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Le pouvoir tunisien est tenté de banaliser les violences

Doyen de la faculté des lettres de la Manouba, à Tunis, Habib Kazdaghli est l'un des hérauts de la résistance à l'ordre islamique qui tente à s’installer en Tunisie .

Porte-drapeau d'une société qui se voit moderne et ouverte, l'universitaire tunisien Pr Habib Kazdaghli était , vendredi 31 mai , de passage à Bordeaux en France, invité par l'Association des Tunisiens en France d'Aquitaine (ATF Aquitaine), l'Association les amis de la République en Aquitaine (Lara) et l'Association du lien interculturel, familial et social (Alifs). Historien Habib Kazdaghli s'est rendu célèbre en s'opposant aux menées des barbus islamistes salafistes . Deux étudiantes en niqab avaient saccagé son bureau en mars 2012. L'une d'elles l'avait accusé de l'avoir giflé, ce qui a entraîné une longue poursuite judiciaire contre Habib Kazdaghli. Il a finalement été relaxé le 2 mai dernier, mais le parquet ,sous la houlette des islamistes  a fait appel et il risque encore la prison .

Le journal« Sud Ouest » lui a posé quelques question auxquelles il a répondu . Nous reprenons cet entretien .

S.O : Quel regard portez-vous sur cette affaire ?

Habib Kazdaghli. Il s'agit, de la part du pouvoir, d'une tentative grotesque d'instrumentalisation de la justice. À preuve la requalification juridique des faits qui m'étaient reprochés. De « violences légères », on est passé à « abus de pouvoir de la part d'un fonctionnaire », un délit passible de cinq ans de prison ! Mon procès, qui a consisté en sept audiences étalées sur une durée de dix mois, est devenu emblématique pour la société civile. Un baromètre du rapport de forces entre un pouvoir tenu par les islamistes et les forces modernistes de la société tunisienne. Ennahda (NDLR : le parti religieux au pouvoir) avait feint de nous renvoyer dos à dos, comme s'il s'agissait d'une querelle entre moi, le « fondamentaliste laïc », et les salafistes. Cette thèse a volé en éclats.

S.O : Comment expliquez-vous que le parquet ait interjeté appel de votre relaxe ?

Tout part d'une volonté politique de contester la victoire judiciaire de l'université. Car il ne s'agit pas de ma victoire. On a voulu mettre l'université au pas et on n'y est pas parvenu. Son autonomie a été préservée, la valeur du règlement édicté par son Conseil scientifique consacrée : on ne doit pas venir en cours en niqab. Ça, le parti politico-religieux au pouvoir ne le supporte pas.

S.O : Les récents affrontements entre la police et les salafistes ne marquent-ils pas un changement de cap du pouvoir ?

Pas forcément. Rappelons-nous que le procès des assaillants de l'ambassade des États-Unis à Tunis a débouché sur des condamnations de deux ans d'emprisonnement avec sursis. Sur les 20 accusés, 11 comparaissaient libres. Le jugement est très clément, et les États-Unis ne s'y sont d'ailleurs pas trompés. Le pouvoir est tenté de banaliser les violences salafistes, qu'il s'agisse de la découverte d'armes de guerre dans la banlieue de Tunis ou des exactions sur le mont Chaambi (NDLR : des salafistes ont déposé des mines artisanales qui ont grièvement blessé des militaires). En même temps, on peut penser que les lignes bougent.

S.O : La situation est-elle normalisée sur le campus de la Manouba ?

Normalisée mais précaire. Notre première session d'examens s'est tenue sans incident entre le 6 et le 11 mai. Aucune étudiante ne s'est présentée en niqab.

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