à travers le Sinaï et la campagne égyptienne, est connue parmi la population égyptienne des environs sous le nom de l’ »île des arabes ». Pour les Egyptiens, « Arabes » veut souvent dire « Bédouins ». D’après ce que racontent les villageois, ils sont les descendants de réfugiés palestiniens bédouins de la région de Beersheba, dans le désert du Néguev.

L’actuel maire du village et son frère, responsable régional des travailleurs palestiniens, n’habitent pas dans le village ni n’y travaillent, mais plutôt au Caire. Ils se félicitent de l’attention accordée au village oublié. Ils rappellent l’aide accordée au village, pour payer les frais de scolarisation des enfants, pour construire de petites pièces de réception et une salle de classe, par l’Autorité Palestinienne.

En réalité l’attention médiatique a été suscitée par un groupe d’activistes égyptiens et palestiniens qui cherchaient à mettre le sujet en lumière à l’occasion de la commémoration de la Nakba cette année. Al Jazeera et de nombreux médias égyptiens ont mentionné le village. Selon certains des activistes, l’aide accordée par l’Autorité palestinienne est tout sauf ancienne et régulière, elle se limite peut-être à quelques cartons de nourriture par-ci par-là, la scolarisation des enfants est loin d’être une réussite, même si le taux d’alphabétisme a légèrement augmenté depuis quelques années, et l’hôpital qui devait être construit pour eux près du village n’a jamais vu le jour et les fonds ont été utilisés pour autre chose.

Les enfants du village ont beaucoup apprécié les petits cadeaux apportés par le convoi d'aide du 15 mai. Et ont à coeur de laisser leur visage sur la caméra, la moue grave ou souriante et accompagnée du signe de la victoire.

Environ deux semaines après le tapage médiatique, l’ambassadeur palestinien au Caire est allé rendre visite aux villageois de Geziret Fadel. Il affirme leur avoir promis principalement de les aider à trouver du travail grâce à ses bonnes relations avec des hommes d’affaires palestiniens, et de les aider à un installer un comité de liaison. Il tient à faire savoir qu’il ne s’agit pas de la première visite et que l’Autorité palestinienne s’occupait du dossier avant l’engouement médiatique.

Beaucoup des habitants du village n’ont pas de papiers d’identité palestiniens, car l’Egypte les fait payer un prix prohibitif pour ces familles très pauvres – et impose de multiples aller-retours au Caire pour demander différentes autorisations, ce qui est insurmontable pour beaucoup.

Une partie des enfants du village ont un père ou une mère égyptien (ne), ce qui réglera au moins une partie du problème, la différence de traitement entre Egyptiens et « étrangers ». « Ce n’est pas juste, » commente une mère de famille, « on parle égyptien, on est comme eux, de puis le temps ». C’est seulement depuis après la révolution que les mères peuvent réellement transmettre leur nationalité en Egypte, même si la loi datait de 2004.
Le statut d’étranger les prive de l’égalité des droits avec les Egyptiens pour la santé, l’éducation, l’accès aux produits d’alimentation ou d’énergie subventionnés.

Identité perdue

Le jour de la commémoration de la Nakba, quand des activistes et journalistes sont venus visiter le village, les officiels ont demandé aux enfants de chanter des chansons patriotiques, de danser la dabké… Le résultat n’a pas été des plus concluants. Le niveau d’éducation est de toute façon très bas dans le village et dans la région. Aux murs de la salle de classe et des pièces de réception du village sont accrochés des images de l’ancien leader palestinien Yasser Arafat et de Jérusalem, cela dit…

Ces petites filles applaudissent au son d'une chanson palestinienne.

Seuls trois ou quatre anciens ont survécu depuis la fuite de Palestine. La plupart sont trop séniles, nous dit-on, et ne peuvent pas parler aux journalistes. Une vieille femme toute parée comme pour une fête nous attend dans l’une des pièces un peu propres du village – l’une de celles construites avec l’argent reçu de l’ambassade palestinienne.

Nafla Hassouna, la vieille dame en costume bédouin traditionnel à droite de l'image, dit ne pas se souvenir exactement de son âge. Mais elle dit très bien se souvenir de la nuit où elle a fui sa maison, croyant emporter son nouveau-né endormi, se rendant compte au bout d'un certain temps qu'elle avait pris un oreiller... elle dit avoir demandé à son mari de retourner chercher l'enfant, mais qu'elle n'a jamais revu ni son mari ni son bébé.

Elle porte une robe traditionnelle, qu’elle a cousue elle-même, il y a des dizaines d’années, mais en Egypte, dit-elle. Elle raconte avoir dû fuir la Palestine jeune mariée – et avoir perdu son bébé et son mari lors de l’exode et des combats de l’époque. Elle dit qu’ils étaient peut-être quelques centaines sur la route au départ, mais elle ne se souvient pas combien ont fondé le village.

 

L’ambassadeur palestinien mentionne la consanguinité comme possible source des problèmes médicaux du village. Cela dit, les villageois expliquent qu’ils ne se sont pas mariés qu’entre eux mais aussi avec des Bédouins égyptiens, et pour la dernière génération, l’origine n’est plus un critère déterminant pour le choix du conjoint.
Mais la langue et la carte d’identité égyptienne de certains de ces enfants n’enlèvent rien au fait qu’ils sont palestiniens, puisque descendants de réfugiés, selon l’ambassadeur palestinien au Caire.

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