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Laurent Fabius en commentateur plus qu'acteur de la politique étrangère de… la France.

Europe 1, i>TELE et Le Parisien/Aujourd'hui en France. Ce dimanche 2 juin 2013, c'est « Le Grand Rendez-vous ». Invité : Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères. Moins de 48 heures après l'entretien sur notre politique étrangère accordé par le président François Hollande aux médias de l'Audiovisuel extérieur français (cf. LDD France 0631/Vendredi 31 mai 2013).

Fabius voyage beaucoup ; il compte même, non sans une jouissance évidente, le nombre de tours du monde bouclés depuis sa nomination. Il s'est déplacé dans les studios d'Europe 1 avec une partie de son staff. Jean-Pierre Elkabbach, chef de file des interviewers, ne manque pas de rappeler qu'il est le premier des ministres du gouvernement Ayrault. Fabius dira, par la suite, de son job de ministre des Affaires étrangères : « C'est le seul portefeuille que je pouvais accepter ». On n'en doute pas. Il a ajouté pour ne pas fâcher les diplomates avec lesquels il n'a pas, dit-on, les meilleures relations : « C'est un travail passionnant avec une administration remarquable ».

Il expliquera qu'après l'affrontement URSS-USA au temps de la guerre froide, puis le temps d'une Amérique hyperpuissante au lendemain de la chute de l'URSS, le temps est venu que la diplomatie mondiale résulte d'une « conjonction » de diverses puissances. Le rôle diplomatique de la France c'est d'être « une puissance d'influence, une puissance de repère ».

Pas évident en ces temps de crise économique alors que, justement, la « diplomatie économique » est le cheval de bataille de Fabius. Il en convient : « L'influence de la France, dit-il en substance, résulte d'un mélange : un siège permanent au Conseil de sécurité ; la bombe atomique ; la cinquième économie mondiale ». ONU et bombe sont des données qui s'imposent à tous et ne peuvent pas être remises en question ; la France comme puissance économique, c'est une donnée plus aléatoire. D'où son souci, justement, de ne pas la voir plonger... ! Et sa « sortie » médiatique, récente, contre l'armée mexicaine qui occupe Bercy : il veut « une unicité d'expression et d'impulsion » ; et considère que depuis ces propos cela va mieux. Nous voilà loin de la politique étrangère de la France dans une période où elle a pris un virage inattendu sous une présidence et un gouvernement socialistes. C'est que Fabius donne toujours l'impression d'une réelle distanciation diplomatique : commentateur plus qu'acteur.

La situation en Turquie est, dit-il, « très préoccupante ». Se refusant à évoquer un « printemps turc », le gouvernement ayant été « démocratiquement élu », il note des « excès dans l'action de la police » et appelle Ankara à « faire preuve de retenue ».

En Syrie, on assiste à une « tragédie épouvantable ». Fabius souhaite toujours la tenue à Genève d'une conférence « de la dernière chance » dont la finalité doit être le transfert à un gouvernement de transition des pouvoirs détenus par Bachar el Assad. Problèmes : qu'y participe une opposition représentative et, surtout, se mettre d'accord sur la présence ou non de l'Iran. Pour Paris, pas question que Téhéran soit associé aux discussions de Genève dès lors que le Hezbollah combat sur le terrain et que l'Iran surfe sur le « drame syrien pour étendre son influence ». Fabius redoute également que l'Iran, à Genève, ne fasse traîner les discussions afin de négocier son accord sur le dossier syrien en échange d'un accord sur son programme nucléaire. « L'Iran n'a rien à faire en Syrie et n'est pas prêt à grand-chose » tandis que Bachar el Assad, qui reçoit des armes de Russie, d'Iran et d'Irak, « veut faire traîner les choses ».

Dans cette configuration, il est peu probable que la conférence de Genève puisse se tenir en juin ; ce serait, au mieux, juillet si Paris parvient à l'organiser. Il y a un paquet de préalables (cessez-le-feu, ordre du jour, représentation de l'opposition...) sans oublier la question de l'utilisation des armes chimiques (question sur laquelle, selon Fabius, il y a accord avec Moscou et Pékin, pour laquelle il veut « la vérité » et affirme qu'il n'y aura « pas d'impunité »), et celle de la levée de l'embargo sur les livraisons d'armes à la « rébellion ».

Fabius peut bien affirmer : « Je définis avec le président de la République quelle est la position de la France » (ce qui n'est pas une formulation politiquement correcte), et ajouter que « la diplomatie a suffisamment de ressources pour qu'on trouve une solution », l'impression est forte et durable : notre ministre des Affaires étrangères ne donne jamais le sentiment qu'il s'investit pleinement dans sa tâche ; ce n'est pas de l'amateurisme, c'est du dilettantisme. Pas de ligne directrice générale, tout au plus du « suivisme » ; Fabius est mené par les événements, il n'impulse rien ou pas grande chose. Il a une certaine vision intellectuelle des dossiers mais c'est un regard extérieur, lointain. Où est l'intérêt de la France dans tout cela ? Où est la différence entre une diplomatie de « droite » et une diplomatie de « gauche ». Fabius se contente d'une « tournée des popotes ». Asphyxié, annihilé, dépassé, démotivé, désabusé...

Fabius n'aime pas cette équipe gouvernementale et assure un service diplomatique minimum. C'est probant ; et de plus en plus reconnu au Quai d'Orsay. Rien d'un Hubert Védrine, d'un Alain Juppé, d'un Dominique Galouzeau de Villepin pour ne citer que les figures les plus emblématiques de la diplomatie française. Nicolas Sarkozy, président sortant (et plus encore président sorti), en profite pour occuper le terrain ; il est reçu un peu partout dans le monde, ce qui ne semble pas chagriner Fabius : « C'est son affaire. Il ne prend pas de positions au nom de la France ».

Certes, mais notre diplomatie non plus ne prend pas de positions autres que le fait de... ne pas prendre de positions. C'est une gestion des relations internationales au coup par coup, sans vision de long terme et si l'Elysée et, surtout, l'hôtel de Brienne, ne s'étaient pas impliqués dans la guerre du Mali, la France serait atone dans le monde. Y compris sur la scène européenne. Fabius peut bien affirmer que depuis son arrivée aux affaires, Paris s'est réconcilié avec Alger, Varsovie, Pékin, Mexico, Ankara... c'est en adoptant partout un profil bas, très bas ; pas en imposant une ligne diplomatique originale.

Fabius, c'est l'apaisement permanent. En Tunisie, « les évolutions sont intéressantes » et « ça va dans le bon sens ». Au Mali, là encore c'est une « évolution très positive » avec des « avancées très importantes ». En Libye, si le gouvernement de Tripoli « le souhaite, nous serons à ses côtés » pour éradiquer le terrorisme dans le Sud du pays. Et quand le patron de la diplomatie veut dresser un bilan positif de l'action de la France c'est à... l'armée qu'il rend hommage : « Des terroristes, on en a tués beaucoup. Nous sommes un des pays qui luttent avec le plus de détermination contre le terrorisme ». Et voilà, on y revient : c'est le discours de François Hollande qui voit des « terroristes » partout et ne voit nulle part les causes de l'émergence de ces « terroristes ».

Fabius, quant à lui, ne cherche pas à voir quoi que ce soit, sauf que « la France est respectée comme elle ne l'a jamais été en Afrique ». C'est une constante chez Fabius, on n'ose penser que ce serait une nostalgie de la « France coloniale » ; il s'emballe quant des chefs d'Etat africains, à la tribune de l'UA, crient « Vive la France », il s'enthousiasme quand, au Mali, l'intervention de la France a été ainsi saluée par des populations abandonnées par leurs gouvernants et leur armée. « La France est respectée comme elle ne l'a jamais été en Afrique », ce « respect » ne manque pas d'évoquer un rapport hiérarchique, et même une soumission. Pas du meilleur goût !

Le passage au « Grand Rendez-vous » de Fabius, au-delà de l'actualité internationale « chaude », laissait penser qu'il aurait répondu à une question majeure : comment Paris entend gérer, au Sahel et plus globalement en Afrique de l'Ouest, les suites de son implication militaire au Mali ? Il n'a pas répondu à cette question qui, d'ailleurs, ne lui a pas été posée. C'est sans doute, aussi, qu'il ne se la pose pas. Pas concerné ? C'est l'impression qui persiste !

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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