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TUNISIE : Démocratie ? Oligarchie ? Anarchie ? Dictature ?

Par Ridha Ben Kacem

Naïvement, nous avions cru, au lendemain du 14 janvier 2010, que notre récompense, pour les violents et pacifiques ( ce n'est pas une contradiction ) efforts fournis, durant un mois, pour déboulonner ZABA, allait être la DEMOCRATIE. Nous avions, à l'époque, déjà, si lointaine, deux idées bien arrêtées de la démocratie . Ce qu'en disent les livres et les écrits, notamment, des anciens grecs, et ces belles images de l'occident que nous montrait la télé. Pour être juste, nous avions tous, aussi, à la tête, un beau slogan : « La liberté de chacun commence et finit là ou s'arrête et commence la liberté d'autrui ». Deux ans et demi après, en ce début d'été 2013, on ne connait encore de la démocratie que ce que les urnes nous avait livré, un certain 23 octobre 2011. L'on sait ainsi, que le principal outil de la démocratie, ou du moins ce que l'on a toujours pris pour tel, c'est-à-dire, les élections, n'est pas forcément, garant de la démocratie. Nos manuels d'histoire nous avaient bien prévenu, s'agissant de Hitler, mais c'était théorique et assez vieux. Personne n'y avait pensé, vraiment, personne n'y avait prêté attention.

L'on sait maintenant, avec certitude, que rien n'empêche des antidémocrates d'accéder au pouvoir, à la faveur d'élections démocratiques et l'on sait également, que le prochain scrutin que chacun appelle de tous ses v½ux, risque fort bien d'aboutir aux mêmes résultats. En la matière, comme en toute autre, les mêmes causes conduisent toujours, aux mêmes effets. Qui pourrait croire, dans ce cas, que, les causes étant absolument les mêmes, qu'à la veille du scrutin du 23 octobre 2011, la démocratie serait au rendez-vous, au lendemain des prochaines élections ?

Qu'est-ce qui cloche, finalement, dans notre démarche postrévolutionnaire ? Pourquoi sommes-nous incapables d'instaurer la démocratie ? Car il faut bien comprendre, que nous sommes devant un dilemme. Aujourd'hui, une bonne majorité des tunisiens, savant qu'il faut confier les rênes du pays, aux bonnes compétences. Ils savent, aussi, qu'aucun processus électoral, ne garantit, l'arrivée de ces compétences au pouvoir. Voudrait-on les imposer à la tête de l'Etat, par un procédé non démocratique, des « élites propres »,pour instaurer la démocratie ? Voudrait-on, au contraire, laisser s'exprimer la volonté du peuple, à travers un scrutin libre et démocratique, qui ne garantit nullement, l'arrivée des démocrates au pouvoir ?

Pour ceux qui croient encore naïvement, que les forces démocratiques ont eu le temps de s'organiser, après avoir tiré les enseignements utiles du précédent scrutin, je voudrais leur rappeler que les causes n'ont vraiment pas changé, dans le pays. Il existe, encore, dans en Tunisie, un gros tiers de la population qui n'a jamais entendu parler de démocratie pour cause d'illettrisme chronique et patent. Ce n'est pas leur faute, bien entendu, mais n'oubliez pas que pour ces gens simples, la seule référence qui leur convient est celle qui les conforte dans leur quotidien de personnes vivant dans le chemin que leur a tracé Dieu. Tout autre discours leur passe au dessus de la tête, voilà tout.

Sans entrer dans le détail, je vous dirais, que même les vielles démocraties, se posent, aujourd'hui, des questions, à propos du fonctionnement de leurs institutions démocratiques. Certains, comme Jacques Attali, vont jusqu'à penser que pour sauver la démocratie, il faut tenter de concilier le meilleur des systèmes démocratiques (la protection des libertés, la transparence des votes et le suffrage universel), avec le meilleur des systèmes méritocratiques (la capacité à sélectionner des dirigeants de haut niveau et à leur donner les moyens et le temps de penser et de décider en fonction des intérêts du très long terme).

On pourrait, par exemple, imaginer construire, en parallèle aux institutions démocratiques locales, des assemblées consultatives, composées de gens choisis parmi les militants de tous les partis démocratiques, pour leur désintéressement et leur préoccupation du long terme. Ces assemblées nommeraient des responsables à des niveaux plus élevés, jusqu'à constituer une Assemblée consultative nationale, en charge de conseiller les pouvoirs démocratiques, sur l'importance des enjeux du long terme. Ces assemblées seraient désignées pour dix ans, et leurs membres ne seraient pas rééligibles. Voilà la proposition de Jacques Attali.

Si l'on veut sauver l'essentiel de la démocratie, c'est à de telles audaces qu'il faut commencer à réfléchir, nous dit Jacques Attali. Comme à chaque crise grave, en Occident, se repose, de nouveau, la question de la crédibilité de la démocratie. Cette question s'est invitée dans différents débats, à la faveur de la crise économique et financière, qui secoue l'Occident. L'on se rend bien compte, à tous les niveaux, que la crise actuelle est la conséquence des dérives de gouvernance que l'on croyait, pourtant, définitivement, sous contrôle. Pour beaucoup de penseurs, la démocratie est en cause et certains s'empressent déjà, de la remettre en cause, Au nom de valeurs considérées comme supérieures aux systèmes politiques que sont la nation, la géostratégie, ou encore, la religion.

Existe-t-il un choix, autre que le choix exprimé et le choix imposé? En d'autres termes, peut-on éviter, à la fois, la dispersion de la démocratie et le charme désuet, des partis uniques ? Il semble bien que oui, si l'on en croit Jacques Attali. Pour lui, il suffit de construire, en parallèle des habituelles institutions démocratiques, de nouvelles assemblées consultatives, composées de gens choisis, qui nommeraient des responsables à des niveaux plus élevés, ces derniers constitueraient une assemblée consultative nationale, en charge de conseiller les pouvoirs démocratiques. Ces assemblées seraient, toujours, selon Jacques Attali, destinées à équilibrer des pouvoirs politiques qui seraient mieux en mesure d'exécuter leur mission: La gestion de la « cité ».

Il ajoute qu’il y a urgence à ce que des « sages »prennent le relai des politiques élus, car les risques seraient réels, puisque « les multiples fondamentalismes sont présents et ils rodent autour du lit de la démocratie ».Il conclut: « Si on veut sauver l'essentiel de la démocratie, c'est à de telles audaces qu'il faut commencer à réfléchir ». Il faut lire entre les lignes, pour comprendre la portée, réelle, de cette proposition. L'on pourrait traduire cela ainsi: « NOUS allons devoir confisquer un pan de la démocratie, pour permettre à des gens mieux « choisis », de diriger nos pays ».Si l'on y réfléchit un peu, cela porte un nom : OLIGARCHIE.

UTOPIE ? Pas tant que cela et je vais vous donner, tout de suite, deux exemples édifiants. La Tunisie est allée demander de l'aide, au FMI.Que fait le FMI ? Il répond « OUI, MAIS ». Ce mais signifie, à peu près cela : « Vous ne savez pas gouverner, la preuve vous êtes venus nous chercher. Maintenant asseyez vous et écoutez. Voici une recette que vous allez appliquer pour vous en sortir. Si vous le faite on met à votre disposition l'argent, pour vous permettre de vous en sortir ».Vous avez, bien sûr, compris que le FMI joue, ici, le rôle d'une institution de « sages». Que vous soyez d'accord ou pas avec la recette, importe peu. Autre exemple : Les différentes instituions de l'Union Européenne, qui interviennent auprès des pays européens, au point de limiter souvent, leur souveraineté. Rappelez-vous le récent exemple de la Grèce, dont la gouvernance a pratiquement, été confisquée, à la fois par l'UE et par le FMI. Vous croyez, toujours, que c'est de l'Utopie ?

Il y a pourtant, en dehors de la troisième voie, proposée par Jacques Attali, une autre solution que la confiscation des élections par des « sages »,autoproclamés ou appartenant à des corporations financières internationales, auxquels les politiciens «soumettraient » leurs peuples et leurs pays, au nom de futiles réélections. En effet, dans des pays, comme par exemple, la Chine de Jintao et Jinping, la Russie de Poutine, la Turquie d'Erdogan ou le Venezuela de feu Chavez, des élites « d'un nouveau genre» jouissent, majoritairement, du soutien de leurs peuples pour accomplir la mission qui est la leur: Faire de leurs pays des états puissants et souverains, capables de résister, tant aux déstabilisations financières internationales, qu'aux provocations militaires des puissants, tout en assurant leur développement économique et social. Quel nom donner à cette quatrième voie?

La solution en Tunisie, n'est sans doute pas, la confiscation d'une démocratie naissante et déjà en voie de disparation, car il n'y a en fait rien à confisquer. Rien à restituer, non plus. Tout est à concevoir à et bâtir. La Solution en Tunisie, serait de....

Par Ridha Ben Kacem le 4 juin 2013

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