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Mali : Jour J – 54. Et tout reste à faire !

Il y a quelques jours, dans son entretien avec l'Audiovisuel extérieur français, François Hollande l'a dit : « La politique [au Mali], ça ne dépend plus de nous » (cf. LDD France 0631/Vendredi 31 mai 2013). Hier, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a noté une « évolution très positive » et des « avancées très importantes » (cf. LDD Spécial Week-End 0587/Samedi 1er-dimanche 2 juin 2013). Mais Paris n'est pas aussi désintéressé que le dit Hollande à ce qui se passe actuellement au Mali, tandis que l'optimisme de Fabius - proche de la lassitude pour ce qui est de ce dossier - ne convaincra personne.

Kidal, c'est quand même cinq lettres qui « foutent la merde » dans cette affaire ; il faut dire que le MNLA et le HCUA (ou HCA on ne sait pas trop) font le forcing pour qu'on patauge allègrement.

Après-demain, mercredi 5 juin 2013, Hollande recevra à Paris le prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix. Histoire, pour l'Afrique, de saluer sa « guerre » contre les « terroristes » dans le Nord-Mali (cf. LDD France 0631/Vendredi 31 mai 2013). Histoire aussi de faire le point sur le dossier malien avec quelques personnalités qui feront le déplacement à Paris. Notamment Alassane D. Ouattara, président de la Cédéao, et Blaise Compaoré, médiateur de la Cédéao, de retour du Japon où ils ont participé à TICAD V. Djibrill Y. Bassolé, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, quitte aujourd'hui même (lundi 3 juin 2013) la capitale burkinabè pour Paris dès après une ultime réunion de la « médiation » à laquelle participaient les représentants de l'UA, de la Cédéao, de l'ONU, de l'UE, de la Suisse et de la France. De quoi ont-ils parlé au lendemain du week-end ? De Kidal, bien sûr !

Foutu week-end. Et ce matin du lundi 3 juin 2013, le ton de la presse privée burkinabè est particulièrement acerbe. « Un revers pour la diplomatie burkinabè » écrit Le Pays dans son éditorial qui évoque une médiation « ridiculisée » dont l'échec est « absolu ». L'Observateur Paalga est moins critique mais pas moins préoccupé. L'homme par qui le scandale arrive s'appelle Moussa Ag Attaher. Il est le chargé de « com » du MNLA. Le samedi 1er juin 2013, à l'hôtel Laïco (les Touareg maliens en apprécient le confort depuis qu'ils sont engagés dans d'incessantes négociations à Ouaga), il a expliqué qu'un accord avec été obtenu entre son organisation et... ; non, pas Bamako ni qui que ce soit d'autre mais cette nébuleuse qui se fait appeler, non sans prétention, le Haut conseil pour l'unité de l'Azawad (HCUA). Voilà donc les Touareg du Mali d'accords entre eux. D'accord sur quoi ? Sur la mise en place d'une commission de négociation qui pourrait, « prochainement », discuter avec les autorités de Bamako. On n'est pas sorti des sables du désert.

D'autant plus que ce protocole d'accord sera, en l'état, considéré par Bamako comme inacceptable. A juste titre. La cohérence n'a jamais été la qualité majeure des groupuscules Touareg mais alors-là, c'est pire que tout. Les Touareg du MNLA et du HCUA veulent* « le retrait de toutes les forces de défense et de sécurité maliennes du territoire de l'Azawad ; la non-pénétration de l'armée malienne à Kidal ; le déploiement de la Munisma au Nord-Mali pour la sécurisation des élections du 28 juillet ». Trente mots pour dire tout et son contraire et, surtout, n'importe quoi. Après l'incohérence des actions, l'incohérence des propositions !

Question à poser au MNLA/HCUA. « Pourquoi vouloir participer à une présidentielle nationale alors que vous revendiquez l'appartenance à un territoire, l'Azawad, qui n'a pas d'existence légale au sein de la République du Mali, et que vous exigez que l'armée nationale, expression de la souveraineté de l'Etat malien, se retire de ce territoire ? ». Question subsidiaire : « Quelle est la représentativité du MNLA/HCUA qui a perdu la guerre déclenchée contre Bamako avant d'être éradiqué par les islamistes radicaux et qui ne doit sa survie qu'à l'intervention de l'armée française ? ».

Réponses du quotidien Le Pays. D'abord : « L'Etat souverain et indivisible du Mali ne peut pas, sans commettre son propre suicide, accepter un tel accord, un véritable péril pour l'avenir du pays » ; ensuite : « Ils veulent 'créer' non pas un 'Etat', mais au sein du Mali, une zone de chaos, dans laquelle le MNLA et le HCA [HCUA] continueraient leur entreprise de sous-traitance terroriste avec la canaille djihadiste. Ces deux structures misent sur un effondrement total de l'Etat national souverain du Mali, en entraînant ce pays dans une guerre civile interminable ». Ajoutons à cela les informations sur les exactions menées à Kidal contre les « peaux noires » et l'arrestation de personnes présentées comme des officiers de l'armée malienne.

En ce lundi matin du 3 juin 2013, l'ambiance est morose alors que la médiation se retrouve pour une nouvelle séance de travail. La marge de man½uvre du MNLA/HCUA est étroite. Ils ne peuvent pas faire grand-chose d'autre qu'être une force de nuisance ; mais venant d'où ils viennent, ils risquent fort, dans le même temps, « d'injurier l'avenir ». « Folklo » les Touareg, mais il est urgent de devenir crédible. A trop tirer sur la corde, ils risquent tout à la fois la strangulation et le croc en jambe. S'il est nécessaire de prendre en compte les justes revendications des populations du Nord-Mali (c'est, dit-on, ce qui a poussé le MNLA a déclencher la « guerre » qu'il a perdue), il faut cesser de laisser penser qu'il y a complaisance pour les Touareg. Complaisance de Paris relayée par l'armée française, depuis longtemps, et les ONG qui ont fermé les yeux sur le rôle joué par les Touareg dans l'émergence de réseaux mafieux qui ont dérivé en réseaux terroristes.

Quant aux gouvernements de la région, trop souvent, ils laissent penser qu'ils craignent bien plus les « islamistes » que les « mafieux » ; il est vrai qu'en Côte d'Ivoire, les autorités sont obligées de « faire avec » et que cela n'est pas sans influer sur les connexions que ces mouvements entretiennent entre eux. Bamako, en la matière, ne doit pas être exonéré. Il y a eu dans la capitale malienne tout autant de laxisme que de complicité : il ne faut jamais perdre cela de vue ; il y a chez certain de la nostalgie pour une époque où tout était permis.

A Ouaga, l'embarras est perceptible. Pierre Buyoya, le représentant de l'UA pour le Mali peut bien affirmer que « les différentes parties sont prêtes à dialoguer », il est le seul à y croire. Bassolé, quant à lui, retrouve ses réflexes de gendarme, appelle au silence dans les rangs et les acteurs de la médiation à « s'abstenir soigneusement de tout acte qui pourrait remettre en cause la confiance dont nous avons besoin pour faire prospérer le processus de dialogue », souhaitant « qu'à partir de maintenant soit observée la plus grande prudence et que les parties elles-mêmes construisent la confiance, le dialogue et les conditions propices à la tenue des élections ». C'est dans la précipitation qu'un point de presse a été organisé, en fin de journée, ce lundi 3 juin 2013. Histoire de réécrire...

l'Histoire, de ne pas fermer la porte de la médiation et d'éviter les provocations. Car à Ouaga, on ne se fait pas d'illusion : ce n'est pas à Bamako que les choses se jouent, mais à Kidal et à Paris. Avez-vous entendu parler, depuis la nomination de l'ambassadeur Mohamed Salia Sokona à la présidence de la « Commission dialogue et réconciliation » (cf. LDD Mali 075/Lundi 1er avril 2013), des avancées enregistrées par cette commission ? Non ? C'est bien ce que je pensais !

* Je reprends la formulation du protocole d'accord MNLA/HCUA telle qu'elle est présentée dans l'éditorial de L'Observateur Paalga du lundi 3 juin 2013.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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