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‘‘NOTRE APPORT DE TOUS LES JOURS EST DONC UN SOUTIEN POLITIQUE À LA RECHERCHE DE LA PAIX’’, DIXIT M. ZIGUELE

Le Confident: Après des moments de turbulence, la sécurité semble s'établir peu à peu. Que faire selon vous pour que la situation se normalise ?
Martin Ziguélé: Je voudrais tout d'abord vous remercier de m'accorder une fois de plus votre tribune pour m'adresser à vos lecteurs. À nouveau, je renouvelle à l'endroit de tous nos compatriotes durement frappés par les derniers évènements l'expression de ma totale compassion, ainsi que de ma totale solidarité.

Compte tenu des très fortes tensions internes consécutives à la signature des Accords de Libreville, et sur lesquelles je ne reviens pas, le changement du 24 mars 2013 a été suivi de grandes turbulences unanimement décriées et condamnées, y compris par les nouvelles autorités. Depuis lors des efforts sont accomplis tous les jours, en premier lieu par des centrafricains de bonne volonté provenant de tous bords, par des gouvernants et des gouvernés, ainsi que par les pays frères de la CEEAC et la France, qui dans le cadre de la MICOPAX, se sont mobilisés pour renforcer leur présence tous les jours sur le terrain afin de mettre fin à la violence gratuite. Des efforts très importants ont été également fournis par les organisations internationales telles que l'Union Européenne, l'Union africaine et les Nations Unies pour soutenir les efforts de retour à la paix et à la sécurité. Je saisis cette occasion pour les en remercier du fond du c½ur.

Si la sécurité semble se rétablir peu à peu comme vous le soulignez, surtout à Bangui, beaucoup reste à faire dans l'arrière-pays. J'ai toujours l'habitude de demander que nous comptions d'abord sur nos propres forces, avant de nous tourner vers l'extérieur pour tout complément de soutien, puisque la responsabilité de protéger notre pays et nos concitoyens est un point de souveraineté. C'est pour cela que je suis résolument pour la reprise effective des activités des forces armées centrafricaines mixées, et leur montée en puissance dans tout le pays, afin de ramener la paix et la sécurité. La MICOPAX dont l'effectif est prévu monter à 2000 hommes grâce à nos pays frères de la CEEAC et à la France avec un important financement de l'Union européenne, et que nous saluons, a vu son mandat initial de force d'interposition évoluer vers celui d'une force de protection pour imposer la paix. Cela permettra de maximiser la pression sur les éléments incontrôlés de tout bord afin que notre pays retrouve la paix et la sécurité.

Ensuite, il faut penser à assurer la sécurité de notre pays à long terme. Il faut saisir l'occasion du renforcement de la MICOPAX, et le cas échéant son éventuelle transformation en force de l'Union Africaine sous mandat de l'ONU pour procéder définitivement à la Réforme du Secteur de Sécurité, que BOZIZE n'a jamais voulu faire, causant ainsi la fragilisation des FACA dont il se méfiait, avec les conséquences que vous connaissez. Il faut planifier et exécuter sur le long terme la création d'une véritable Armée Nationale unie, professionnelle et apolitique qui pourra protéger notre pays et ses habitants.

Quels ont été les apports du Collectif des partis politiques auquel vous appartenez ?
Je souhaite rappeler à ceux qui ont tendance à falsifier l'histoire que le Collectif de l'Opposition Démocratique, avant et après la mascarade électorale de janvier 2011, a toujours été à la pointe de la lutte politique démocratique contre la dictature de François BOZIZE, dont beaucoup se sont accommodés, en nous prenant même à partie pour complaire au despote déchu. Toujours après cette mascarade électorale, nous avons été seuls au sein du FARE 2011 à réclamer l'annulation des élections et leur reprise, et beaucoup de bonnes âmes d'aujourd'hui nous vouaient aux gémonies. Quand la rébellion de la Séléka a éclaté, nous avons encore été les seuls partis politiques à réclamer à Libreville, comme la Séléka, le départ de François BOZIZE. Des marches ont été organisées ici à Bangui pour demander qu'il soit réservé à Nicolas TIANGAYE et à moi-même le même sort qu'à Charles MASSI, dès notre retour de Libreville. Je rappelle tout cela pour dire que l'engagement du Collectif pour une RCA démocratique, en paix et en sécurité à l'intérieur de ses frontières, est constant et non circonstanciel ou intéressé. Nous encourageons le gouvernement à se concentrer sur tout ce qui peut être fait pour que la paix, dans la liberté retrouvée soit une réalité quotidienne en RCA. Notre apport de tous les jours est donc un soutien politique à la recherche de la paix, dans le respect des libertés individuelles et collectives, de l'intégrité des personnes et de leurs biens.

Vos relations avec le Premier ministre, chef du Gouvernement de transition se sont-elles améliorées ?
Les relations du Collectif de l'Opposition Démocratique avec le Premier Ministre sont excellentes et constantes. Nous l'assurons à nouveau de tout notre soutien qui ne lui a d'ailleurs jamais fait défaut, surtout en ces moments difficiles. Comme cela se doit entre démocrates, nous restons vigilants sur les principes fondateurs des Accords de Libreville, et sur ce que nous estimons être l'intérêt général. Nous discutons de tout sans tabous, et puisqu'il est le Premier Ministre du Gouvernement d'Union Nationale de Transition, nous l'encourageons tous les jours à renforcer la concertation sur tous les sujets avec le Chef de l'Etat et le Président du CNT, ainsi qu'avec tous les compatriotes à travers les différentes entités, pour une conduite harmonieuse, apaisée et consensuelle de cette période délicate.

Vos fréquentes absences de Bangui, n'ont-elles pas de répercussions sur le fonctionnement de votre parti ?
Je vous prie de me croire, je ne me déplace que par nécessité. Comme fort heureusement le MLPC ne se résume pas à ma modeste personne, le parti fonctionne normalement lorsque je suis appelé à m'absenter pour quelques jours du pays. Les membres du Bureau Politique du MLPC continuent à se réunir et à travailler, ainsi que les bureaux des femmes du MLFC et des jeunes du MLJC. Du reste, mes absences sont motivées par des impératifs politiques comme présentement où je suis venu à Leipzig en Allemagne pour répondre à l'invitation du Parti Social Démocrate Allemand (SPD) qui a célébré son 150ème anniversaire, et aussi pour participer à la première réunion de l'Alliance Progressiste Mondiale dont le MLPC est devenu de ce fait membre fondateur, aux côtés de plus de 140 partis progressistes du monde, dont le SPD allemand et le PS français.

Comment se positionne le MLPC ? Est-il de l'opposition ou de la majorité présidentielle ?
Le MLPC, comme les autres partis frères du Collectif, nous étions dans l'opposition contre le régime de François BOZIZE. Celui-ci est parti le 24 mars 2013, dix ans jour pour jour après son coup d'Etat du 15 mars 2003. Nous sommes désormais dans une période transition, dirigée par un Exécutif de transition et notamment un gouvernement d'union nationale dont le MLPC, membre du Collectif de l'Opposition Démocratique, fait partie. Nous soutenons bien évidemment le processus de transition, par conséquent les considérations initiales doivent être repensées. C'est pour cela d'ailleurs qu'au sein du Collectif, nous réfléchissons à une nouvelle charte définissant notre vision.

Le cas de la composition du Conseil national de Transition, demeure un cas de conscience, qui soulève des contestations. Selon vous, chef de parti, comment régler cette question ?
Je voudrais dire que l'engouement constaté pour entrer au CNT de la part de nombre de nos compatriotes, est bon signe pour notre pays, et pour son avenir. Au- delà des inévitables démarches de satisfaction des besoins personnels qu'on peut noter ici et là, cet engouement démontre la grande soif d'expression des différentes couches de la société centrafricaine qui n'avaient pas droit à la parole hier sous BOZIZE, car le discours dominant sous ce despote était violent et exclusif. Naturellement, aujourd'hui, avec le départ de BOZIZE les centrafricains veulent se réapproprier leur destin, et dans cette période des « cent fleurs » comme on le disait pendant le Révolution culturelle en Chine, les élus seront toujours moins nombreux que les aspirants, d'où ces problèmes récurrents de représentativité au CNT. Je fais donc confiance aux vertus de la palabre africaine, pour accorder les violons de uns et des autres comme le Premier Ministre l'a annoncé, afin que cette situation soit réglée, et que tous unis, nous nous préoccupions de la paix et du pain des centrafricains.

Avez-vous rassuré vos militants quant à l'accusation de votre proximité avec la Coalition Séléka ?
Je vous remercie pour cette question qui me donne l'opportunité de situer vos lecteurs.
En effet, tout se passe comme si après les élections présidentielles de 2005, François BOZIZE n'a jamais pardonné au MLPC et à moi- même de l'avoir contraint à un second tour. Malgré ma reconnaissance de sa victoire pour apaiser le pays, François BOZIZE a commencé dès 2006 à m'accuser régulièrement de fomenter des coups d'Etat contre lui et de financer des rébellions. En juillet 2006, je m'apprêtais à rentrer à Bangui après un séjour en France quand il fit convoquer mes camarades du Bureau Politique pour leur dire que je voulais attaquer Bangui avec les soldats de Jean-Pierre BEMBA pour prendre le pouvoir. Devant nos protestations, ces accusations sont demeurées sans suite. Mais ce n'était qu'un répit. En septembre 2007, il me fit convoquer par le Doyen des juges d'instruction du Tribunal de Grande Instance de Bangui pour m'entendre sur procès-verbal au motif que j'aurais financé des rebelles vers Bria, toujours sans preuves et sans suite. En juillet 2008, François BOZIZE demandera à Monsieur François Lonseny FALL, ex Représentant du BINUCA à Bangui, de me dire qu'il est informé des distributions d'armes que j'effectue dans Bangui et qu'il me fera arrêter si je continuais. Enfin, la dernière fois ce sera en 2010 où il me fera convoquer par l'ancien Premier Ministre TOUADERA en présence des Ministres MALIKO et OUANDET. Ce dernier lira en ma présence et celle des membres de notre Bureau Politique qui m'accompagnaient, une fiche de renseignements m'accusant de préparer un coup d'Etat contre BOZIZE, avec des « Blancs à l'Elysée » (sic). Donc, voyez-vous, il s'agissait d'une véritable fixation paranoïaque de cet homme contre le MLPC et contre moi-même, bien avant l'apparition de la Coalition Séléka.

Quand la rébellion de la Séléka s'est déclenchée, BOZIZE a accusé le monde entier de conspirer contre lui : les Français à cause du pétrole et de l'uranium, l'américain Jack Gynberg à cause du pétrole, les pays voisins membres de la CEMAC et notamment le Tchad et le Congo pour des motifs non déclarés, les pays arabo-islamiques, nos compatriotes de confession musulmane, l'opposition démocratique, les FACAS, etc. etc. Il a accusé le monde entier d'en vouloir à son régime, et donc la liste des accusés était longue au tribunal public de la place du PK0 à Bangui. C'est dans ce contexte qu'il a aussi déclenché la campagne d'intoxication, qui continue d'ailleurs, contre le MLPC et contre moi-même, qui serions les complices de la Séléka. Les accusations de BOZIZE devaient se porter contre lui-même, car comme l'araignée dans nos contes il a patiemment tissé les toiles de la haine et de l'exclusion dans lesquelles il s'est fait prendre. Pourquoi n'est -il pas resté dans son palais pour se battre comme d'autres l'ont fait ailleurs dans des cas similaires? C'est facile d'accuser le MLPC de tous les péchés d'Israël mais il faut des preuves ou des commencements de preuve pour étayer ses accusations.

En tant que Président d'une formation politique, comment voyez-vous l'avenir de la Transition.

L'avenir de la transition dépend du patriotisme des centrafricains, et de notre sens de l'intérêt général. Si nous privilégions l'intérêt général de notre pays et de notre peuple, il n'y a aucune raison que la transition ne réussisse pas. Nous devons donc recréer très rapidement les conditions sécuritaires nécessaires au retour de la confiance, pour la restauration de l'Etat et la relance de l'économie.

Pensez-vous que le Premier ministre réussira la mission ?
Ne personnalisons pas la situation de notre pays : Ce n'est pas le Premier Ministre seul, en tant que personne physique, qui doit réussir mais notre pays et tout notre peuple dans son ensemble. C'est une responsabilité collective. Si nous nous mobilisons tous autour de l'intérêt général, c'est notre pays et notre peuple qui auront des motifs d'espérer. Nous devons tous ½uvrer pour que cette transition réussisse et le mérite en reviendra à tous les centrafricains, y compris l'Exécutif de la transition dont le Premier Ministre, et notre pays pourra enfin redécoller.

Quels sont les atouts dont il dispose ?
L'atout principal de tout dirigeant politique est le soutien de son peuple. En d'autres termes, l'atout principal dont doit disposer le Premier Ministre est l'appui des centrafricains. Les centrafricains doivent apporter tout leur soutien à ce processus de transition, ainsi qu' à tout l'Exécutif de la transition dans son ensemble. Ce soutien est indispensable car il y va de notre propre sort en tant que centrafricains ; et nos amis et frères de l'extérieur n'accepteront de continuer à nous aider que si nous sommes unis et conscients de nos devoirs envers notre pays et notre peuple.

Quelles appréciations le MLPC a de la composition actuelle du gouvernement, puisque votre parti n'a qu'un seul cadre au sein de l'équipe ?
Le MLPC, comme les autres partis du Collectif de l'Opposition Démocratique, ont chacun un ministre au gouvernement, donc ce n'est pas une situation spécifique au MLPC. Le Premier ministre a annoncé des consultations auprès des différentes parties aux Accords de Libreville pour remanier le gouvernement, suite aux recommandations du Sommet de Ndjamena 2. Je pense que dans le cadre de ces consultations, un équilibre sera trouvé pour avoir un gouvernement consensuel et à base élargie. Le gouvernement ainsi constituée pourra tirer profit de sa nouvelle assise pour se mettre au travail et avancer dans les différents chantiers de la transition, car les attentes des centrafricains sont grandes dans tous les domaines.
M. Le président, vos détracteurs accusent le MLPC d'avoir fait venir à l'époque les "banyamulenge" et de cautionner la coalition Séléka. Ces accusations n'affectent pas l'image du MLPC ?

Le MLPC est ce qu'on appelait dans l'Ancien Testament, chez les Juifs, le « mouton du sacrifice ». Quand tout le monde se complaisait dans une dictature comme celle de Bokassa et son Empire centrafricain, le MLPC s'est battu pour la restauration de la République. Quand François BOZIZE , après son putsch du 15 mars 2003, se prenait pour Jupiter et terrorisait les Centrafricains, y compris dans les médias publics, avec le soutien déclaré de ceux que vous voyez donner des leçons et porter des accusations gratuites aujourd'hui, le MLPC s'est battu avec les autres partis du Collectif de l'Opposition Démocratique, pour un changement démocratique. Ces accusations haineuses et gratuites servent tout simplement à masquer ou mieux à brouiller les esprits sur la responsabilité claire et évidente des transhumants politiques dans la descente aux enfers de notre pays. J'ai toujours réclamé un débat public et radiodiffusé avec BOZIZE sur la question des Banyamulenges et il l'a toujours refusé. Pourquoi aujourd'hui tente t'il par l'intermédiaire de ses affidés de ramener un faux débat ?

C'est dans la même logique que les accusations sont portées aujourd'hui contre le MLPC par rapport à la Séléka. Puisque nous étions frontalement opposés à François BOZIZE, et que la Séléka a renversé BOZIZE, donc nous cautionnons la Séléka : en voilà un faux sophisme. Le MLPC doit donc prouver, lui l'accusé, qu'il ne cautionne pas la Séléka tandis que nos procureurs, eux, se dispensent bien évidemment, d'apporter la preuve de leurs accusations. C'est donc le renversement de la charge de la preuve, puisqu'il s'agit de charger le MLPC. Je crois que la logique de s'attaquer au MLPC en dépit du bon sens est patente. Le MLPC existe et se bat depuis 34 ans pour le triomphe des valeurs qui fondent la République, aux côtés du peuple centrafricain. Nous ferons ce que nous pourrons pour rester fidèles aux aspirations profondes de notre peuple.

Comment envisagez-vous la mutation de l'ancien Collectif des partis politiques de l'opposition démocratique, puisqu'il n'y a plus de majorité et d'opposition ?
Comme je vous l'avais dit plus haut, la réflexion est en cours pour renforcer notre coalition, sur des bases soumises à la réflexion de chaque parti membre du Collectif.

Le Confident

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