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Les dirigeants que nous méritons (Par Madiambal Diagne)

Le discours politique vole au ras des pâquerettes. Bara Gaye accuse, à tout vent, les tenants du pouvoir d'être adeptes de la pratique de l'homosexualité. Ces derniers lui rendraient la monnaie de sa pièce. Des vipères comme Ahmet Suzanne Camara voudraient montrer à Bara Gaye qu'il n'a pas la langue la plus vénéneuse de la classe politique.

Ce débat de caniveaux n'est pourtant pas nouveau. Quelle peine Karim Wade et ses compagnons n'ont pas eu pour se laver de pareilles accusations ? Au Sénégal, il fut un temps où l'accusation la plus infamante pour une personne était de se voir coller l'étiquette de franc-maçon. Maintenant, on accuse, de moins en moins, les gens d'être francs-maçons. L'accusation la plus assassine est devenue l'homosexualité. C'est à croire que tous les riches, toutes les personnes célèbres, tous ceux qui ont réussi socialement le sont parce qu'ils sont francs-maçons ou homosexuels. Notre élite n'aurait aucun mérite. Elle ne se réaliserait pas par la force du travail, par l'ingéniosité de ses initiatives ou par l'obstination à mettre en place quelque chose de durable. C'est à croire que tous ceux qui ont réussi ont emprunté des raccourcis, avec des procédés abjects. C'est à se demander finalement si le Sénégal ne devrait être dirigé que par des francs-maçons ou des homosexuels. On accusait, Léopold Sedar Senghor, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, d'appartenir à des loges maçonniques, sans aucune preuve excepté que Abdoulaye Wade avait admis avoir été franc-maçon dans sa vie. Aujourd'hui, Macky Sall et ses collaborateurs passent aux yeux de nombre de nos compatriotes pour des francs-maçons doublés de protecteurs des homosexuels, s'ils ne le seraient pas d'ailleurs. Qui disait que les Peuples n'ont que les dirigeants qu'ils méritent ? Si tous ceux qui nous ont gouverné et nous gouvernent sont des francs-maçons ou des homosexuels, c'est justement parce que c'est ce que ce pays mérite. Si le Sénégal est le pays où on retrouve la plus forte densité de saints et de saintes enterrés au km2 et n'est pourtant dirigé que par des francs-maçons et des homos, c'est que nous devons réviser nos certitudes. Aussi, les élites politique, économique et sociale ont beau passer pour des adeptes de ces pratiques qualifiées de déviantes à notre morale populaire mais rares sont leurs pourfendeurs, parfois des guides religieux, qui refusent leur argent et autres largesses. Quels guides religieux ne se bousculaient pas à la cour de grands de ce monde qui n'ont jamais fait mystère de leur appartenance à des loges maçonniques ou de leurs pratiques sexuelles pécheresses?

Il est en effet facile de jouer au censeur de la sexualité des autres mais on peut bien se demander si les personnes qui s'en prennent à d'autres qui vivent une sexualité différente de la leur se montrent plus conformes aux codes éthiques et moraux. Combien sont les religieux ou autres moralisateurs qui pourront lever, à la face de toutes les femmes, de tous les hommes et même de tous les enfants, le doigt pour dire : «Je n'ai pas pêché par le sexe, je n'ai pas forniqué...» ? L'être humain est si complexe que des croisés de certaines causes se révèlent être pourtant leurs plus grands adeptes... en secret. En outre, à la table des pêchés, l'homosexualité ne pèserait certainement pas plus lourd que le blasphème et pourtant, «les barbus» sénégalais se sont accommodés et continuent de le faire avec toutes les inepties sur le caractère ou les attributs prophétiques ou même divins de certains guides religieux. Quels sont les travers sexuels des personnes habillées en soutane ? Rares sont les fois où on a vu des religieux dans notre pays s'insurger dans leurs prêches contre les viols d'enfants de tous sexes par des maîtres coraniques. Ce phénomène existe jusque dans nos cités les plus saintes.

L'homosexualité est un phénomène considéré comme aussi vieux que l'existence de sociétés humaines. Il n'y aurait pas une communauté au sein de laquelle cette pratique que la morale qualifie de déviante, serait totalement absente. Le débat sur le droit de personnes voulant vivre leur sexualité avec des personnes du même sexe se pose de plus en plus. Les hommes et les femmes qui vivent une sexualité portée vers des personnes de leur sexe sont-ils devenus plus nombreux dans les sociétés humaines ou sont-ils plus visibles que par le passé ? En soi, chacun devrait être libre de son intimité, vivre sa vie comme il l'entend mais chaque société humaine a ses propres codes éthiques et moraux que la loi prend en compte. C'est ainsi que l'homosexualité est punie par de fortes peines au Sénégal. Il reste que notre société s'accommode des homosexuels qui fréquentent les cérémonies familiales dans lesquelles ils jouent les premiers rôles, ils sont jusque dans les cours des grands chefs religieux et ne se cachent pas. Toute société humaine pratique l'homophobie. A côté de l'hostilité pure et simple qui s'exprime par les insultes et la violence, on repère aussi l'homophobie passive, très classique, qui refuse jusqu'à l'existence de l'homosexualité. Cependant, aucun homme politique n'a battu campagne pour la légalisation de l'homosexualité au Sénégal ; le gouvernement a clamé urbi et orbi n'avoir aucun projet de loi ayant ce but et aucun parlementaire n'a déclaré vouloir prendre l'initiative d'une telle proposition de loi. Diantre, pourquoi voudrait-on nous imposer ce débat sur tel ou tel est homosexuel ou défend les homosexuels ? Sans doute pour détourner l'attention sur des questions plus essentielles. Et cela montre à suffisance la vacuité du débat politique. Ce pays a véritablement d'autres urgences ! Bara Gaye n'est pas un héros. Il est en prison pour une idiotie.

[Le Quotidien]b

Rewmi

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