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Tunisie : Les américains désabusés

Par Boubaker Ben Fraj

On n'a pas encore oublié le Stand-Up solennel et l'ovation presque exaltée des membres du Congrès américain, lors de l'hommage qu'avait rendu le président Barak Obama à la révolution Tunisienne, un certain 26 janvier 2011, dans son discours sur l'état de l'Union.

Aux yeux des représentants de la nation la plus puissante du monde, c'était la fin d'une dictature décevante qu'ils avaient pourtant longtemps soutenue, et le triomphe d'une révolution, annonciatrice pour la Tunisie, et pourquoi pas pour d'autres pays qui allaient suivre son exemple, d'une nouvelle ère de démocratie, de liberté et de progrès.

On s'était demandé à ce moment-là, si le côté rêveur et idéaliste de l'Amérique, n'avait pas retrouvé, dans ce qui venait de se passer dans notre petit pays, la parfaite consécration de ses propres valeurs !

Plus de deux ans séparent cette acclamation impériale offerte à la révolution tunisienne sous la coupole du congrès américain, du communiqué acerbe et amer, publié ces derniers jours par l'ambassade des Etats-Unis à Tunis.

Dans ce communiqué peu soucieux des formulations diplomatiques habituelles, l'ambassade exprime sa profonde déception et son refus, au regard du verdict considéré trop clément , pour ne pas dire « complaisant », prononcé par les tribunaux de Tunis, à l'encontre de vingt assaillants, passés devant le juge pour avoir pris part, le 14 septembre dernier, à l'attaque du siège de l'ambassade américaine et au saccage de l'école qui lui est rattachée.

Si l'ambassade a exprimé son mécontentement de cette manière, elle n'est en réalité pas la première voix américaine à le faire si crûment. Déjà, au mois de décembre dernier, le sénateur républicain Frank Wolf avait formulé en des termes plus menaçants, son exaspération à l'égard du laxisme des autorités tunisiennes, allant jusqu'à dire : « Ces retards inutiles et infondés (dans les enquêtes -NDLR-) ne sont pas excusables, et démontrent que la Tunisie n'est pas un ami, ni un allié des Etats-Unis ».

En fait, lorsqu'on a observé la gestion confuse, et pour le moins peu transparente de ce malheureux événement et de ses prolongements, tant par l'actuel gouvernement que par celui qui l'a précédé, la réaction américaine peut paraître amplement justifiée, même si elle nous met tous, en tant que Tunisiens jaloux de la souveraineté de notre pays, très mal à l'aise:

Justifiée avant tout par l'attaque de l'ambassade en elle-même, et par l'absence de mesures sécuritaires préventives qui auraient du être prises en amont, pour empêcher les débordements et éviter les pertes en vie humaines et les considérables dégâts matériels qui ont eu lieu. Une défaillance et un laisser-faire d'autant plus regrettables et inexplicables de la part de nos autorités, qu'elles étaient préalablement averties par le précédent dramatique du consulat américain de la ville de Benghazi.

Mécontentement Justifiée aussi par la gestion défaillante, pour ne pas dire lamentable, de l'intervention des forces de l'ordre, au moment où il fallait faire face, de manière efficiente à l'assaut, et protéger l'ambassade et de ses occupants lors de l'attaque.

A cela s'ajoutent les piétinements, les hésitations et même les suspicions de duplicité, ayant entaché les investigations censées déterminer les responsabilités dans cette affaire, et mener aux véritables instigateurs et à leurs complices.

Faut-il plus que cela, pour comprendre le mécontentement américain à l'égard de la mauvaise gestion d'une affaire, qui les a touchés dans leur propre sécurité et plus, qui les a blessés dans leur amour propre en tant que grande puissance.

Pis encore, dans cette affaire, le gouvernement des Etats-Unis parait d'autant plus déçu, qu'il a le sentiment d'avoir été berné et abusé, par le langage et l'attitude versatiles de ses supposés amis et protégés du parti Ennahdha, qui n'auraient jamais espéré parvenir au pouvoir dans ce pays, s'il n'avaient pas préalablement obtenu, avant et après la chute du régime de Ben Ali, la caution des américains et leur appui.

Propulser au pouvoir les Islamistes dits modérés : telle fut la hasardeuse orientation stratégique, que les américains ont développé dans leurs influents Think tanks, avant de l'expérimenter en Tunisie et dans d'autres pays du dit « printemps» arabe. Ces Islamistes sauraient mieux que les anciennes dictatures, veiller d'une main, à la sauvegarde des intérêts bien compris des Etats-Unis, et se charger de l'autre, de neutraliser en le domestiquant chez-eux, l'islamisme radical, qui n'a cessé de représenter au cours des deux dernières décennies, la plus grande menace pour la sécurité américaine.

Sauf qu'avec le temps qui passe, les affaires semblent se compliquer, et le cours des choses n'a pas pris nécessairement le chemin que les américains avaient préalablement prévu. Ils se sont peut-être gourés avant de se rendre compte aujourd'hui et à leur dépens, que le parti Ennahdha, porte- étendard de cet islamisme modéré qu'ils ont soutenu, ne peut pas facilement rompre ses liaisons douteuses avec l'islamisme radical qui demeure tout à la fois et selon les circonstances, son bras violent, son bouc émissaire, son terrain de chasse et son terreau originel.

Le coup de gueule diplomatique que les Etats-Unis viennent de pousser ces derniers jours à la face de notre gouvernement est sans précédant à travers toute l'histoire bicentenaire des relations tuniso-américaines. Aurait-il dans un proche avenir, des répercussions négatives et durables sur ces relations, ou serait-il l'expression d'un malaise passager, face aux maladresses à répétition de notre gouvernement, dans la gestion d'une triste affaire qu'il aurait pu nous faire éviter ?

Par Boubaker Ben Fraj le 4 juin 2013

Tunisie Focus

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