mis à jour le

Abdellah Draoui, une vie au stade

Abdellah est un homme de football. Il est capitaine lorsque les Blanc et Violet de Baraki accèdent à la deuxième division en 1984. Si, à l'époque, toute la petite ville vibrait pour le sport, aujourd'hui, le football est devenu un moyen d'éloigner les jeunes de la violence et de la drogue.   C'était en 1984. Le petit club de football de l'US Baraki accédait à la deuxième division. Une ambiance terrible. La foule des grands jours à chaque entraînement. Des stades combles à chaque match. Abdellah Draoui avait 27 ans et était le capitaine de l'équipe de la petite ville depuis 6 ans : «Nous avions une petite équipe, pas de stade, nous jouions toujours à l'extérieur.» Pas de bus. Celui de l'APC de temps en temps. Mais souvent, un bus de location, payé avec les économies de bénévoles, tout comme les équipements. La condition physique ? «On n'avait que la forêt pour travailler !» Si les entraînements sont durs, l'équipe remporte ses matchs les uns après les autres : «Nous étions les meilleurs.» Les meilleurs ? Grâce à l'entraîneur Nour Benzekri qui revenait de Belgique avec la technique des 4-4-2. «Les autres équipes ne comprenaient pas ce qui se passait», sourit Abdellah. La ferveur gagne quelques quartiers d'Alger. Même les collègues d'Abdellah, qui travaillait à l'époque pour Sonatrach, ne ratent pas un résultat. L'équipe, elle, reste solidaire. «On jouait pour les couleurs, pas pour l'argent.» L'année suivante, les autorités locales n'aideront pas le club à se financer. Les meilleurs joueurs s'en vont. L'équipe ne restera en deuxième division que deux ans. Abdellah Draoui reste à Baraki, il devient entraîneur. «C'est en 1990 que nous sommes revenus à un bon niveau.» Cette année-là, Baraki prend la tête du championnat de 3e division. Mais le club incorpore un joueur suspendu et se voit refuser l'accès à la division supérieure. Des occasions manquées qui font sourire Abdellah aujourd'hui. En 1993, des problèmes de santé l'empêchent de poursuivre les entraînements. Mais il continue à venir comme spectateur et crée en 1997 une association des anciens joueurs. Depuis, chaque vendredi, ces «vétérans» se retrouvent pour un match. La semaine dernière, l'équipe dont Abdellah est aujourd'hui le manager s'est inclinée 4-2 devant l'Entente de Sétif. Abdellah restera à Baraki malgré le climat d'insécurité. La nuit du 22 au 23 septembre 1997, Abdellah et sa famille entendront des explosions, croyant que l'armée bombardait dans le quartier voisin. «Au matin, nous avons appris le massacre.» Bentalha n'est qu'à trois kilomètres. Parmi les victimes, le coiffeur de Abdellah et toute sa famille. «Beaucoup de gens que nous connaissions sont morts. C'est à ce moment-là que nous avons commencé à avoir peur.» A Baraki, certains font leurs valises. Abdellah Draoui restera. «Je passais mes journées à Alger. A chaque période de vacances, nous partions à Oran. Là-bas, on avait l'impression d'être en Espagne», sourit-il. Insécurité Au fur et à mesure des années, les habitants d'autres wilayas s'installent à Baraki pour se rapprocher de la capitale, censée être plus sécurisée. Pendant toute cette période, Abdellah continue d'emmener ses fils jouer au football. Lui-même partira en déplacement à Tablat, près de Médéa, pour un match d'anciens joueurs. Il se souvient que la peur a diminué quand la population a «pris les armes», et qu'elle a disparu à l'époque de l'arrivée de Abdelaziz Bouteflika. L'insécurité est revenue, mais ce n'est plus la même. «Le soir, il y a du tapage nocturne et des agressions. Les autorités ne font rien», regrette-t-il. A la fin des années 1990 ? «On connaissait bien deux ou trois truands.» Et maintenant ? «Ils sont nombreux. Les jeunes consomment de la drogue. Tout ça, a commencé avec les années de terrorisme.» Loisirs Aujourd'hui, la ville a changé de visage. Moins de terres agricoles. De nombreux magasins, des villas. «Mais on n'a même pas une piscine ! Ni des loisirs pour les jeunes.» Sortir ? «Quand on était jeunes, on allait manger à la Madrague tous les week-ends. Aujourd'hui, on n'a plus les moyens. Fort-de-l'eau (Bordj El Kiffan, près d'Alger, ndlr) aussi, on aimerait pouvoir y aller. Mais vous avez vu le temps qu'il faut pour arriver là-bas ?» Alors la famille Draoui a acheté un cabanon à Ténès près de Chlef. «Le poisson, le bord de mer, c'est super !», s'enthousiasme Abdellah. Elle s'y rend très régulièrement, été comme hiver. «Ce week-end, je vais enfin pouvoir me baigner !», s'exclame-t-il. Pour l'animation à Baraki, il y a bien le Ramadhan. Des soirées dans la salle des fêtes, des chanteurs, des familles dans les rues. Mais Abdallah n'aime pas trop la foule. «Je vais bien aux fêtes de circoncision où je suis invité en tant qu'ancien joueur.» Abdelallah a beaucoup voyagé. Dans les années 1970, il jouait avec le NAHD. A l'époque, chaque année les joueurs s'envolaient vers l'Europe pour trois semaines de préparation. L'Allemagne, l'Espagne. «Ah, Alicante !», se souvient-il en souriant. Mais à ce moment-là, «l'Algérie, c'était bien. Nous n'avions aucune envie de quitter notre pays.» Aujourd'hui, il regrette un peu. Sa maison, un F3 qui surplombe le garage de son frère, lui a été léguée par ses parents. Abdellah aimerait bien quitter Baraki. Mais les moyens lui manquent. Un jour, pourtant, il faudra y songer, «pour les enfants». Ses deux filles sont de brillantes étudiantes en droit et en ingénierie pharmaceutique. Son fils aîné, 27 ans, n'est pas encore marié. «A 30 ans, ce sera la limite. Mais au moins, d'ici là, il sera autonome et mature», lance son père. Youssef, le plus jeune, a 13 ans. Il est milieu de terrain dans l'équipe de football benjamine de la ville. L'entraîneur, c'est son père ! «Il est pistonné, mais il est très bon», dit Abdellah en éclatant de rire. Youssef soutient le Barça et le Mouloudia. Son équipe de Baraki n'a pas de très bons résultats. Mais peu importe. «On fait jouer n'importe quel enfant, raconte Abdellah. L'objectif, c'est aussi de ne pas les laisser à la portée de n'importe qui.»  

El Watan

Ses derniers articles: Programme AADL 2 : les résultats communiqués  Tizi Ouzou : Les retraités de l‘ANP s’organisent  Sellal : Les visites de terrain n'ont rien 

stade

AFP

Sénégal: dix interpellations après les incidents meurtriers dans un stade

Sénégal: dix interpellations après les incidents meurtriers dans un stade

AFP

Jeux de la Francophonie: Ta-Lou et les Ivoiriens mettent le feu au stade d'Abidjan

Jeux de la Francophonie: Ta-Lou et les Ivoiriens mettent le feu au stade d'Abidjan

AFP

Sénégal: enquête après les incidents meurtriers dans un stade de foot

Sénégal: enquête après les incidents meurtriers dans un stade de foot