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Inde : des descendants de migrants africains perpétuent leur culture

NEW DELHI (AFP) - (AFP)

Une photographe indienne lève le voile sur les Sidis, une communauté d'origine africaine très fermée, qui garde jalousement ses traditions à l'abri des regards depuis sa migration en Inde au IXe siècle.

Ils sont une goutte d'eau dans un océan : estimés à 60.000 à 70.000, de religion musulmane, dans un pays de 1,2 milliard d'habitants à majorité hindoue.

Les Sidis viennent d'Afrique de l'Est, d'une région s'étirant de l'Ethiopie au Mozambique et vivent depuis des siècles dans des villages et bourgades le long des côtes occidentales de l'Inde, en ayant réussi à ne jamais oublier leurs traditions ancestrales.

Lors du lancement de son nouveau recueil de photographies, "A Certain Grace", à Bombay le mois dernier, Ketaki Sheth a raconté comment elle avait découvert cette communauté alors qu'elle était en vacances dans l'Etat du Gujarat (ouest) en 2005.

"J'ai d'abord vu les Sidis à Sirwan, un village au milieu d'une forêt que leur avait donnée le "Nawab" (prince musulman) en reconnaissance de leurs loyaux services.J'étais intriguée", se souvient-elle.

Les étrangers ne sont pas les bienvenus, comme l'a expérimenté la photographe, accueillie par de jeunes gens à l'oeil soupçonneux dans le village de Jambur.

"Si le regard pouvait tuer, honnêtement je pense que je serais morte.Je pouvais voir de l'irritation, de l'hostilité, peut-être même du ressentiment", raconte-t-elle.

Ce premier contact rugueux n'a pas découragé Ketaki Sheth qui a passé cinq ans sur ce projet mêlant portraits et photos de rue.Immortalisant ultérieurement les mêmes deux jeunes gens, "toujours en colère et intimidants".

Souvent décrits comme des descendants d'esclaves arrivés en Inde dans les bagages de troupes arabes, les Sidis découragent les mariages avec les non-Sidis.

Nombre d'entre eux sont arrivés en Inde comme main d'oeuvre bon marché mais aussi comme soldats, et certains ont réussi à gravir les échelons et à obtenir des titres de noblesse, selon l'anthropologue Mahmood Mamdani, qui enseigne à l'université Columbia de New York.

L'Inde a connu plusieurs vagues d'immigration, notamment via des envahisseurs portugais ayant amené avec eux des esclaves-soldats Sidis du Mozambique, écrit M. Mamdani dans une note introductive au recueil de photos.

"Leur principal intérêt n'était pas leur bas prix mais leur loyauté.Ces esclaves étaient davantage requis pour servir leur vie durant des familles de hautes castes ou des familles au pouvoir", juge l'anthropologue.

Les plus loyaux recevaient des terres, qui abritent aujourd'hui des villages exclusivement peuplés de Sidis.

Réinventer les traditions africaines

Un spécialiste de cette communauté, basé aux Etats-Unis, Beheroze Shroff, explique à l'AFP que comme d'autres migrants, "ils ont réinventé leurs traditions".

Certaines coutumes ont certes disparu mais d'autres, en particulier la musique et la danse, ont perduré.Cette communauté a aussi ajouté des mots en swahili au dialecte gujarati.

Selon M. Shroff, les Sidis du Gujurat continuent notamment de pratiquer des "rituels et des cérémonies élaborés impliquant des tambours et des danses extatiques appelées goma (un mot swahili qui signifie tambour, chant et danse)".

"Ceci est transmis et appris par chaque génération dès l'enfance", souligne M. Shroff, de l'université de Californie à Irvine.

Considérés en Inde comme une tribu marginalisée depuis 1956, les Sidis ont bénéficié des politiques de discrimination positive.

L'Autorité indienne du sport (SAI) a même lancé un centre de formation olympique au Gujarat en 1987 pour tenter de capitaliser sur leurs qualités d'athlètes.

Ce centre de formation aujourd'hui disparu a permis à plusieurs élèves de se faire un nom dans l'athlétisme au niveau national, comme Juju Jackie Harnodkar, photographié par Ketaki Sheth et qui vit à Bombay.

Harnodkar est l'un des rares à s'être hissé au niveau de la classe moyenne.La plupart lutte pour trouver un emploi et les taux d'alphabétisation restent très bas, de nombreux parents n'ayant pas les moyens d'envoyer leurs enfants dans de bonnes écoles.

Et de nombreux enfants prennent très peu le chemin de l'école.C'est le cas de la jeune Sukhi, dont le portrait est celui qui plaît le plus à la photographe parmi les 88 clichés du livre : une jeune fille aux cheveux crépus, les yeux baissés, dans une lumière matinale d'avant mousson.

"Elle allait à l'école la dernière fois que je l'ai rencontrée mais de façon sporadique", rapporte Ketaki dans un courrier électronique à l'AFP.

"Elle devait avoir entre 10 et 12 ans au moment de la photo, mais elle n'en était pas sûre"

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