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Tunisie-FMI : 66% contre, 23% pour, 11% ne se prononcent pas

Par Ridha Ben Kacem

Il y a juste un mois, le mercredi 8 mai dernier, Ilyès Fakhfakh, ministre des finance a annoncé que le Conseil d'administration du Fonds Monétaire International (FMI) se réunira le 7 juin, c’est-à-dire aujourd'hui, pour examiner le dossier relatif à l'octroi à la Tunisie d'un crédit à titre de précaution.

Fakhfakh a précisé, à cette occasion, que la Tunisie a le droit de recourir au FMI, pour obtenir 400% de sa part de souscription au capital du FMI, soit environ 1,738 milliard de dollars, l'équivalent de 2,7 milliards de dinars. En ce qui concerne les interrogations et les doutes ayant accompagné l'obtention, par la Tunisie, de cet emprunt, le ministre des finances a précisé que le FMI n'a pas soumis de conditions à la Tunisie, en contrepartie de l'octroi de ce prêt.

L'on notera, cependant, que le ministre a relevé, le même jour, que les réformes entreprises par le gouvernement concernent essentiellement, la réforme du système de compensation. Pour tout observateur averti, il est facile de constater la concomitance du discours officiel sur la nécessité de réformer le système de compensation, avec celui de recourir au FMI, pour sauver l'économie du pays. L'on peut dire, avec le gouvernement, que les reformes du système de compensations sont « voulues » et non « imposées ».Mais l'on peut tout aussi bien, imaginer qu'elles sont « voulues » parce que, de toute manière, elles seraient « imposées » par le FMI, le gouvernement provisoire ne ferait, ainsi, qu'anticiper et cela ne changerait rien au fond de la question.

Le ministre a précisé également, concernant le calendrier de décaissement de ce prêt, qu'il y aura un retrait de 718 millions de dollars, en 2013, soit l'équivalent d'un milliard de dinars. En 2014 et 2015, les retraits seront respectivement, de 802 millions de dollars et 218 millions de dollars a-t-il ajouté. Quant au taux d'intérêt de ce prêt, il est estimé à 1,07% et le remboursement se fera sur une période de 5 ans, avec un délai de grâce de trois ans. Il s'agit, donc, d'un très gros prêt, remboursable, pourtant, sur une très courte période. L'on est, donc, fondé de croire que ce prêt mettra, à rude épreuve, la capacité de remboursement de la Tunisie.

Les 11 millions de tunisiens approuvent-ils ce prêt ? Quelqu'un s'est-il soucié de demander leur avis ? Voilà une bonne question que le ministre des finances n'a pas abordée, lorsqu'il a donné toutes ces précisons, à propos de cet emprunt. A la veille de l'examen par le Conseil d'administration du FMI, de la demande tunisienne, un sondage réalisé par l'institut TUNISIE SONDAGE pour TBC Partners, nous apporte une réponse éloquente. Il apparait, ainsi, que 2 tunisiens sur 3 désapprouvent le recours de la Tunisie, au FMI. Ils sont donc, 66% à ne pas être favorable à l'obtention de ce prêt. Selon ce sondage d'opinions les tunisiens semble dire majoritairement, NON AU FMI. Et c'est une majorité confortable et non étriquée qui exprime cette opinion. Le discours officiel devrait en tenir compte et ne plus faire l'impasse, dessus.

C'est d'autant plus vrai, que seuls 23% des sondés se déclarent favorables à cette démarche de recourir au FMI. Ce taux est inférieur au quart des tunsiens. Retenons, donc, que moins de un tunisien sur quatre, approuve le fait de solliciter cet emprunt auprès du FMI. Il reste enfin, à signaler que 11% des questionnés ne se prononcent pas. Ce taux est relativement courant, dans ce genre de sondage d'opinion.

Voyons dans le détail, les opinons exprimées par les tunsiens, lors de ce sondage réalisé durant la période allant du 28 mai au 2 juin 2013, sur un échantillon de 1550 personnes, représentatif de la population tunisienne, âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge de la personne interrogée) après stratification par région et par catégorie d’agglomération.

Les résultats du sondage montrent que le Tunisien est très préoccupé par la situation économique du pays, d'autant que cette situation se répercute sur son quotidien. Selon les résultats du sondage, le tunisien comprend parfaitement, qu'entre les différents enjeux, qui président à l'évolution de la situation économique du pays et ceux qui président au remplissage de son couffin, au marché du coin, le lien est très étroit. A cet égard, il apparait qu'une très large majorité des répondants aux questions du sondage a une perception, plus ou moins, négative de la situation économique actuelle. Ils sont en effet, une grande majorité de 92%, à la qualifier de négative selon les appréciations suivantes :

- 33% la trouvent grave
– 30% la considèrent alarmante
– 29% l'estiment préoccupante

A l'inverse, seulement, 8% des sondés estiment que la situation économique du pays est normale. Si ces données devaient traduire une relation étroite de l'appréciation que font les tunsiens de la situation économique, dans le pays, avec l'évolution de leur pouvoir d'achat, l'on serait tenté de conclure que seuls 8% des tunsiens n'auraient pas enregistré les répercussions de la dégradation de la situation économiques de leur pays, sur leur train de vie.

Mais le tunisien montre, également, qu'il ne se contente pas de vivre ou plus exactement, de survivre, mais, qu'il se préoccupe, aussi, des de la solvabilité de pays. Ainsi, 85% des sondés, sont conscients de l'ampleur croissante, de l'endettement du pays. Le discours lénifiant officiel, qui consiste à dire que, tant que le taux d'endettement ne dépasse pas 50% de l'équivalent du PIB, il n'y pas lieu de s'inquiéter, ne semble pas très convainquant, pour la majorité des tunisiens. D'ailleurs le sondage montre qu'ils sont même, 88%, à éprouver de l'inquiétude, au sujet de l'endettement croissant du pays. Cette majorité se passe de tout commentaire. Le discours officiel devrait être beaucoup plus argumenté, pour convaincre les tunsiens, qu'ils n'auraient pas à payer, sur plusieurs générations, pour des décisions prises aujourd'hui, et avec lesquelles, ils sont, majoritairement, en désaccord.

Ceci est d'autant plus vrai que l'on constate que 79% des sondés sont au courant de la démarche des autorités tunisiennes, auprès du FMI. Mieux, plus des deux tiers, et plus exactement, 68% d'entre eux, savent que ce prêt, sollicité auprès du FMI, est soumis, en cas d'accord, à des conditions. Non, encore une fois, malgré les dénégations officielles, à ce propos, les tunsiens, ne se leurrent pas. D'ailleurs, il est possible de faire une autre lecture de ce résultat : La communication gouvernementale officielle, du moins en la matière, pose un gros problème de crédibilité.

Evidemment, on peut mettre en rapport le fait que les tunsiens, désapprouvent, selon ce sondage de TUNISIE SONDAGE pour TBC Partners, à 66%, le recours de ce prêt, auprès du FMI et le fait que 68% d'entre eux savent que ce prêt est soumis à plusieurs conditions de reformes bancaires, de réduction des dépenses publiques et d'augmentation des prélèvements. Ce recoupement des réponses donne une appréciation très favorable, quant à la fiabilité des résultats obtenus, lors de ce sondage d'opinions.

Pour ce qui est du refus de 66% des sondés de cautionner la démarche du gouvernement de solliciter ce prêt auprès du FMI, il apparait que pour 59,1% d'entre eux, le prêt constitue un lourd fardeau, qui sera laissé en héritage, aux prochains gouvernements, durant les années à venir. Ainsi, les tunsiens savent que, compte tenu du fait que le remboursement du prêt ne se fera pas avant la fin de l'année 2021, au plus tôt, cela revient, de fait, à hypothéquer l'action des deux ou trois prochains gouvernements, qui seront issus des prochains scrutins. Un lourd legs, qui compromettra d'avance, toute marge de man½uvre des futurs gouvernants. Les sondés comprennent, ainsi, que toute décision de ce calibre, prise aujourd'hui, se traduit, immanquablement, par des répercussions négatives sur les moyen et long termes. Les tunsiens sont aussi préoccupés de leur quotidien que de leur avenir et de leur devenir.

Quant aux 23% des sondés qui sont favorables au prêt, l'on apprend, sans surprise, qu'un gros tiers, soit 34,3% d'entre eux, pensent que ce prêt permettra d'assurer la relance de l’économie et l’instauration de la stabilité sociale, à moyen terme. On retrouve, ici, la rhétorique du discours officiel, et l'on peut imaginer que cette rhétorique est reprise, essentiellement, par une partie du socle électoral de la Troïka, au pouvoir.

Un autre petit tiers, soit 25,7% de ces 23% qui sont favorables à l'emprunt FMI, estime qu'il n'y pas d'autres solutions pour la Tunisie que de recourir au FMI. Ces 25,7% des 23% qui approuvent le recours au FMI considèrent, ainsi, qu'il n'y pas d'autres choix possibles, ou d'autres alternatives à envisager pour la Tunisie. Pour eux, en d'autres termes, la Tunisie, est condamnée à passer par là.

Il apparait de la sorte, que si 59,1% des 66% qui sont contre la démarche gouvernementale comprennent que l'obtention de ce prêt auprès du FMI, hypothèque l'action des prochains gouvernements, ils ne sont, en revanche, que 34,3% des 23% qui approuvent la recours à ce prêt à reprendre, à leur compte, l'argumentaire gouvernemental, selon lequel, ce prêt permettra de favoriser la relance de l’économie et l’instauration de la stabilité sociale, à moyen terme. La lucidité des tunsiens, semble, ainsi, de mise, d'un côté comme de l'autre.

PS : prochainement : Le FMI échoue en Grèce.

Par Ridha Ben Kacem le 7 juin 2013

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