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Congrès annuel de la Banque africaine de développement à Shangaï, en 2007. Reuters/ Aly Song
Congrès annuel de la Banque africaine de développement à Shangaï, en 2007. Reuters/ Aly Song

Et si la Chine aidait vraiment l'Afrique

La Chine est devenue en 2009 le premier partenaire commercial de l’Afrique. L'Afrique doit-elle avoir peur de la puissance chinoise? Doit-elle redouter une nouvelle forme de colonisation? Voici 5 raisons de croire à un nouveau partenariat.

Mise à jour du 22 octobre 2012: Pékin a annoncé le 22 octobre avoir émis une protestation officielle auprès de Lagos après qu'un ouvrier du bâtiment chinois a été abattu le 19 octobre dans le nord-est du Nigeria.

"Le ministère chinois des Affaires étrangères attache une grande importance à cette affaire", a déclaré le porte-parole de la diplomatie chinoise, Hong Lei.

La Chine a transmis une "protestation" par le canal diplomatique, "exigeant que le Nigeria prenne des mesures concrètes pour assurer la sécurité des ressortissants et des organismes chinois", a-t-il précisé.

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Raison numéro 1: Pékin redonne à l’Afrique un rôle et une dimension sur l’échiquier international

Ceux qui n’ont pas connu la guerre froide ne savent pas que jusqu’à l’effondrement de l’URSS (décembre 1991), l’Afrique était courtisée par les pays qui formaient les deux blocs. L’ONU était un champ de bataille où chaque voix comptait. Les Etats-Unis et l’Europe de l’Ouest d’un côté, et le bloc soviétique de l’autre passaient leur temps à choyer les pays du Sud, et notamment les Etats africains, en quête de soutien. L’Afrique avait un poids dans les enceintes du monde.

Après 1991, tout change. Plus besoin de courtiser en permanence l’Afrique, l’hyperpuissance américaine règne en maître. L’irruption de la Chine, devenue la deuxième puissance économique de la planète, redonne à l’Afrique une visibilité diplomatique. D’un côté, Pékin se veut l’avocat des pays africains, y compris les «bad boys»; de l’autre, les grandes puissances occidentales courent derrière leurs alliés traditionnels qui ne se privent pas de faire jouer la concurrence diplomatique.

Raison numéro 2: la Chine contribue à faire bondir les cours des matières premières

Si Pékin aime tant l’Afrique, c’est avant tout parce qu’elle y trouve les matières premières dont elle a besoin pour son développement. Ses achats sur ce marché étant de plus en plus massifs, la Chine contribue à l’augmentation des prix. Avec un baril de pétrole à plus de 100 dollars (69 euros), un cours du cuivre qui a triplé en deux ans et des matières premières chaque jour plus chères, l’Afrique perçoit des flux financiers de plus en plus importants. Certes, les dirigeants africains doivent se méfier des capitalistes de l’empire du Milieu qui n’hésitent pas à recourir aux crédits gagés, comme le dénonce depuis quelques années le FMI. En gros, Pékin prête des milliards en échange de concessions minières ou de parcelles forestières.

Afin de profiter au mieux de l’envolée des cours des matières premières, les dirigeants africains doivent veiller à ne pas brader leurs ressources. Une prise de conscience commence à voir le jour, et les institutions de Bretton Woods ainsi que les partenaires traditionnels de l’Afrique, soucieux de contrebalancer le pouvoir grandissant de la Chine, aident les Etats à mieux gérer leur relation avec Pékin.

Raison numéro 3: la Chine attire une concurrence en Afrique

Les Chinois ne sont pas les seuls à avoir (re)découvert l’Afrique au début du 21e siècle. Dans le sillage des capitalistes rouge de l’empire du Milieu, on voit désormais débarquer les Turcs, les Russes (encore que timidement) et surtout les Indiens, les Saoudiens, les Sud-Coréens, etc. L’Afrique a beaucoup à y gagner. Ces pays qui disposent tous de ressources financières importantes sont à la fois de nouveaux pourvoyeurs d’aide bilatérale et aussi des investisseurs pressés. Ainsi, en multipliant les partenaires économiques, les pays africains multiplient les possibilités d’investissement.

Raison numéro 4: la Chine finira bien par délocaliser ses industries en Afrique

Pourquoi les dirigeants Africains ne mènent-ils pas une politique «à la chinoise»? Dans les années 90, lorsque Pékin s’est ouvert aux investisseurs étrangers, le Parti communiste a fixé des règles, devenues depuis intangibles. Pékin exige qu’une partie de la production étrangère écoulée en Chine soit fabriquée localement. Elle impose que les entreprises occidentales s’associent à un partenaire chinois à qui sera donné, dans la plupart des cas, la majorité du capital de la coentreprise ainsi créée. Voilà comment en vingt ans, l’industrie chinoise a explosé.

Les dirigeants africains auront-ils le courage d’appliquer un tel modèle? Déjà, les choses bougent d’elles-même. En développant les zones de coopération économiques spéciales  (ZES) dans six pays d’Afrique, la Chine reproduit le modèle qui a permis à Shenzhen de devenir en trente ans l’un des piliers de l’économie chinoise. La zone qui se crée en Egypte servira aux entreprises chinoises à réexporter vers l’Europe et les Etats-Unis, profitant pour ce faire des accords économiques liant Le Caire à ses partenaires occidentaux. Des industries chinoises peuvent donc s’implanter sur le continent. Aux Africains de décider s’ils obtiendront ou non des transferts de technologie.

Raison numéro 5: la Chine n’applique pas un modèle colonial

Bien entendu, Pékin défend ses intérêts. Prendre des marchés, acheter des matières premières au meilleur prix, écouler ses produits… Elle tisse petit à petit des liens de dépendance financière vis-à-vis de ses partenaires. En cela, elle ne diffère pas des autres puissances. Mais son histoire africaine est radicalement différente de celles des pays européens. Elle ne s’impose pas à coups de baïonnettes ou de canon, comme l’ont fait les colonisateurs. De plus, beaucoup de dirigeants commencent à comprendre que les Chinois peuvent être mis en concurrence. Aussi, il n’est pas évident que la Chine, malgré ses nombreux atouts, puisse aussi facilement que cela s’imposer à des états africains encore fragiles.

Alex Ndiaye

 

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