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Mohand-Tahar Yala : «Agir pour sauver l’Algérie, une urgence»

Le général à la retraite Mohand-Tahar Yala propose la création d'un mouvement citoyen national. Un mouvement qui doit se développer plus tard en parti politique. Pour Mohand Yala, l'Algérie est ciblée par un ennemi doté d'une «intelligence satanique» pour accéder aux ressources naturelles. Il y a urgence d'agir pour sauver l'Algérie. Le général à la retraite Mohand-Tahar Yala en est convaincu. «Agir oui, mais dans le cadre d'un projet politique avec des objectifs et une stratégie pour les atteindre. Un projet qui mettra l'Algérie sur le chemin qu'il faut et  qui sera une base pour l'ensemble de la société évitera au pays d'autres crises», a-t-il appuyé lors des rencontres d'El Watan.  Selon lui, il n'existe pas de projet politique dans le pays. «Il n'y a que des idéologies qui s'entrechoquent et qui n'entraînent pas l'adhésion de l'ensemble de la société. Autrement dit, des idées qui vont nous mettre devant les mêmes problèmes que nous avons vécus par le passé», a-t-il insisté. La phase transitoire est, à ses yeux, la plus difficile. Cette phase doit être mise à profit pour établir «un pacte de citoyenneté». «Un pacte qui détermine les grandes lignes qui vont être intégrées dans la future Constitution. Une Constitution qui doit avoir des garde-fous et garantir l'équilibre des pouvoirs. Nous avons des constitutionnalistes qui sont compétents et qui peuvent le faire», a-t-il noté. L'invité d'El Watan a indiqué que le «Pacte de citoyenneté» peut être élaboré par un groupe de juristes, de constitutionnalistes et de spécialistes. «Ils doivent veiller à y mettre des dénominateurs communs de sorte à ce qu'il n'y ait plus de conflit. Dans d'autres pays, sans pacte, la citoyenneté prime. Il n'y a qu'à citer le Canada, Singapour, les Etats-Unis... Il faut évacuer  tout ce qui peut diviser. La citoyenneté doit protéger la démocratie. On peut avoir une fausse démocratie, mais pas une fausse citoyenneté. La citoyenneté est la concrétisation de tout ce qui concourt à la sauvegarde de l'unité nationale en s'opposant à toute forme de xénophobie et en favorisant tout ce qui contribue à l'érection d'une véritable société civile», a-t-il soutenu. Le mouvement de citoyenneté doit, selon lui, se structurer pour se développer en parti. «Cette structuration n'a pas, jusqu'à un passé récent, constitué une priorité ; elle est en train de se faire et sera rendue publique dans quelques semaines, comme légitimement beaucoup le souhaitent», a-t-il précisé. L'essence  du mouvement est, d'après lui, populaire. «Le mouvement de citoyenneté n'ambitionne pas de présenter un candidat à l'élection présidentielle dans la continuité de ce que nous dénonçons avec vigueur et croyance, mais un candidat à l'édification d'un Etat de citoyenneté», a noté Mohand-Tahar Yala. Il s'agit, d'après lui, de réunir tous les paramètres pour aller vers «une deuxième» République. Statut d'ancien militaire Le général à la retraite est-il intéressé par une candidature à la magistrature suprême ? «Cela dépend du moment, des objectifs et de ceux qui sont avec moi. Il y a deux ans, on m'a approché de plusieurs directions pour que je crée un parti. Je n'ai pas voulu, car je serai parti à la trappe, comme tous les partis créés. Créé un parti dans le sens algérien, c'est être normalisé et banalisé, disparaître après», a-t-il expliqué. Un comité national représentatif de toutes les régions et de toutes les idéologies sera, selon lui, créé dans les prochaines semaines pour préparer le lancement du mouvement politique. Il sera doté d'un document directeur. Il a indiqué que ce comité sera ouvert aux civils et aux militaires. «Il faut absolument qu'on s'entende entre nous (...)  Notre action vise à poser tout d'abord les bases pour que l'Algérie ne vive plus jamais les tragédies et les dérives qu'elles a vécues depuis deux siècles et pour qu'ils soit permis aux Algériens de rêver de vivre dans un pays fort et juste, résolument tourné vers le développement», a-t-il expliqué L'Algérie est, selon lui, à un moment crucial de son histoire. «La presse doit jouer pleinement son rôle de quatrième pouvoir pour contribuer à sauver notre pays qui a besoin de tous parce que chacun est concerné», a-t-il affirmé. «C'est aussi pendant ces moments cruciaux où l'histoire s'accélère que nous assistons malheureusement à une forte agitation politique avec l'émergence d'ambitions personnelles. Des ambitions de gens voulant  plus être président de la République que d'avoir un pays apaisé et émergent. Le débat sur les candidatures à la présidentielle est tactique, il ne sortira pas l'Algérie de la crise», a-t-il insisté. Mohand-Tahar Yala est revenu sur son statut d'ancien militaire (il a été commandant des forces navales). «Ce statut de général, membre de l'état-major de l'ANP, m'induisait une retenue publique de faire état d'une quelconque appréciation positive ou négative, des champs politique, économique, social, sécuritaire et diplomatique. La réglementation est claire à ce sujet et cela est valable dans tous les pays. Un général n'a pas le droit d'exprimer publiquement ce qu'il pense. Cela peut avoir une influence sur la société. Lorsqu'on sort de l'armée, on est tenu aussi par la réserve pendant deux à trois ans. La réserve, surtout les militaires qui font du commerce après.  Le militaire est là pour protéger la nation. C'est l'appréciation que je fais de l'armée républicaine. L'armée a ses propres codes, missions et prérogatives. Et comme dans toutes les armées du monde, le bilan de son action n'est pas une joute publique», a-t-il estimé. Il rappelle que le commandant suprême des forces armées est le président de la République. «Donc, automatiquement, l'armée est sous autorité civile. C'est clair», a-t-il répondu à une question relative à la nécessité de mettre sous contrôle civil l'action des institutions de l'armée. «Intelligence satanique» «Le ministre de la Défense doit se présenter au Parlement puisque les budgets sont votés par les députés. Je me rappelle qu'à l'époque, le secrétaire général du ministère de la Défense préparait des dossiers pour passer à l'Assemblée nationale. A une certaine époque, il était interpellé. Ce n'est plus le cas. Cela dit, il y a toujours des budgets qui sont tenus au secret au ministère de la Défense. Mais même à ce niveau, il y a des contrôles. Je pense que le problème de l'Algérie, ce n'est pas encore cela. On veut montrer du doigt les militaires dès que l'occasion se présente», a-t-il souligné.   «Je soupçonne ce doigt systématiquement pointé sur les cadres de l'ANP anciens et actuels, comme étant le résultat du travail de sape des ennemis de notre pays qui veulent à tout prix empêcher l'émergence d'un 'Etat nation', symbole de développement et de puissance. En effet, l'armée étant la 'colonne vertébrale' de l'Etat, la responsabiliser de toutes les dérives et généraliser cette responsabilité est le meilleur moyen de l'éloigner du peuple dont elle est pourtant issue et de réaliser cette fracture», a-t-il analysé. L'ancien général Mohand Tahar Yala évoque «l'ennemi extérieur» qui convoite l'accès des ressources naturelles du pays et qui serait doté «d'une intelligence satanique». «Un ennemi qui inscrit cette convoitise dans une démarche patiente, privilégiant le long terme et exploitant la moindre de nos faiblesses et la moindre faiblesse de nos responsables. Cet ennemi intelligent pratiquant avec art ce que l'on appelle la stratégie indirecte, un ensemble d'ingrédients pour détruire un pays», a-t-il appuyé. Il a estimé que les questions stratégiques du pays doivent être débattues collectivement  avant la prise des décisions. «Il faut mobiliser les diplomates, les députés, pour prendre une décision, faire appel à des sondages d'opinion, pourquoi pas. L'Algérie est devenue très faible sur le plan diplomatique. Lors de l'attaque de Tiguentourine, où était le président ? Au Japon, en Grande-Bretagne, en France, aux Etats-Unis, des états-majors se sont réunis pour étudier la situation. Ici, on n'a rien vu», a-t-il observé.  Selon lui, l'Algérie peut construire jusqu'à 50% de ses besoins dans le secteur maritime. «Je suis presque contre les contrats d'armement. C'est une question de souveraineté. Si nous achetons de l'armement ailleurs, nous sommes dans une souveraineté limitée», a-t-il déclaré. L'Algérie, d'après lui, n'est pas encore sortie de sa dépendance de l'ex-bloc de l'Est pour ses approvisionnements en équipements militaires. «Mais, il y a eu des tentatives pour le faire», a-t-il dénoncé.  

El Watan

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