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« Le tapis rouge» de Mohamed Ouissaden

« Le tapis rouge» de Mohamed Ouissaden est un roman primé par 2M, et édité par Marsam, qui retrace l’itinéraire d'un certain nombre de personnages tous attachants, particulièrement le couple Lhous et Zaïna, des gens comme on en trouve partout dans le Maroc profond. L'histoire se déroule à Taroudant, ville dont le charme inexplicable attire les membres du gotha politico-économique et sociale du monde.  Elle est surtout la ville préférée de Jacques Chirac, alors Président de la République Française : «  Premier ministre il la fréquentait, Maire il l'a aimé, Président il l’épouse ». Lhous, valet de chambre dans le '' Grand Hôtel'' où réside le locataire de l'Elysée, est hanté par l'idée de rencontrer ce dernier. Cette idée s'est transformée en rêve, qu'il l'a partagé avec sa dulcinée Zaïna, femme naïve mais alerte et ingénieuse. Ils se donnent tous les moyens pour tisser des relations avec le couple présidentiel. Vont-ils réussir?

'' Le tapis rouge'', dont l'écriture et  le style nous rappellent Moha Souag et Mohamed Nedali, est un roman chaud, brillant et vivant comme ''Tafoukte'' (le soleil). A déguster sans modération.

 Fatimazahraa Rabbaj

Cinq questions à Mohamed Ouissaden

La Nouvelle Tribune : Quand avez-vous décidé de devenir écrivain? 

 ouissadenMohamed Ouissaden : Je crois que personne ne peut décider d'un tel sort. Entre un écrivain et son activité d'écriture c'est toute une histoire d'amour qui règne en maître.  En tout état de cause pourtant, je ne peux pas nier que j'aime écrire parce que d'abord l'écriture existait, puis en raison des représentations positives que j'ai constitué depuis mon enfance sur ce phénomène humain enchantant, plaisant et fascinant mais inexplicable, hélas ! Dois-je répondre autrement ? Et dire en somme qu'un besoin pressant de labourer la fertilité des charmantes feuilles m'est venue depuis l'âge de 18 ans, d'abord en langue Amazigh, ma langue maternelle, dans le domaine de la poésie et non pas encore dans le domaine du roman.  Plus tard, à l'âge de 26 ans seule la langue française était à même de m'enliser dans l'écriture romanesque après plusieurs lectures des textes philosophiques et proses classiques. En définitive, la création littéraire s'impose d'elle-même en dehors de la langue d'expression.  L'imagination n'a peut-être pas d'odeur !

Vous avez grandi à Taliouine, quelle a été son influence sur votre imaginaire?

Taliouine est souvent présentée officiellement comme un espace touristique, son nom n'est malheureusement lié qu'au safran. C'est trop folklorique ! Je n'aime jamais cette pauvre dimension d'en voilà assez, rétrécissant la valeur exacte de l'espace et de l'homme qui y vit ! Taliouine est d'abord un patrimoine humain ancré dans l'histoire. L'écriture est, dans un ongle de vision, une défense contre les souffrances. Taliouine souffre et je souffre avec elle sans cesse. Tout ce que je souhaite c'est qu'elle ait sa part raisonnable du développement. Elle est ensuite un espace géographique envoutant, pas au sens touristique mais au sens naturel et spirituel. Un ciel vaste, au-dessus d'une file de montagnes formant un cercle autour, et une rivière divisant la région en deux rives verdâtres. Comment ne pas imaginer, voire cogiter sous un soleil rayonnant de vérités ? Et quand vous tendrez l'oreille à cette rivière la nuit, vous ne saurez résister aux mélodies des créatures nocturnes à moitié endormies, toujours au bord de la rivière.

Qu'est-ce qui vous a donné envie d'écrire '' Le tapis rouge''? 

Quand j'étais à l'Ecole Nationale d'Administration de Rabat, j'étais souvent préoccupé par la question du développement en Afrique. J'en débattais plusieurs fois avec mes camarades venus de presque tous les coins du continent. Je trouvais que l'écriture romanesque au Maghreb n'était pas suffisamment intégrée dans cette tendance africaine, mais  plutôt dans la tendance arabo-musulmane et européenne. Vous me demanderez peut-être quel sera le lien entre le développement et le roman. L'idée même peut paraître banale du premier coup. Mais le rôle d'un auteur est d'exposer les possibilités autour de n'importe quelle question humaine et laisser les meneurs de jeu réagir. Peu m'importe puisqu'une réalité y était tissée comme les fils dans un tissu traditionnel qui donnera naissance à un tapis rouge ! Rouge de paix et de beauté et non pas de sang.

On suppose qu'un écrivain aime lire, donc dites-nous un peu quels sont vos auteurs favoris?

J'aime chaque roman écrit qui se distingue des autres par une valeur ajoutée. Il m'arrive d'aimer un roman d'un grand auteur mais de ne pas en aimer un autre. C'est pour cette raison que je préfère entendre « les plus beaux romans d'auteurs » plutôt que  « les romans d'un grand auteur ». Mais je trouve  que la production littéraire marocaine d'aujourd'hui  et très prometteuse. Voilà Fouad Laroui décrochant le prix Goncourt, et avant lui Tahar Ben Jelloun et Abdellatif Laâbi. Ceux-ci, ajoutés à Mohammed Kheir-Eddine, voilà déjà une liste de grands écrivains que nous connaissons de si près sans aller plus loin.

Avez-vous eu envie de toucher un lectorat particulier, des jeunes femmes, des hommes? 

Je crois que chaque auteur essaie de communiquer une version à part entière sur la réalité. Ce faisant, il s'imagine devant une catégorie de lecteurs, une mer hideuse et sans issue ! Pourvue que cette catégorie soit « Monsieur tout le monde » ! En vain. Quoiqu'on le souhaite, chaque thématique, chaque style et chaque vocabulaire influencent une catégorie de lecteurs plutôt qu'une autre. Et je trouve la catégorisation de lecteurs par le critère du sexe désuet. La femme instruite d'aujourd'hui atteint déjà un stade avancé parmi l'intelligentsia marocaine, à l'instar de l'homme.

Quels sont vos projets à venir ? 

Mon troisième roman, en cours de l'édition chez Aïni Bennaï est policier, une enquête que je crois drapée de littérature, de romance et de prospection historique. Il est inspiré de la chute de la météorite martienne sur la terre de Tissint, aux alentours de Tata, le 18 juillet 2011, une pierre valorisée vingt fois plus que l'or. L'histoire eut vite envahi mon imagination, et c'était la première fois que j'écrivais un roman d'un seul jet.

Entretien réalisé par FZR 

La Nouvelle Tribune

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Mohamed

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