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La cérémonie d'ouverture au stade Soccer city à Johannesburg le 10 juin 2010  by Dundas Football Club via Flickr CC
La cérémonie d'ouverture au stade Soccer city à Johannesburg le 10 juin 2010 by Dundas Football Club via Flickr CC

Mondial 2010: tout ça pour ça?

Un an après la Coupe du monde, l’Afrique du Sud a la gueule de bois. Un anniversaire au goût amer : les habitants des townships attendent toujours les retombées de l'événement.

C’était il y a un an. L’arbitre sifflait le coup d’envoi de la première Coupe du monde sur le continent africain le 10 juin 2010. Les vuvuzelas nous rendaient fous de joie, les voitures s’étaient parées des couleurs des drapeaux du monde entier, on accueillait les touristes les bras grands ouverts.

Un an plus tard, dans les rues de Johannesburg, on ne parle plus que du froid, et des coupures d’électricité. «Il devait faire froid aussi l’année dernière à la même époque, mais on était tellement enthousiaste qu’on ne le remarquait même pas!», s’amuse la centaine d'invités de la fête du premier anniversaire de la Coupe du monde, en se réchauffant les mains contre leur verre de vin chaud.

Initiée par les anciens sponsors, ce sera l'unique célébration du jour. Le maire de la ville devait venir faire un discours mais a finalement annulé au dernier moment. Après la troisième coupe de champagne, les invités commencent à se demander ce qu’ils font là.

On souffle dans quelques vuvuzelas, des gamins d’une école sont venus chanter, on repasse les matchs sur écran géant, mais le cœur n’y est pas. Derrière la petite scène montée pour l'occasion, le grand stade de Soccer City est étrangement vide.

Le retour à une réalité glacée

A quelques kilomètres de là, dans le township de Soweto, les habitants ont bel et bien oublié la Coupe du monde. Ils protestent depuis le mercredi 8 juin 2011 et brûlent tout ce qu’ils trouvent dans les rues pour se réchauffer. Cela fait trois jours qu’ils n’ont plus d’électricité. Avec des températures qui frôlent le zéro degré la nuit, on s’impatiente. Il y a un an, les journalistes du monde entier venaient visiter Soweto, symbole d’un township «qui a réussi». Symbole de cette Afrique du Sud post-apartheid. Mais aujourd’hui, la réalité est toute autre.

«La police a commencé à tirer avec des flash-balls et les manifestants ont répondu en lançant des pierres, explique Mark Trimble le fondateur de l’Association nationale pour le développement des personnes dans le besoin (The National Association for the Advancement of Affected People. NAAAP). La situation est très tendue.»

Les revendications dépassent maintenant les problèmes d’électricité. Tout y passe: le manque d’eau, de logements, d’emploi avec un chômage officiel de 26%, la hausse des prix... Comme souvent en cette période hivernale, les plus pauvres crient leur colère dans les rues.

En Afrique du Sud, le parti de la libération, l'African National Congress (ANC) remporte encore près des deux tiers des suffrages, et l'on vote davantage pour le souvenir de la lutte contre l'apartheid que sur un programme. L'opposition est quasiment inexistante dans les townships noirs, et on exprime ses frustrations dans la rue plutôt que par les urnes. Fin avril 2011 déjà, un jeune manifestant, Andries Tatane, avait été abattu par la police lors de protestations dans la ville de Flicksburg, une province du Free State. La colère est rampante. La Coupe du Monde n’y aura rien changé.

Des retombées bien maigres et plus tardives que prévues

Il y a eu beaucoup d’attentes de cet événement. Trop peut-être. «On était tellement focalisé sur 2010, qu’on avait même pas pensé qu’après 2010, il allait y avoir 2011!», confie Thabani, un habitant d’Alexandra, autre township de Johannesburg. Devant sa porte, les déchets s’amoncellent, les chèvres viennent manger jusque dans les poubelles, sa femme va chercher l’eau au seul robinet de la rue avec des seaux.

«La Coupe du monde n'a évidemment pas bouleversé la vie des Sud-Africains, explique Laura Vercueil, directrice de la communication pour le Tourisme de Johannesburg. Mais elle a changé le regard qu'ils portent sur leur propre pays: de la fierté, et l'envie de faire la fête ensemble. Johannesburg a gagné une image plus positive, qui encouragera les investisseurs et les touristes. Mais c'est du long terme...»

Naïvement, la jeune démocratie pensait que les retombées économiques seraient immédiates. C'est aussi ce que le gouvernement avait promis, pour rassurer les plus pauvres sur les gigantesques investissements. «L'Afrique oubliera ses siècles de conflits et de pauvreté», avait asséné le président de l'époque Thabo Mbeki, lorsque le pays fût choisi par la Fifa (Fédération Internationale de Football Association) en 2004.

A Johannesburg, l'aéroport a été rénové, les autoroutes refaites, un nouveau système de bus et de train à grande vitesse est toujours en construction. Le Gautrain, qui aura coûté 2,6 milliards d'euros, relie l'aéroport de Johannesburg à Pretoria en 30 minutes et n'a rien à envier aux plus beaux trains européens. Le gouvernement national a dépensé plus de 4 milliards d'euros en infrastructures. Mais évidemment, les townships n'étaient pas la priorité de développement. Un jeune manifestant de Soweto se réchauffe les mains près d'un feu allumé sur le trottoir. Il reconnaît qu'il garde de «bons souvenirs de 2010».

«C'était cool... Mais quand je regarde en arrière, je me dis: tout ça pour ça?»

Sophie Bouillon

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Sophie Bouillon

Sophie Bouillon. Journaliste française installée à Johannesburg. Prix Albert Londres 2009, pour son reportage "Bienvenue chez Mugabe".

Ses derniers articles: Grandeurs et décadences des révolutionnaires Gucci  Afrique du sud: la fée électricité se fait désirer  Les grèves, ça marche en Afrique du Sud 

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