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François Hollande à Kinshasa, octobre 2012 / REUTERS
François Hollande à Kinshasa, octobre 2012 / REUTERS

Prix de l'Unesco: François Hollande rattrapé par la Françafrique?

Le prix pour la paix de l'Unesco qui lui est décerné en récompense de l'intervention française au Mali est contre-productif.

Le chef de l’Etat français reçoit ce mercredi 5 juin 2013, au siège de l’Unesco, à Paris, le prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix. Cette distinction qui porte le nom du tout premier président de la Côte d’Ivoire est attribuée à François Hollande, en récompense de l’intervention militaire de la France au Mali.

Pour l’occasion, comme le souligne le site Atlas Infos, pas moins de neuf chefs d’Etat africains ont fait le déplacement pour Paris. Parmi eux, bien évidemment, le président de la transition au Mali, Dioncounda Traoré.

Le prix est constitué d’un chèque de 150.000 dollars. Les services de l’Elysée ont indiqué que cette somme sera reversée à des associations féminines œuvrant en faveur de la paix et à une association de soutien aux soldats blessés et aux familles des victimes de la guerre.

Cette remise de prix semble donc parée des meilleures intentions du monde. François Hollande étant pratiquement érigé en «nouveau sauveur» de l’Afrique, depuis le début de l’intervention militaire de la France au Mali, depuis janvier 2013.

Un prix pour rien

Pour de nombreuses ONG, dont la très redoutable Association Survie, qui milite depuis 30 ans pour une réforme de la coopération entre la France et l’Afrique, ce prix est révoltant.

Pour cette ONG de défense des droits de l’homme, la remise de ce prix à François Hollande constitue une sorte d’hommage de la Françafrique à celui-là même qui a toujours affirmé vouloir en finir avec elle. Survie se fonde tout d’abord sur le nom que porte ce prix. Le premier président de la Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny (président de 1960 à 1993), a selon Survie, incarné mieux que n’importe quel autre chef d’Etat africain, tous les travers de la Françafrique.

Mais, il est difficile de s’empêcher de penser que la distinction que va recevoir François Hollande est aussi un hommage à la guerre. Qu’on le veuille ou non. La situation au Sahel est plus que préoccupante et personne ne peut réellement mesurer les conséquences de cette «guerre contre le terrorisme» déclenchée au Mali. En quoi la guerre est-elle synonyme de paix? En quoi cela correspond-il aux valeurs d’humanisme prônées par la charte de l’Unesco?

Si vis pacem

Jusqu’à présent, les arguments de ceux qui ont toujours proposé une autre approche pour lutter contre les djihadistes ou pour régler la question sécuritaire au Mali et ramener la paix dans ce pays et dans la région tourmentée du Sahel ont été balayés d’un revers de la main.

La militante altermondialiste malienne Aminata Traoré a toujours, par exemple, considéré que la solution militaire au Mali n’était pas la solution. Cette guerre a été imposée au Mali, faisait-elle savoir en substance dans une interview accordée à Slate Afrique il y a plusieurs, sans que les Maliens eux-mêmes prennent le temps de réfléchir à ce qu’il leur était arrivé. Une manière de souligner que, peut-être, toutes les approches n’avaient pas été prises en compte et de souligner les risques toujours possibles d’un enlisement.

Non-sens

L’autre élément qui vient ternir le prix pour la paix décerné à François Hollande est le fait qu’il sera entouré pour la circonstance par des chefs d’Etat à l’action contestable et dont le régime se fait de plus en répressif.

C’est le cas du Tchaden Idriss Déby, dont le pays a connu ces dernières semaines une vague d’arrestations d’hommes politiques et de journalistes totalement injustifiées. C’est le cas aussi du Mauritanien Mohammed Ould Abdel Aziz, arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en 2005. C'est le cas du Gabonais Ali Bongo, héritier de son père, Omar Bongo (président de 1967 à 2009) et dont le pays est impliqué dans la rocambolesque affaire des biens mal acquis.

Le prix que le président français reçoit ce 5 juin arrive trop vite, trop tôt: la guerre au Mali n'étant pas terminée, la paix n'étant pas encore revenue ni dans ce pays ni dans la toute la bande saharo-sahélienne. Il ne s'agit donc pas seulement d'une distinction contre-productive, il s'agit d'un non-sens.

R.M.

Raoul Mbog

Raoul Mbog est journaliste à Slate Afrique. Il s'intéresse principalement aux thématiques liées aux mutations sociales et culturelles et aux questions d'identité et de genre en Afrique.

 

 

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