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Décoration d'un autel de candomblé, Rio de Janeiro / AFP
Décoration d'un autel de candomblé, Rio de Janeiro / AFP

Le candomblé brésilien, c'est le nouveau vaudou des Africains

Ce culte des divinités fait de plus en plus en plus d’émules sur le continent.

En 1976, Julio Penna devait subir une opération périlleuse de la colonne vertébrale, avec huit chances sur dix de finir sa vie en fauteuil roulant. Il a préféré s'en remettre aux bonnes grâces des divinités afro-brésiliennes du candomblé.

Aujourd'hui âgé de 69 ans, ce descendant de Portugais et d'Italiens marche aujourd'hui normalement. Et reste un fervent adepte de cette croyance vivace, bien que diabolisée pendant des siècles au Brésil, le pays comptant le plus de catholiques au monde.

Le candomblé est basé sur le culte de divinités africaines, les orishas. Ils ont traversé l'Atlantique dans les cales des navires, avec les 3,5 millions d'esclaves arrachés aux côtes ouest-africaines pendant la traite (1549-1888) pour aller travailler dans les plantations et mines du Brésil.

Astucieux, les orishas ont plié sans rompre sous le joug de l'évangélisation forcée des esclaves, se déguisant en saints catholiques pour survivre dans l'ombre.

Tel le guerrier Ogun, incognito sous l'armure de Saint-Georges, patron vénéré des flics et truands de Rio de Janeiro.

En dépit de préjugés ancestraux et de l'intolérance actuelle des puissantes églises évangéliques, le candomblé, et son cousin l'umbanda, voient leur rangs grossir dans ce pays de 194 millions d'habitants.

Beaucoup disent embrasser cette religion en quête de spiritualité ou pour soulager des souffrances.

Telma Witter, une artiste de 57 ans, raconte que son mari s'est réfugié dans le candomblé quand il était en train de mourir d'une maladie auto-immune.

«Il a vécu quatre ans de plus. Cela m'a convaincue.»

Cette Brésilienne à la peau blanche, s'est convertie à son tour après avoir lu les oeuvres de l'ethnologue français Pierre Verger (1902-1996) sur le candomblé. Lui-même est devenu «babalawo» (prêtre en yoruba, langue d'une ethnie d'Afrique de l'Ouest, dont la religion a inspiré le candomblé).

Penna et Witter fréquentent le terreiro (lieu de culte) de Mae (mère) Sylvia de Oshala, 75 ans, haute prêtresse du candomblé, dans le quartier de Jabaquara, à Sao Paulo.

Ouvert à tous

Un journaliste de l'AFP y a assisté à une cérémonie en l'honneur d'Oshossi, l'une des seize divinités de la mythologie yoruba.

Pendant des heures, au son hypnotique des percussions, les adeptes en tenues blanche, colorée et brillante, chantent et dansent.

Soudain, à tour de rôle, certains sont pris de convulsions. Yeux exorbités, visage déformé, voix rauque, ils tombent en transe, «habités par le saint».

Mae Sylvia, à la fois guide spirituelle, guérisseuse et leader communautaire, dirige la cérémonie. Elle communique avec les dieux par divination: lecture des coquillages, numérologie...

Initiée au Nigeria, Mae Sylvia a elle-même initié 3.000 disciples ces trente dernières années. Beaucoup ont ouvert leur propre lieu de culte à travers le pays.

Ses adeptes sont noirs, blancs, Indiens et même Japonais; «nous sommes ouverts à tous», souligne Mae Sylvia.

«Tout être humain a en lui l'énergie des orishas, mais cette force de vie puissante a besoin d'être canalisée et développée», explique-t-elle.

Chaque adepte est né avec son propre orisha, lui-même associé à un élément de la nature (eau, feu, forêt, etc) qu'il honore par des offrandes de nourriture, cigares, eau de vie.

Ceux qui aspirent à devenir officiant au sein du candomblé suivent une longue initiation d'au moins sept ans pour apprendre tous les rituels qui incluent des sacrifices d'animaux, essentiels pour plaire aux divinités et vivre dans l'harmonie.

Métissage spirituel

Le candomblé a longtemps été pratiqué en cachette. Et encore nombreux sont aujourd'hui ses adeptes qui n'osent pas déclarer publiquement leur croyance. Trois millions de Brésiliens s'en revendiquent officiellement. Mais combien sont-ils réellement?

Aujourd'hui valorisé comme partie intégrante de la culture et du folklore brésiliens, le candomblé connaît un renouveau comme affirmation de l'identité africaine. En particulier dans l'État de Bahia (nord-est), cœur de la culture afro-brésilienne.

La seule ville de Salvador compte plus de 2.000 terreiros, certains subventionnés par les pouvoirs publics.

L'ostracisation du candomblé a contribué au surgissement de l'umbanda en 1908, explique Mae Sylvia.

Encore plus métissé, l'umbanda marie orishas et christianisme, croyances indigènes et doctrine spirite fondée par le français Allan Kardec au XIXe siècle.

Parce que moins afro-centré et excluant les sacrifices d'animaux, il attire plus de blancs que le candomblé.

«Le candomblé a gardé un héritage très fort de l'Afrique, alors que l'umbanda donne un poids égal aux croyances indigènes, au spiritisme et au catholicisme», explique Rubens Saraceni, un médium blanc, prêtre renommé de l'umbanda et écrivain.

Selon lui, il y a 600.000 centres d'umbanda au Brésil et au moins huit millions d'adeptes.

AFP

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