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Avenue Frederik Douglass, dans le quartier de Harlem, New York. © Sabine Cessou, tous droits réservés.
Avenue Frederik Douglass, dans le quartier de Harlem, New York. © Sabine Cessou, tous droits réservés.

Blake Diallo: «Je ne peux pas croire qu'elle ait été manipulée»

Le confident de Nafissatou Diallo décrit une femme libre et discrète.

Alors que les proches de la famille de Nafissatou Diallo et la communauté guinéenne du Bronx ne cachent pas se poser des questions sur l’affaire DSK, un homme, à Harlem, a pris depuis le début de l’affaire la défense de la jeune femme.

«Ces gens sont méchants et disent n’importe quoi sur ce qu’ils ne connaissent pas», affirme d’entrée de jeu le Sénégalais Blake Diallo, gérant du Café 2115 sur l’avenue Frederik Douglass, à deux ou trois blocs de Central Park. Cet homme trapu de 47 ans, d’un abord chaleureux, vêtu de jeans et d’une chemise à carreaux, a reçu le premier un coup de fil de Nafissatou Diallo, samedi 13 mai 2011, quelques heures seulement après les faits. Il serait la seule personne en qui elle ait véritablement confiance, selon plusieurs sources proches du dossier. Blake Diallo a tout de suite sollicité Jeffrey Shapiro, un avocat de renom, en faisant une recherche rapide sur Google.

«Nafissatou va bien, dit-il aujourd’hui, mais elle n’a pas l’habitude de ce genre de vie».

Sa fille de 15 ans, qui ne loge pas chez la famille mais chez des amis, rend régulièrement visite à sa mère.

Le confident de Nafissatou

Le gérant du Café 2115, une bonne nature, toujours prêt à plaisanter avec clients et serveuses, serait le plus régulièrement en contact avec la jeune femme. En lien permanent avec des officiers de liaison de la police new-yorkaise, il leur fait passer des affaires pour Nafissatou: nous avons pu observer l’un de ces officiers, une jeune femme blanche en lunettes de soleil et tenue décontractée, venue prendre à Harlem le nouveau téléphone portable que la jeune femme a demandé, pour avoir un nouveau numéro.

«Aucun Guinéen n’est venu me voir pour me remercier de ce que j’ai fait pour elle», précise Blake Diallo, tout en faisant remarquer que dans la communauté sénégalaise de New York, un principe de solidarité autrement plus fort est à l’œuvre.

«Que la personne ait tort ou raison, si c’est un compatriote qui se trouve dans des problèmes, toute la communauté sera derrière lui», assure-t-il.

Ce quadragénaire a été soumis à une intense pression médiatique au cours des deux semaines qui ont suivi les faits. Une foule de journalistes s’est retrouvée dans le Café 2115, donnant une interprétation aussi hâtive qu’erronée du terme «frère», qu’il a d’abord eu le malheur d’utiliser, pour définir sa relation avec la jeune femme. Il fallait entendre ce terme au sens africain: «un frère» ou «une sœur» marque un lien d’amitié.

Blake Diallo, parfois décrit comme le petit ami de Nafissatou Diallo, refuse de donner des détails sur sa relation avec la jeune femme. Manifestement, il lui voue un grand respect et ne se fait pas prier pour affirmer, comme tous ceux qui la connaissent, qu’elle est «très belle». Le confident porte le même nom que la jeune femme mais n’est pas de sa famille: c’est un Peul né à Thiès et qui a grandi à Ziguinchor, au sud du Sénégal.

Ecœuré par certaines déclarations à son sujet, Blake Diallo a décidé de porter plainte contre tous ceux qui l’ont diffamé ces dernières semaines, à commencer par Sano Dossou Condé, la représentante des femmes du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), le parti au pouvoir au pays, mais aussi Souleymane Jules Diop, un journaliste sénégalais basé à Montréal qui l’a traité d’imposteur dans l’un de ses articles.

«Dans la communauté, Blake Diallo représente ce qu’on appelle un thiof», explique un producteur sénégalais. Un thiof, en wolof, désigne le gros poisson qui sert à cuisiner le plat national, le tiep bou diene. Et, par extension, tous les hommes susceptibles de représenter de bons partis parce qu’ils n’ont pas de problèmes d’argent. Blake Diallo a-t-il été marginalisé par la sœur et le frère de Nafissatou, comme le suggère le changement récent d’avocats déployés en première ligne pour assurer la défense?

Une femme libre et «illettrée»

L’intéressé n’aide pas beaucoup à lever un pan de voile sur celle que la presse française décrit désormais comme un «mystère». Il ne livre guère de détails, mais insiste sur le côté discret de sa personnalité.

«Cette femme est un vrai courant d’air, dit-il. Personne ne se souvient d’elle au Café 2115. Pourtant, elle venait souvent après son travail. Elle passait prendre son plat avant de rentrer chez elle.»

Blake Diallo est formel: Nafissatou ne savait pas qui était son agresseur, DSK.

«Je ne peux pas croire qu’elle ait été manipulée, assure-t-il. Une femme africaine illettrée, qui n’a pas fréquenté l’école, il y a des choses qu’on ne peut pas lui demander de faire. DSK, lui, n’en est pas à ses premières frasques. Même dans l’avion d’Air France, il a dit à l’hôtesse qu’elle avait un beau cul! Je l’ai lu!»

A en croire Blake Diallo, Nafissatou ne «connaît rien». Quand elle regarde la télévision, c’est pour suivre des feuilletons africains, made in Nigeria.

Selon Amadou Ba, 33 ans, correspondant à New York du journal sénégalais L’As Quotidien, et qui connaît personnellement Nafissatou Diallo, «c’est une femme assez grande, d’un mètre quatre-vingt, élancée mais pas chétive, très discrète, pas mondaine». Amadou Ba a fréquenté le restaurant gambien du Bronx où la jeune femme travaillait en 2008 avant d’être engagée au Sofitel.

Dans un article sur la victime présumée, le journaliste raconte avoir échangé avec elle en pulaar, la langue de l’ethnie peule, quelques plaisanteries sur leurs noms respectifs. En tant que Diallo, elle pouvait se permettre de le traiter «d’esclave», comme c’est l’usage dans la tradition de la «parenté à plaisanterie».

Rien de bien méchant, donc. Pas de quoi en faire la catin que l’on décrit parfois, en Afrique comme en France. Le patron de ce minuscule restaurant où elle travaillait, un Gambien dénommé Diaby et appartenant à l’ethnie soninké, se souvient non sans réticences d’une «fille correcte, travailleuse, qui n’a jamais créé de problèmes ici et ne s’est disputé avec personne». Il ajoute:

«Vous les journalistes, vous gagnez beaucoup d’argent. Pourquoi vous ne me prenez pas un plat à 35 dollars avant de me poser des questions?»

Dans cette gargote africaine, on sert du couscous et du riz au poisson à des prix modiques, qui ne dépassent pas les 7 dollars (4,8 euros) la grosse assiette.

C’est dans cet espace réduit, trente mètres carrés tout au plus, que Nafissatou Diallo exerçait, comme beaucoup d’immigrés africains à New York, un second travail le soir, en plus de son activité de jour dans une herboristerie. Ici elle servait en tenue africaine, pagne et foulard de tête.

Amadou Ba se souvient d’une personnalité assez libre —à l’échelle de la communauté peule, très traditionnelle— qui sortait à l’époque avec un Malien. Un homme, là encore, qui ne faisait pas partie de sa communauté. Comme beaucoup de femmes peules, mariées très jeunes et souvent excisées, Nafissatou Diallo s’est émancipée à la faveur de son expatriation. A New York, elle a mené sa barque de manière indépendante, jusqu’aux évènements du 13 mai, sur lesquels la lumière reste à faire.

Sabine Cessou, à New York

La première partie de l'article est à lire ici: Nafissatou Diallo et les mystères de sa famille

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Sabine Cessou

Sabine Cessou est une journaliste indépendante, grand reporter pour L'Autre Afrique (1997-98), correspondante de Libération à Johannesburg (1998-2003) puis reporter Afrique au service étranger de Libération (2010-11).

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