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Tunisie : les Femen risquent la prison ferme

TUNIS (AFP) - (AFP)

Trois militantes européennes du groupe féministe Femen doivent être jugées mercredi pour avoir manifesté seins nus à Tunis, un délit passible de prison en Tunisie où même l'opposition anti-islamiste a vu d'un mauvais oeil l'action de ce mouvement.

Le même jour, Amina Sbouï, une activiste tunisienne détenue depuis le 19 mai qu'elles étaient venues soutenir, doit être entendue par un juge d'instruction qui a engagé des poursuites pour atteinte aux bonnes moeurs et profanation de sépulture.

Signe de la sensibilité du sujet dans ce pays conservateur dirigé par les islamistes d'Ennahda et confronté à l'essor de groupes salafistes, la Tunisie a arrêté dans son hôtel puis expulsé mardi, selon Femen, une militante ukrainienne venue soutenir ses consoeurs.

"Elle n'était pas venue faire une action mais soutenir ses collègues lors de leur procès", a assuré à l'AFP Inna Shevchenko, figure de proue du groupe féministe.

Femen a organisé sa première action "seins nus" dans le monde arabe à Tunis le 29 mai pour défendre Amina, 18 ans, arrêtée pour avoir peint "FEMEN" sur un muret proche d'un cimetière musulman de Kairouan (centre) pour dénoncer un rassemblement salafiste.

Les deux activistes Françaises et une Allemande risquent la prison ferme.Leur procès doit débuter vers 09H30 GMT.

Me Souheib Bahri, un des avocats des trois femmes, détenues dans une prison en banlieue de Tunis, se disait néanmoins confiant."Je m'attends à une condamnation légère", a-t-il dit à l'AFP.

Il a ajouté que ses clientes assumaient leur geste destiné à attirer l'attention sur le sort d'Amina, qui avant son arrestation avait fait scandale en mars pour avoir publié des clichés d'elle la poitrine dénudée sur internet.

"Elles disent +nous avons fait cette action pour attirer l'attention de l'opinion publique internationale car Amina n'avait pas de soutien en Tunisie+", a-t-il expliqué.

Si le parti islamiste Ennahda est régulièrement accusé par ses opposants d'orchestrer une islamisation rampante de la société, la manifestation seins nus de Tunis n'a pas recueilli l'adhésion des détracteurs du pouvoir.

Si l'opposition laïque et les féministes considèrent largement qu'Amina ne mérite pas ses déboires judiciaires, rares sont ceux à voler au secours des militantes européennes.

"Provocation stérile"

"Ce qui arrive à Amina, cet acharnement n'est pas justifié, elle ne représente en aucun cas une menace pour la sécurité nationale (...) mais je ne comprends pas la réaction de Femen qui a aggravé la situation d'Amina", estime Nadia Chaabane, députée du parti laïque de centre-gauche al-Massar et militante féministe.

"C'est de la provocation stérile et improductive.Ce fait divers nous détourne des problèmes les plus graves aujourd'hui", a-t-elle martelé.

Le porte-parole de la présidence tunisienne Adnène Manser a refusé de s'exprimer sur le cas des trois Européennes.Au sujet d'Amina, il a jugé son action "dangereuse" tout en disant soutenir sa liberté d'expression.

"Cette jeune fille s'est exposée au danger et a exposé la ville au danger d'une tuerie.Je considère que son arrestation l'a protégée, sauvée (...) Je sympathise avec son droit à l'expression", a-t-il dit.

De son côté, la France a indiqué espérer que la justice tunisienne ne sera pas trop sévère.

"La justice (tunisienne) est indépendante mais enfin je souhaite qu'elle fasse preuve de clémence", a déclaré dimanche le chef de la diplomatie, Laurent Fabius.

Ennahda n'a pour sa part fait aucun commentaire sur l'offensive Femen bien qu'il en soit la cible première.Le week-end dernier encore au Canada, une militante seins nus a interrompu aux cris de "Free Amina" un discours de Hamadi Jebali, ex-Premier ministre et secrétaire général du parti islamiste.

Ennahda se défend régulièrement de vouloir s'attaquer aux acquis des Tunisiennes.Si la législation tunisienne ne garantit pas l'égalité des sexes, les femmes disposent néanmoins du statut le plus libéral du monde arabe depuis les années 1950.

La dernière ébauche du projet de Constitution, datée d'avril, stipule que "tous les citoyens et citoyennes ont les mêmes droits et devoirs" et que l'Etat protège "les droits de la femme et soutient ses acquis".

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