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Mali-Japon : UNE SOLLICITUDE RENOUVELEE

 Le Premier ministre Shinzo Abe a précisé qu'une bonne partie du milliard d'aide annoncé pour soutenir les pays du Sahel sur cinq ans, ira au Mali qui vient de sortir d'une année d'occupation et de dures épreuves

Le Japon a reconfirmé hier sa disponibilité à accompagner notre pays dans le processus de sortie de crise et dans la reconstruction. La garantie a été donnée par le Premier ministre Shinzo Abe à la faveur d'une rencontre avec le président de la République par intérim, Dioncounda Traoré, en marge de la cinquième Conférence internationale de Tokyo sur le développement des l'Afrique (TICAD) dont les travaux ont pris fin hier aussi. Les deux personnalités s'étaient déjà retrouvées côte à côte la veille, lors d'une session thématique consacrée à la reconstruction de la paix. Une session en partie dominée par la situation dans le Sahel avec en filigrane le cas malien.

Au cours de la séance de travail d'hier, Shinzo Abe et Dioncounda Traoré ont donc discuté de la situation au Mali et dans le Sahel qui a été omniprésent dans les sessions de la TICAD  V relatives à la paix et à la sécurité. Une attention particulière qui est révélatrice des nouveaux enjeux que représente la région en rapport avec  les nouvelles menaces qui la rendent particulièrement vulnérable : terrorisme, prises d'otage, narcotrafic, etc…

Le président Traoré et le Premier ministre japonais ont de nouveau abordé ces sujets, mais c'est surtout de la sortie de crise et de la reconstruction post-conflit au Mali dont il a été question.

Après avoir remercié le partenaire japonais pour les gros efforts financiers déployés en faveur de notre pays, Dioncounda Traoré a brièvement fait le point du processus de Transition dans le pays qui a la ferme volonté d'organiser des élections crédibles et transparentes d'où sortiront des institutions légitimes. « Après la guerre, il nous faut gagner la guerre de  la paix et du développement », a schématisé le chef de l'Etat, sollicitant l'aide du Japon, afin de permettre au pays de construire une économie post-conflit. Il a insisté à ce propos sur l'interdépendance entre la paix et la sécurité. Une conviction entièrement partagée par le chef du gouvernement japonais qui a promis l'accompagnement de Tokyo au Mali dans sa volonté  de bâtir une société démocratique et prospère après avoir traversé tant d'épreuves.

Shinzo Abe a, au demeurant, salué le leadership de Dioncounda Traoré dans la recherche de la paix et du développement dans un contexte tendu marqué par l'avènement de nouvelles menaces pour la région du Sahel et bien au-delà. Il a précisé qu'une bonne partie du milliard d'aide annoncé pour soutenir les pays du Sahel sur cinq ans, ira au Mali qui vient de sortir d'une année d'occupation et de dures épreuves.

Soulignant l'importance du retour à l'ordre constitutionnel à travers des élections, Shinzo Abe juge que notre pays est sur la bonne voie au regard des assurances données par le président Dioncounda Traoré. Celui a sollicité le retour du personnel de l'ambassade du Japon à Bamako. Le Premier ministre a promis qu'il donnera des directives dans ce sens dans un bref délai. Rappelons que le personnel de la représentation diplomatique japonaise s'est replié à Paris depuis la sanglante prise d'otages dans un complexe gazier en janvier dernier en Algérie. L'attaque terroriste qui a fait 10 morts japonais a profondément marqué par sa barbarie, les esprits au Japon.

Envoyé spécial

S. TOGOLA

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TICAD V : LES PROMESSES DE YOKOHAMA 

Au terme de trois jours de travaux, les rideaux sont tombés hier sur la cinquième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD V) qui se déroulait à Yokohama et qui avait pour thème « Main dans la main avec une Afrique dynamique ». Cette rencontre ayant regroupé une quarantaine de chefs d'Etat et de gouvernement et des partenaires internationaux de l'Afrique, a mis l'accent sur la « croissance » de l'Afrique et abordé, lors de grandes discussions, l'économie, la société et la paix sous toutes leurs facettes.

En clôturant les travaux de la Conférence, le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, a salué la qualité du travail abattu par les participants pendant trois jours. « Par les discussions animées de chacun, nous avons pu confirmer notre volonté de marcher main dans la main pour que la croissance de l'Afrique rayonne aux quatre coins du continent », a apprécié l'hôte de la rencontre.

Fruit de cette décision, la « Déclaration de Yokohama » qui compile les trois jours de discussions, a relevé Abe. Le « Plan d'action de Yokohama 2013-2017 », quant à lui, guidera les actions concrètes à mener pour les cinq ans à venir.

Indiquant que la TICAD est un forum de devoir à remplir, Shinzo Abe a assuré que sur la base des textes adoptés par la rencontre, le Japon apportera son soutien en contribuant à la promotion des actions menées par l'Afrique elle-même. « Et nous nous engageons à tenir nos promesses, comme nous l'avons fait jusqu'à présent », a poursuivi le Premier ministre japonais.

« En outre, avec la coopération des pays donateurs, des organisations internationales, de nombreux acteurs du secteur privé ou encore de la société civile qui étaient présents à la conférence, j'aimerai que nous réalisions les objectifs visés par les textes adoptés », a ajouté le chef du gouvernement nippon.

Concernant les mesures prises par l'Afrique elle-même, ainsi que les soutiens du Japon, des pays concernés et des organisations internationales, il estime qu'il faut continuer à suivre régulièrement les progrès accomplis grâce au mécanisme de suivi de la TICAD.

« On a dit que la fin de toute chose constitue un nouveau départ. Un nouveau voyage en compagnie d'une Afrique dynamique commence dès aujourd'hui. Tous ensemble, main dans la main, j'aimerai que nous avancions d'une marche sûre et paisible avec pour objectif les 20 prochaines années, voire les 50 prochaines années », a invité Shinzo Abe.

Rappelons que cette TICAD 2013 a été marquée par l'annonce par le Japon de la mise à disposition d'une enveloppe supplémentaire de 32 milliards de dollars en faveur de l'Afrique. Cet effort conséquent est destiné à soutenir la croissance, le développement des infrastructures, des ressources humaines et de l'agriculture, la promotion du commerce et le développement des entreprises japonaises en Afrique.

Le président de la République par intérim, Dioncounda Traoré qui participait à la rencontre a quitté ce matin mardi Yokohama pour Paris où il assistera demain avec d'autres chefs d'Etat africains, à la cérémonie de remise du Prix Félix Houphouët-Boigny pour la paix au président français, François Hollande.

S. T.

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TICAD : SECURITE ET PAIX AUSSI AU C¼UR DES ENJEUX

 Le combat pour ces deux notions doit être mené au même titre que les efforts en faveur du développement

Tout le monde en convient : il n'y a pas de développement sans paix et n'y a point de paix durable sans développement. Les initiateurs de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD) ont intégré dans leur démarche, cette forte corrélation  entre les deux notions.  Dimanche, deuxième journée de la Conférence, il a été beaucoup question de paix, de sécurité et de lutte contre le terrorisme et d'autres formes de criminalité organisée.  C'était à la faveur d'une session thématique consacrée au renforcement de la construction de la paix.

Chefs d'Etat ou de gouvernement, ministres, chefs d'agences des Nations unies, représentants d'ensembles régionaux, ambassadeurs,  se sont retrouvés pour échanger sur cette thématique qui était essentiellement consacrée à la situation dans le Sahel en général et à notre pays en particulier.

Signe de l'intérêt général que suscite la situation dans notre pays, le président de la République était invité à faire un exposé sur le cas malien. Il était d'ailleurs le seul chef d'Etat ayant pris place au présidium au côté du Premier ministre japonais, Shinzo Abe. Celui-ci a comme à l'ouverture solennelle de la TICAD V, fait une intervention remarquée sur le terrorisme et annoncé d'importantes mesures pour aider les pays africains  dans leur combat pour la  sécurité, la stabilité et le développement

Avant d'annoncer ces mesures, le chef du gouvernement japonais était revenu sur la prise d'otage sanglante survenue sur le complexe gazier de In Imenas en Algérie en janvier dernier qui a fait une dizaine de victimes japonaises. Une tragédie qui a frappé le peuple japonais par sa violence. « C'est à travers ce drame que le Japon a pris de nouveau conscience du fait que la prospérité de l'ensemble de l'Afrique du nord-ouest et de l'Afrique subsaharienne passe indéniablement par la stabilité du Sahel. J'ai été ému à l'image de mes nombreux compatriotes suant sang et eau aux côtés des Africains dans cette région.  Le peuple japonais souhaite ardemment que le Sahel restaure la paix et la stabilité. Pour atteindre cet objectif, nous devons maintenant travailler main dans la main », a indiqué le Premier ministre japonais.

Dans cette optique, le Japon a décidé trois actions concrètes pour le Sahel  qui doit être relancé comme une zone d'espoir et de prospérité. Les actions portent sur la lutte contre le terrorisme, l'aide au développement et le dialogue.

Ainsi, Tokyo va fournir une aide d'un milliard de dollars, l'équivalent d'environ 500 milliards de  Fcfa sur 5 ans pour stabiliser et contribuer au développement du Sahel. « Nous sommes convaincus  que l'aide au renforcement des systèmes sociaux centrée sur l'alimentation, l'éducation et la santé, dans une optique de sécurité humaine ainsi que le soutien à l'autonomies des femmes et des jeunes relanceront les espoirs de développement économique dans la région et contribueront à la stabilisation régionale », a expliqué Shinzo Abe.

En même temps, le Japon soutiendra les pays du Sahel, afin  qu'ils puissent renforcer de manière autonome, leurs capacités en matière de lutte contre le terrorisme et assurer la sécurité. Dans ce cadre, 2000 personnes seront formées pour renforcer les capacités des départements de sécurité et de lutte contre le terrorisme.

Enfin, le Japon entend introduire un cadre de dialogue « multi-niveau » avec le Sahel afin d'établir des relations solides, tout en protégeant et en renforçant les activités des Japonais qui vivent et travaillent dans la zone.

Dans le sillage de l'intervention du Premier ministre nippon, le président de la République par intérim a fait son exposé sur la crise malienne. Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, il a témoigné de l'important apport, surtout financier, que le Japon a mis à disposition dans la gestion de la crise malienne. Dioncounda Traoré a rappelé que bien avant les efforts annoncés par le Premier ministre lors de la présente TICAD, Tokyo avait déjà fait preuve d'une grande générosité envers notre pays en annulant sa dette, en apportant 120 millions de dollars pour soutenir le déploiement de la MISSA, soit un 1/4 des fonds annoncés lors de la réunion des donateurs en janvier dernier à Addis Abeba.

Abordant la situation de notre pays, le chef de l'Etat dira que le Mali est un cas d'étude pour la paix et la reconstruction dont on doit tirer toutes les leçons pour faire face à d'éventuels autre cas de la même nature. Parlant des ingrédients qui ont alimenté le déclenchement de la crise au nord, il a expliqué que des facteurs comme les conditions de vie difficiles et les relations intercommunautaires tendues, l'arrivée d'anciens combattants de Lybie et la faiblesse de l'armée malienne  ont constitué des terreaux favorisant l'occupation des régions du nord avec son lot d'exactions commises par les groupes armés.

Dans tous les cas, au-delà du Mali, c'est l'ensemble des pays de la sous-région qui était menacé. Or la crise malienne a justement mis en lumière le manque criard de moyen au niveau de l'ensemble de nos pays. D'où la nécessité d'inverser cette tendance avec l'accompagnement de la communauté internationale. La plupart des intervenants ont insisté sur l'impérieuse nécessité de cet accompagnement et d'unir les efforts pour faire face de façon globale au terrorisme, à la piraterie dans le Golfe de Guinée et à toutes les autres nouvelles formes de menaces.

Envoyé spécial

S. TOGOLA

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Afrique-Japon : UNE LONGUE HISTOIRE 

Malgré l'éloignement géographique, les premiers contacts entre Africains et Japonais remontent à très loin dans le temps

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le Japon comme d'autres nations d'Asie entretient avec l'Afrique des relations anciennes. Au moment où Africains et Japonais sont réunis à Yokohama pour la 5è conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique, il n'est pas futile de revisiter brièvement les premiers contacts de l'Empire du soleil levant avec notre continent.

Selon Aicardi de Saint Paul Marc, universitaire et chercheur français, citant des sources historiques disponibles, il semblerait que les premiers contacts entre Asiatiques et Africains remontent au Xè siècle avant JC, lorsque débuta le commerce sino-égyptien. Mais ce sont les expéditions maritimes arabes et européennes qui vont servir d'accélérateur à ces échanges intercontinentaux.

À l'occasion de ces déplacements d'hommes et de marchandises, explique le chercheur français membre de l'Académie de sciences d'Outre-Mer, les marchands, surtout arabes et portugais, acheminèrent un nombre significatif d'esclaves noirs en Asie entre le IVè et le XIVè siècles. Les navigateurs portugais établirent même un centre de distribution d'esclaves à Canton vers l'an 300. À la faveur de ces expéditions maritimes, l'islam commença à se répandre en Asie sous la dynastie Suy. Un millénaire plus tard, dans la première moitié du XVIIè siècle, nombreux furent les esclaves présents au Japon qui s'établirent à Nagasaki.

Mis à part ces premiers contacts indirects et relativement limités, la véritable première rencontre entre Japonais et Africains se fit plus récemment, à la fin de la période Ashikaga (1335-1573). Toujours selon la même source, à cette époque-là, la soif d'épices, de soie, de sucre, d'esclaves et d'âmes à convertir avait conduit les Portugais en Extrême-Orient. C'est dans cette région qu'ils côtoyèrent les aventuriers nippons qui y sévissaient et c'est vers 1510 que les Japonais et les esclaves noirs se rencontrèrent pour la première fois à Goa (Inde). Pendant la période Azuchi-Momonyama (1573-1673), les Japonais s'accoutumèrent à voir les Portugais accompagnés de gardes du corps et de serviteurs noirs. Ces derniers suscitaient d'ailleurs à la fois curiosité et admiration de la part des Asiatiques. Toutefois, vers la fin du XVIè siècle, les Japonais manifestèrent leur hostilité envers l'esclavage et, dans les premières décennies de l'ère Edo ou Tokugawa (1603-1867), l'archipel se ferma progressivement aux influences étrangères. Néanmoins, des liens continuèrent à se tisser avec les esclaves noirs présents dans le pays.

Il fallut attendre la fin du XVIè siècle pour que les premiers Japonais foulent le sol africain pour la première fois. Ce fut à l'occasion du voyage en Europe entrepris en 1586 par de jeunes nobles de Kyushu, invités à Rome par des jésuites italiens. Dans un premier temps, ils firent une escale au Mozambique pendant six mois, puis s'attardèrent au Cap avant de remonter vers leur destination finale. Mais c'est surtout cette colonie qui tissa véritablement des liens durables entre le Japon et le continent noir. Jan Van Riebeek, qui est considéré comme l'un des fondateurs de l'Afrique du Sud sous colonisée, était initialement basé à Nagasaki pour le compte de la Compagnie des Indes néerlandaises durant les années 1647-1648, avant de s'établir au Cap de Bonne Espérance en 1652. En 1860, une mission japonaise de retour des États-Unis fit escale en Angola et sur l'île de Saint-Vincent. En décembre de la même année, trois officiels japonais et leur suite, envoyés en émissaires en Angleterre, effectuèrent une halte de plusieurs jours à Suez (Egypte). Ce serait d'ailleurs à l'occasion de ce voyage que les Japonais découvrirent le chemin de fer. À la faveur de l'ère Meiji, en 1868, le Japon s'ouvrit non seulement à l'Europe et à l'Amérique, mais également à l'Afrique. Celle-ci allait ainsi passer du statut d'escale obligée à celui de destination à part entière et, malgré l'ouverture du canal de Suez en 1869, nombreux furent les Japonais qui visitèrent des ports comme Mombassa au Kenya, le  Cap et Luanda. C'est à partir de ces points d'appui que, quelques décennies plus tard, les Japonais commencèrent à prospecter le continent, déjà à la recherche de matières premières et de marchés d'exportation.

Force est de constater que, pendant la période précoloniale, les relations entre le Japon et l'Afrique, bien qu'anciennes, furent plutôt faibles et décousues. Le Japon, qui ne prit pas part au dépeçage de l'Afrique, s'y infiltra quand même de façon discrète à la faveur de l'irruption et de l'installation des Européens tant pendant la période coloniale que dans les années qui suivirent.

Entre le congrès de Berlin de 1885 et la division du monde en deux blocs après le second conflit mondial, le Japon réussit à y maintenir un certain nombre de liens. S'il eut un rôle politique assez effacé pendant toutes ces années, il fut assez actif dans le domaine économique.

C'est ainsi qu'il profita des traités relatifs au bassin du Congo. Mais c'est surtout avec l'Afrique du Sud que les relations bilatérales furent le plus fructueuses. Dès 1908, les Japonais faisaient escale au Cap, alors qu'ils étaient en route vers l'Amérique du Sud. D'ailleurs, avant que la colonie du Cap ne devienne l'Union sud-africaine, un consul honoraire, Julius Jeppe, y représentait le Japon. Dès 1930, les Japonais purent jouir d'un statut particulier, puisqu'ils furent désormais considérés comme des « Blancs d'honneur ». Ce statut dérogatoire à l'Union Immigration Act de 1913 leur permit également d'échapper aux discriminations imposées aux « Non-Blancs », bien avant que le National Party ne légifère sur l'apartheid en 1948.

La période de l'après-guerre qui s'étendit jusqu'à la fin des années 1950 vit la marge de man½uvre diplomatique du Japon être limitée, puisque l'archipel passa d'une quasi administration directe par les États-Unis à une « liberté surveillée » jusqu'au début des années 1960. Ce n'est qu'à partir de la vague des indépendances des années 1960 que le Japon commença timidement à intervenir sur le continent pour monter progressivement en puissance.

S. T

L'essor

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