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Turquie: les affrontements deviennent meurtriers

Cinquième jour de violence en Turquie. Les opposants à la politique du gouvernement Erdogan multiplient les rassemblements, souvent durement réprimés par les forces de l'ordre. Après la mort confirmée d'un manifestant, hier lundi 3 juin, renversé par une voiture à Istanbul, les médias locaux ont rapporté celle d'un second individu, dans le sud du pays. Il serait décédé après avoir été blessé par balles cette nuit. Alors que les affrontements se durcissent, l'une des plus importantes confédérations syndicales turques a appelé à une grève de deux jours.

La nuit du 3 au 4 juin a encore donné lieu à de nombreux affrontements d'une grande violence à Istanbul, entre les forces de l'ordre et les manifestants, après la répression du grand rassemblement pacifique hier sur la place de Taksim, par hélicoptères.

« Nous étions au parc Gezy qui donne sur la place de Taksim, raconte un manifestant. On avait le vent dans le dos, donc il est certain que c'est bien l'hélicoptère qui lançait le gaz. Avec le vent, le gaz est venu jusqu'à nous. Les gens ont pris la fuite. Il y a eu un mouvement de panique. Les gens ont couru dans tous les sens. Ils ont perdu de vue leurs amis. Un enfant a perdu sa mère. »

Les heurts de cette nuit ont surtout éclaté dans les quartiers d'Istanbul qui entourent cette place principale, notamment - et encore une fois - à Besiktas, où selon plusieurs témoignages concordants la police a tendu un véritable guet-apens aux manifestants.

Les manifestants revendiquent le caractère pacifique de leur mouvement. Hier soir, des lanternes volantes ont été envoyées depuis la place de Taksim dans le ciel, en signe de paix et d'espoir.

Ce matin encore, une armée de volontaires civils nettoie les rues d'Istanbul. Une manière pour eux de montrer qu'ils ne souhaitent pas semer le chaos, contrairement à ce que prétend le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan.

Au moins deux morts

Par ailleurs, à Antakya, dans le sud de la Turquie, près de la frontière syrienne, un manifestant est mort dans la nuit de lundi à mardi. Selon la chaîne de télévision NTV, il était âgé de 22 ans et appartenait au mouvement de jeunesse du Parti républicain du peuple (CHP).

Il a été tué par balles lors d'un rassemblement antigouvernemental sans que l'on ne connaisse pour le moment l'origine du tir, a précisé le bureau du gouverneur de la province. Il s'agit du deuxième décès depuis le début de la contestation en Turquie, un autre manifestant a été renversé hier par un taxi à Istanbul.

Dimanche déjà, Amnesty International évoquait deux morts dans les manifestations en Turquie.

Les syndicats à la rescousse

Hier soir déjà, les participants au rassemblement sur la place de Taksim disaient qu'ils souhaitaient une mobilisation syndicale.

Oui, nous sommes maintenant au printemps, mais nous ne le laisserons pas
devenir un hiver

Ils ont été entendus. La principale confédération syndicale turque KESK, appelle donc l'ensemble du pays à cesser le travail à partir de ce midi, pour dénoncer ce que les syndicats qualifient de « terreur de l'Etat ».

Les grévistes pourraient, par la suite, gonfler les rangs des lycéens et des étudiants, qui vont eux, se mobiliser dans les rues dès ce matin.

Erdogan inflexible, son vice-Premier ministre s'excuse

L'attitude du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan n'aide en rien à l'apaisement. « Nous restons fermes », a-t-il martelé avant son départ, lundi 3 juin, pour une tournée au Maghreb. Les élections locales de 2014 seront le seul mode d'expression du peuple valable à ses yeux. « Si vraiment nous avons des pratiques antidémocratiques, notre nation nous renversera », a ajouté le chef du gouvernement.

M. Erdogan laisse visiblement les réponses plus consensuelles au reste de son gouvernement. Ainsi lors d'une conférence de presse ce mardi 4 juin, le vice-Premier ministre turc et porte-parole du gouvernement, Bülent Arinç, a présenté ses excuses aux manifestants blessés lors des manifestations. Il a estimé que les premières contestations étaient « justes et légitimes » car fondées sur des inquiétudes écologistes. Il a cependant demandé l'arrêt des manifestations aujourd'hui.

Haro sur les médias turcs


La scène est plutôt inhabituelle: le présentateur de la chaîne d'informations en continu NTV ouvre son journal en annonçant une manifestation qui se déroule... devant les studios de sa télévision. L'image de ce rassemblement arrive en direct à l'écran, ainsi que le son, et le présentateur explique: « Ce qu'ils dénoncent là, c'est l'attitude des médias concernant les événements de Taksim. » Autrement dit, la passivité de sa propre chaîne, et d'autres grandes chaînes d'information, privées, mais jugées complaisantes avec le pouvoir.

Au plus fort des assauts policiers, NTV diffusait un documentaire sur les pingouins, et Cnn-Türk un programme de cuisine. Les sympathisants du mouvement ont dû se rabattre sur les chaînes étrangères, jusqu'à ce qu'une petite chaîne locale assure des heures de retransmission en direct. Mais elle a vite reçu une mise en garde de l'Autorité de régulation de l'audiovisuel.

Une autre grande chaîne, Habertürk, a reçu également la visite de manifestants dénonçant une interview révérencieuse du Premier ministre. NTV a entendu la leçon, et donne la parole en direct à ses détracteurs: « Nous demandons que les violences policières cessent ». Depuis, ces médias s'efforcent de refléter plus honnêtement la contestation qui s'exprime depuis une semaine, et parfois ils émettent même des critiques sur la gestion de la crise par les autorités.

Rfi.fr

Rewmi

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