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Coopération parlementaire et intégration des peuples : Piste pour la mise en place des Etats-Unis d'Afrique par le bas ? (4/5)

Au-delà des discours, il importe à ce jour où la question du panafricanisme fait l'objet de l'actualité brûlante, que nos parlements initient des projets intégrateurs. Dans le cadre de ces projets, les populations de différentes nationalités pourraient activement et mutuellement participer aux initiatives de développement les concernant. Ce qui donnera au projet d'instauration des Etats-Unis d'Afrique, de disposer d'une assise sociale déjà unie.

Depuis les années 1960, période de l'accession à l'indépendance de la plupart des Etats africain, l'on chante ceci : « l'avenir de l'Afrique se trouve dans son union ». Cela est certain et connu de tous. Mais les actes des décideurs politiques peinent à s'inscrire en droite ligne de cette union. L'attachement légendaire de nos chefs d'Etats à la souveraineté nationale obstrue encore véritablement le chemin qui mène à cette union. Et aujourd'hui, il n'est pas fallacieux de croire que l'instauration effective des Etats-Unis d'Afrique par le haut, n'est pas pour les 50 prochaines années.

Pourtant, il faut y aller, rapidement sans précipitation toutefois. Mais comment ? Avec quels acteurs ? L'inactivisme ou l'activisme hypocrite de nos dirigeants doit être suppléé par la mobilisation des populations à la base qui auront quand même besoin, du soutien d'autres leaders politiques. C'est en cela que nos parlementaires peuvent jouer un rôle historique à travers, entre autres, la mise sur pied de véritables grands projets intégrateurs mobilisant les populations de différentes entités étatiques.

Il est clair qu'un projet en matière par exemple d'élevage au profit des populations nigériennes, burkinabè, maliennes, pour ne citer que ces nationalités, aura l'adhésion totale et participative de ces dernières. Il y a bien d'autres domaines dans lesquels de grands projets intégrateurs seraient les bienvenus pour nos populations à la base. Cela est valable en Afrique centrale comme australe, orientale et méridionale ; des réalités environnementales et culturelles communes à différentes nationalités y existant.

Avec cette option, nos parlements peuvent bien bénéficier de l'accompagnement financier de nos banques de développement, en l'occurrence la BAD (Banque africaine de développement), la BOAD (Banque ouest-africaine de développement). L'accompagnement de ces institutions financières africaines s'impose aujourd'hui, car et comme le dit bien Donald Kaberuka, président de la BAD, l'Afrique ne peut pas se développer avec les ressources financières des autres continents.

Et à en croire la Représentante résidente de la BAD au Burkina, Ginette K. Nzau-Muteta, un projet sur la résilience dans le sahel concernant tous les 13 pays membres du CILSS (Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sècheresse au Sahel) est en cours d'élaboration. Il vise à équiper les populations pour pouvoir faire face aux changements climatiques et à développer leur résilience de sorte qu'elles ne soient plus victimes des aléas climatiques. C'est un projet très vaste d'un montant de plus de 500 millions de dollars, axés sur trois piliers que sont le renforcement, à travers la mise en place des infrastructures appropriée, de la productivité agricole dans toute la chaîne des valeurs ; le renforcement de la protection sociale et l'augmentation des revenus des populations ; et le renforcement des capacités de l'UEMOA, de la CEDEAO et du CILSS.

Nos parlements doivent pouvoir monter des projets de telle importance au profit des populations dont ils sont les mandataires.

A se fier aux discours qu'ils tiennent, l'on peut bien s'accorder pour dire que nos députés ont la volonté d'initier, ou à tout le moins, d'accompagner les populations dans leurs envies et démarches vers l'union par-delà les frontières nationales.

La volonté semble être là

Les pères fondateurs de l'actuelle Union africaine, ont depuis les années 1960, compris et clamé que l'Afrique ne pourra véritablement tenir le pari de l'indépendance, du développement harmonieux et ne pourra peser au sein des instances où se prennent les grandes décisions du monde, que si elle réussit à faire fondre ses entités étatiques en Etats-Unis d'Afrique.

Kwamé N'Krumah ne disait pas autre chose quand il affirmait que « l'indépendance du Ghana n'aura de sens que si elle est liée à la libération totale de l'Afrique ».

Et le 6 mars 2013, dans son adresse à la Représentation nationale du Burkina Faso, le président de l'Assemblée nationale du Ghana, s'inspirant sans doute des idées du Dr N'Krumah, affirmait qu'il « est important pour nous parlementaires de collaborer sur des questions qui tiennent compte de nos peuples ». Ce qui donne d'espérer une union entre parlements induisant une union parfaite entre peuples ghanéens et burkinabè autour entre autres de projets intégrateurs dans divers domaines.

Revenant sur le traité d'amitié et de coopération entre son pays et le Burkina, signé à Ouagadougou en 2008, le président de l'Assemblée nationale de Côte-d'Ivoire, K. Guillaume Soro dira que « la politique d'ouverture prônée par ce traité d'amitié est une invitation aux Peuples africains à résolument faire abstraction des frontières héritées de la colonisation pour faire preuve de solidarité entre eux ».

Et après avoir rappelé la fierté généralisée dont le peuple ivoirien a fait preuve magnifier la percée historique des Etalons à la CAN 2013, Guillaume Soro lance « voyez-vous, le peuple lui-même nous montre le chemin à suivre ; celui du rapprochement ».

Le parlement sénégalais attend aussi, à en croire Awa Guèye, Première vice-présidente de l'Assemblée nationale, beaucoup de la coopération parlementaire dans l'intérêt bien compris des populations à la base. Dans son discours devant la Représentation nationale du Burkina à l'occasion de l'ouverture de la première session ordinaire 2013 de notre 5è législature, elle a rappelé à ses homologues que « les chantiers institutionnels des parlements de la CEDEAO et de l'Union africaine sont les nôtres, nous avons une responsabilité historique partagée d'½uvrer ensemble pour que ces institutions accompagnent et contribuent au développement de l'unité africaine et au bonheur de nos peuples ». Elle a également tenu à préciser que « nos peuples nourrissent beaucoup d'espoirs en plaçant leur confiance en nous pour porter leur parole et assurer un plaidoyer pour la défense de leurs intérêts ».

Le parlement togolais, à travers son travail législatif va toujours contribuer aux côtés de ses pairs dans l'espace CEDEAO pour l'atteinte du principal objectif communautaire, celui de l'intégration réelle de nos peuples. Ce message fort est celui de Selom Komi Klassou, Premier vice-président de l'Assemblée nationale du Togo. Pour être plus explicite avec ses homologues du Burkina, M. Klassou précise, « nous pensons que, plus que tous les autres acteurs, c'est le devoir de nous, parlementaires, de par notre fonction législative, de favoriser la tolérance et les échanges réciproques entre nos peuples ».

En ce qui concerne l'Assemblée nationale du Gabon, elle reste plus que jamais disposée à développer de concert avec l'Assemblée homologue de Burkina Faso et de la façon la plus débridée qui soit, « tous les axes de notre coopération susceptible de libérer nos énergies et de massifier nos échanges à bénéfice réciproque », a indiqué Guy Nzouba Ndama, président de l'Assemblée nationale du Gabon, qui a aussi tenu à préciser que le FESPACO constitue un des projets intégrateurs du continent.

De ce qui précède, l'on peut noter que la volonté de nos parlements à aller dans le sens d'une véritable coopération au profit des populations qui les ont mandatés, existe. Encore faut-il que cette volonté se concrétise en donnant lieu entre autres à la libre circulation des personnes et des biens, à la mise en ½uvre de projets intégrateurs. Cette démarche aura le mérite d'actionner l'instauration des Etats-Unis d'Afrique ; ou à tout le moins, de lui donner une forte et favorable assise sociale.

Fulbert Paré

Lefaso.net

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