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Mali : cette fois-ci ça risque de ne pas passer

Organiser et réussir une élection présidentielle dans le contexte actuel au Mali, ne sera pas chose aisée. Car, tout porte à croire que le Mali n'est pas prêt, à tout point de vue, à aller aux urnes. Hormis la question de Kidal, ville toujours entre les mains de terroristes du MNLA qui s'opposent (pour l'instant et ce pour combien de temps encore) à tout déploiement de l'armée et de l'administration dans cette localité. Actuellement, le médiateur de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) est en pourparlers avec ce mouvement afin de rétablir l'intégrité du territoire malien d'abord.

Justement, de l'intégrité parlons-en. Si on peut se hasarder à faire croire que le Mali a recouvré son intégrité territoriale après l'opération Serval, il est très difficile de croire de même pour l'intégrité morale et sociale. Ils sont aujourd'hui plus de 200 000 Maliens refugiés dans les pays voisins et qui veulent rentrer chez eux. Et apparemment, ce n'est demain que tout ce monde rentrera et se réinsérera socialement pour avoir la tête à un vote. Fut-il présidentiel. Quand la classe politique prendra le relais pour battre campagne, on comprendra mieux que les esprits ne sont pas encore à l'apaisement et aux retrouvailles fraternelles.

Car en effet, ce qui est à l'origine du problème malien n'a pas entièrement trouvé de solution. On a juste travaillé à chasser de force des terroristes au Nord du Mali sans véritablement avoir permis aux vrais protagonistes que sont les Maliens du Nord et du Sud de parler le même langage sur les questions fondamentales. Qui sont entre autre le partage équitable des ressources entre le Nord et le Sud et qui fait que les Maliens du Nord ont toujours émis des revendications ou même eu des velléités de sécession ou d'autonomie. En plus, l'armée malienne n'est pas prête à accompagner les politiques dans une aventure électorale. Si on n'y prend garde, on risque de commettre la même erreur qui a favorisé le coup d'Etat du capitaine Haya Sanogo. Divisée, mal équipée, corrompue et affairiste, l'armée malienne n'en est pas du tout une en ce moment. Si bien que le plus urgent aurait été de travailler à l'équiper, à en faire une véritable armée républicaine avant d'aller aux urnes.

Il en est de même de la classe politique. Quel message cette classe politique, toujours habituée aux invectives, presqu'à la délation (on l'a vu juste après le coup d'Etat des capitaines) va-t-il porter pendant une campagne électorale ? Le Mali, pour l'instant a besoin de se réconcilier avec lui-même. Il faut panser les plaies de la haine, de la division et surtout encourager les Maliens à s'accepter et à vivre ensemble. C'est en cela que des élections (présidentielle, législatives ou municipales) pourront être sérieusement organisées et acceptées de tous. Car, en vérité, la communauté internationale est en train de se précipiter dans l'organisation des élections qui ne sont pas la panacée. Si cela devrait être le cas, le Mali n'aurait pas connu cette guerre d'autant plus que les élections se sont régulièrement tenues dans ce pays. Qui était même devenu un exemple de démocratie réussie dans la sous-région. En effet, quand on sait que les élections mal organisées, et de ce fait non acceptées par l'ensemble de la classe politique ont toujours été à la base de crises profondes, il ne serait pas mal vu de reculer pour mieux sauter. Franchement, les ingrédients ne sont pas au complet pour organiser et réussir des élections au Mali. Ce n'est pas en deux mois qu'on pourrait établir un fichier électoral crédible ; même si les moyens financiers et humains sont disponibles. Dans tous les cas, si les Maliens estiment que la solution à la crise se trouve dans des élections, qu'ils y aillent. Et qu'on en finisse une bonne fois pour toute avec ces djihadistes et terroristes qui, du reste menacent toute la sous-région.

Dabaoué Audrianne KANI

L'Express du Faso

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