mis à jour le

Des «initiatives» accueillies avec méfiance

Affaires de corruption, gouvernance, état de santé du président Bouteflika, rôle du DRS et retour aux affaires de l'ancien président Liamine Zeroual... Ces questions se sont imposées, depuis quelques semaines, dans le débat politique national. Et curieusement, ce sont d'anciens militaires à la retraite qui investissent la scène politique et émettent leurs propositions, emboîtant ainsi le pas à quelques hommes politiques qui se sont déjà exprimés sur ces questions. Il s'agit notamment de l'ancien colonel du DRS, Mohamed-Chafik Mesbah, et du général à la retraite, Mohand-Tahar Yala. Ces derniers multiplient les sorties médiatiques et occupent différentes tribunes pour donner leurs avis sur la situation que traverse l'Algérie à moins d'une année de la présidentielle. Le premier, s'exprimant lors de son passage lundi dernier au forum de Liberté, estime que «Abdelaziz Bouteflika ne reprendra pas ses fonctions» et suggère «la nécessité d'aller vers une période de transition» avec le retour «de l'homme de la situation, en l'occurrence Liamine Zeroual». Le second, très loquace, ces derniers temps, lance son «projet pour la deuxième République» et «une République citoyenne». Ces propositions sont bien sûr les bienvenues et personne ne peut dénier le droit à un Algérien d'émettre des suggestions. Mais l'activisme de ces anciens militaires suscite des interrogations dans l'opinion publique nationale. Leurs initiatives sont-elles personnelles ? Roulent-ils pour un clan de l'armée ou d'autres services de sécurité qui souhaitent s'imposer dans la future joute politique nationale ? Contacté hier, Mohamed-Chafik Mesbah se défend. «Je ne suis mandaté par personne. Mais je ne peux qu'être content s'il y a des gens dans l'armée qui pensent comme moi. Les gens n'ont pas l'habitude de voir des anciens militaires s'exprimer ainsi. Mais le monde a évolué. J'ai, en tout cas, des échos favorables par rapport à ce que j'ai dit auprès d'anciens collègues», dit-il. Selon lui, même «l'initiative du général Mohand-Tahar Yala est personnelle». Cette réponse suffira-t-elle pour dissiper les doutes sur les actions de ces deux personnalités ? «On est en droit d'émettre des soupçons sur la volonté de ces anciens responsables de l'armée et des services de sécurité», rétorque l'ex-député, Ali Brahimi, qui vient de lancer, lui aussi, une initiative politique. Selon lui, l'institution militaire, si elle souhaite s'exprimer, devrait le faire directement et sans intermédiaire. «Le temps de la cooptation des présidents est révolu. Ceux qui avaient l'habitude de le faire par le passé doivent laisser le suffrage universel se dérouler dans la transparence», soutient-il. Pour Ali Brahimi, le salut de l'Algérie ne viendra que du citoyen. «Il est du droit de tout citoyen qui n'appartient plus à un corps constitué d'exprimer ses idées. Mais le salut de l'Algérie ne viendra pas de son élite militaire et sécuritaire qui a déjà conduit le pays, à travers la cooptation et la confusion entre religion et politique, à une situation désastreuse», commente-t-il. Abdesselam Ali-Rachedi préfère analyser le contenu des propositions soumises par ces ex-militaires. «Ce n'est pas la première fois qu'il y a ce genre d'appels. On se souvient qu'en 2004, le général des corps d'armée, Mohamed Lamari, avait assuré que l'institution militaire n'interviendrait pas dans l'élection. Mais on sait que l'armée et le DRS ont contribué à la réélection de Bouteflika», explique-t-il. Aujourd'hui, dit-il, le système est pris de court par la maladie de Bouteflika et tente de proposer une «solution de statu quo». «Dans les déclarations des militaires qu'on entend aujourd'hui, il n'y a aucune allusion à la démocratie. C'est bien d'avoir de bonnes intentions, mais il faut des actions. Qu'ils (les responsables militaires) militent pour la levée de l'interdiction des manifestations à Alger par exemple», lance-t-il. Et d'ajouter : «Il y a une expression de panique chez les responsables du système qui veulent maintenir le statu quo.»  

El Watan

Ses derniers articles: Programme AADL 2 : les résultats communiqués  Tizi Ouzou : Les retraités de l‘ANP s’organisent  Sellal : Les visites de terrain n'ont rien