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Maroc-FMI: Le PAS menace !

Un communiqué des services de la Primature informe que le Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, s’est entretenu mardi à Rabat, avec une délégation du Fonds Monétaire  International (FMI) conduite par Jean-François Dauphin, chef du Département Moyen-Orient et Asie centrale du FMI. « Lors de cette réunion, M. Benkirane a passé en revue les récents développements macroéconomiques ainsi que les perspectives de mise en oeuvre des réformes structurelles annoncées par le gouvernement ». 

Ce style ampoulé et passablement langue de bois nous indique que l'étau se resserre sur l'équipe gouvernementale qui est mise quasiment en demeure aujourd'hui par le Fonds Monétaire International de mener à bien les réformes structurelles promises l'an dernier et repoussées de jour en jour pour des considérations politiciennes.

Mais, la menace de supprimer la « ligne de précaution » de 6,2 milliards de dollars accordée le 3 août 2012 par le FMI est pourtant bien réelle et c'est certainement là l'enjeu principal de la « mission de contrôle et d'évaluation » que mène jusqu'au 12 juin la délégation du Fonds conduite par M. Dauphin.

Bien évidemment, les missi dominici du FMI ont en ligne de mire le déficit préoccupant des finances publiques, la nécessité d'alléger fortement et rapidement la charge que la Caisse de Compensation fait peser sur le Budget de l'Etat, sans négliger les autres réformes que Benkirane et son équipe devaient engager notamment au niveau des Caisses de retraites publiques, menacées par la cessation de paiement, ou encore celle de la fiscalité, aussi peu productive qu'orientée quasi exclusivement vers les salariés et les quelques milliers d'entreprises transparentes.

Le FMI, qui n'a jamais perdu sa propension à imposer son diktat lorsqu'il a en face de lui un Etat qui n'est ni membre du G8, ni vedette des BRICs, cherche désormais à obtenir du gouvernement marocain autre chose que de simples assurances verbales d'un Benkirane dont le discours aux accents populistes ne passe pas dans les bureaux du Fonds à Washington.

Il ne se contentera même pas, contrairement à la dernière fois, d'une lettre d'intention du ministre Baraka, laquelle lettre, produite pour l'obtention de la ligne de précaution pendant l'été 2012, n'avait pas été respectée par ses auteurs, conduisant la Directrice générale du FMI, Mme Christine Lagarde,fortement irritée par cela, à annuler son déplacement au Maroc en décembre dernier.

Canossa ou les Fourches Caudines

Il serait donc grave pour le Maroc et son image que le Fonds Monétaire International, qui conduisit entre 1983 et 1992 un Programme d'Ajustement Structurel, PAS, de sinistre mémoire pour tous les Marocains, revienne à des pratiques « d'encadrement étroit » des politiques publiques du gouvernement Benkirane.

Si cela devait se passer ainsi, nul doute que le Royaume connaîtrait les pires difficultés dans ses sorties à l'international, alors que M. Nizar Baraka, qui vient de réussir une extension de 750 millions de dollars de l'emprunt réalisé à la fin de 2012 (1,5 Mrd $), a publiquement reconnu que les bailleurs de fonds étrangers s'inquiétaient de la crise gouvernementale actuelle.

Guérilla de Chabat ou pas, réticences du PJD ou non, Abdelilah Benkirane et son gouvernement devront se décider rapidement à entrer en action pour la prise des mesures que la conjoncture et les nécessités budgétaires exigent.

Sous peine de passer pour des velléitaires, voire des incompétents aux yeux des grandes institutions internationales, les partis formant la coalition actuelle sont ainsi dans l'urgente obligation de revoir la structure de la compensation, ce qui devrait immanquablement aboutir à des augmentations de prix pour des produits sensibles, notamment les carburants et certaines denrées alimentaires. Il serait également fort possible que le gouvernement décide de nouvelles coupes sombres dans le Budget et s'engage, enfin, à réduire le train de l'Etat, qui, pour l'instant, n'a pas vraiment été affecté par les mesures d'économie.

En somme, c'est l'austérité qui risque fort de devenir la nouvelle marque de fabrique de Abdelilah Benkirane et de son équipe, au risque de voir la popularité de ses composantes partisanes en prendre un sérieux coup…

La seule question qui, désormais, mérite vraiment d'être posée est celle du timing des réformes, avant ou après Ramadan ?

Mais Abdelilah Benkirane n'a plus le choix : aller à Canossa ou passer sous les Fourches Caudines, tel est son destin…

 

Afifa Dassouli

La Nouvelle Tribune

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