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SATELLITE MEGHA-TROPIQUES : Percer le secret du climat intertropical

Le Burkina abrite un super site de validation d'un satellite franco-indien dénommé, Megha-Tropiques, conçu pour mesurer les quantités d'eau tombées ou contenues dans l'air ou dans les nuages. Les résultats permettront de produire des cartes de précipitation d'une plus grande précision et peut-être, de prévoir des inondations, etc. Les chercheurs burkinabè, associés à l'étude, espèrent également démontrer l'atténuation de la pluie sur les télécommunications, autrement dit, les perturbations des lignes téléphoniques pendant les pluies pourraient trouver des solutions.

Il passe à Ouagadougou, au-dessus de nos têtes, six fois par jour. Vous ne vous rendez pas compte, ce satellite franco-indien, Megha-Tropiques, est à 865 km d'altitude, très loin pour être vu à l'½il nu. Sa mission est d'observer et de mesurer les produits du climat. Entendez par là les pluies tombées au sol, les quantités d'eau contenues dans l'air. Les données recueillies par ce satellite permettront d'enrichir les connaissances scientifiques sur la contribution du cycle de l'eau à la dynamique et au bilan énergétique de l'atmosphère tropicale. La plupart des satellites existant en la matière sont stationnaires. La particularité de celui-ci est sa grande mobilité. Il se déplace très vite, 108 mn pour faire le tour de la terre. Ouagadougou est l'un de ses points d'observation. Elle est même un super site de validation de ce satellite. Frédéric Cazenave, ingénieur de recherche au Laboratoire d'études des transferts en hydrologie et environnement (LTHE) à Grenoble et à l'Institut de recherche et développement (IRD), a déposé ses valises en février 2011 dans la capitale burkinabè pour le compte du projet. Cela, après avoir fait un tour à Niamey, l'ancien super site de validation. Tout le temps occupé, parlez- lui du Megha-Tropiques et il vous trouvera un temps entre deux missions pour s'y consacrer. « Le satellite Megha-Tropiques a été mis en orbite en octobre 2011. Nous avons commencé nos expérimentations au Niger mais pour des raisons de sécurité, nous nous sommes redéployés au Burkina. Cela, parce que nous étions certains de pouvoir bénéficier d'un partenariat de qualité à travers l'Université de Ouagadougou, la Direction de la météorologie et le Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST) », a indiqué M. Cazenave.

Pluviographes-radar-satellite

Pour ce faire, un certain nombre d'instruments de mesure (un radar et des pluviographes) ont été installés à Ouagadougou et ses environs afin de pouvoir comparer les résultats de ces instruments et ceux du satellite. En effet, le radar Xport de l'Institut de recherche et développement (IRD) a été placé à la Direction générale de la météorologie à Somgandin, un quartier situé au Nord-Est de Ouagadougou. Selon son concepteur, Fréderic Cazenave, ce radar est un instrument d'exploration des masses nuageuses contenant des précipitations. Son exploration spatiale couvre un rayon de 135 km. Toute trace de pluie dans cet espace est repérée et mesurée par le radar. Ce dispositif est complété par un réseau de dix-sept pluviographes répartis dans la zone de couverture du radar. Ceux disposés plus loin de Ouagadougou sont dans la région du Centre-Nord, notamment à Barsalogo. « Ce déploiement instrumental va permettre une validation triple : pluviographe-radar-satellite », explique M. Cazenave. Le satellite prend des mesures ponctuelles de la précipitation au moment de son passage, soit six fois sur son point d'observation. Le radar, lui, a une vision très fine de la précipitation en termes spatial et temporel sur une aire de 10 000 à 20 000 km2. Quant aux pluviographes, ils permettent d'avoir des mesures très précises de la pluie tombée (au sol) sur une superficie de 400 cm2.

Le projet de validation au Burkina va s'étendre sur deux ans. La première année a déjà été bouclée. Pour l'instant, les scientifiques ne parlent pas en termes de résultats mais disent avoir fait une très bonne campagne 2012 que ce soit au niveau satellite, radar et pluviographe. « Nous sommes là dans le cadre de la validation d'un instrument de mesure satellitaire. Nous ne pouvons pas encore parler de résultat, mais nous avons réalisé une très bonne année 2012 en suivant l'intégralité de la saison, 80 événements précipitants », précise l'ingénieur rattaché à l'IRD. Le constat est que Ouagadougou a été bien arrosée en 2012 avec plus de 1000 mm d'eau et des précipitations se sont enchaînées les 6 et 7 août sur plus de 24 heures. Cette situation ne s'est pas étendue sur l'ensemble de la région du Centre dont fait partie la ville de Ouagadougou. Koubri, localité située à une vingtaine de km de la capitale, a été moins arrosée, 700 mm. Ces résultats montrent qu'à une échelle réduite, on peut avoir des disparités pluviométriques extrêmement importantes. La première saison est bouclée avec une mine de données issues des différents instruments de mesure. « Les comparaisons des résultats pourront se faire très bientôt », a indiqué M. Cazenave. Au stade actuel, l'intérêt de ce projet reste scientifique ; ce qui échappe à la compréhension du citoyen lambda. Mais à terme, les résultats profiteront à tout le monde. Car ils serviront de base pour la cartographie de la pluviométrie, à définir avec précision les prévisions climatologiques et à prévoir des inondations. Pour l'instant, l'intérêt scientifique est énorme et plusieurs chercheurs burkinabè y trouvent leur compte.

Une collaboration scientifique de haut niveau

Dans le cadre de la validation du satellite Megha-Tropiques, plusieurs laboratoires de l'Université de Ouagadougou ont été associés. Ainsi, l'IRD collabore avec le Laboratoire de matériaux et environnement (LAME) et le Laboratoire de physique-chimie de l'environnement (LPCE). Le professeur François Zougmoré, spécialiste en instrumentalisation et mesure des propriétés physiques, directeur de LAME, participe au projet de validation avec ses étudiants doctorants. Son équipe a joué un rôle important dans l'installation des instruments (radar et pluviographes). Elle participe également à la veille radar (relever les données). Avant ce projet, le professeur s'intéressait aux télécommunications et précipitations. Et il a orienté un de ses étudiants en thèse sur le sujet. Avec l'arrivée du projet Megha-Tropiques, c'est une facilité offerte à ce scientifique d'aller au-delà de ses attentes. Lui et ses étudiants pourront mener leurs études en comparant les résultats avec les instruments mis en place pour la validation du Megha-Tropiques. En plus du projet du satellite, l'équipe du professeur Zougmoré veut mettre en lumière l'atténuation de la pluie sur les télécommunications. Elle veut démontrer que les antennes-relais (pylônes) des téléphones mobiles peuvent servir à mesurer la pluviométrie. En termes clairs, on pourrait se servir des télécommunications pour faire des prévisions météorologiques. A travers ces pylônes, on pourra désormais déterminer la quantité d'eau de pluie tombée au sol. Pour les opérateurs de téléphonie, les données leur permettront d'ajuster la puissance du réseau. « Nos travaux nous ont permis d'établir une corrélation entre la pluie et le réseau de communication », se réjouit le professeur Zougmoré.

Un premier dépouillement de cette étude faite à partir des données d'une téléphonie mobile de la place donne des résultats satisfaisants. Les informations qui seront données aux opérateurs de téléphonie mobile leur permettront d'améliorer les communications pendant les pluies et du coup, éviter les interruptions du réseau. Le projet de validation du Megha-Tropiques suit son cours et doit se terminer avec la 2e campagne 2013 au Burkina qui a commencé au mois d'avril.

Boureima SANGA [email protected]

Sidwaya

Le Faso

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