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L’Algérie met la main à la poche

L'aide de l'Algérie à l'Afrique a toujours été un leitmotiv de sa politique africaine, conformément à la doctrine de la coopération Sud-Sud qui avait connu son âge d'or sous Boumediène avec les projets structurants, notamment celui de la route Transsaharienne, baptisée «route de l'unité africaine». Tout un symbole ! Gage de cette volonté de se tourner vers le sous-continent, l'Algérie s'était fait un devoir de faire profiter les pays africains de sa manne pétrolière en lui consacrant, dans les années 1970, pas moins de 1% de son produit intérieur brut. Ce qui n'était pas négligeable. Le président Chadli avait poursuivi cette démarche visant l'intégration des économies africaines avec moins d'enthousiasme. Mais au plan stratégique, le cap en direction du continent était maintenu avant que la décennie noire des années 1990 ne vienne tout faire voler en éclats, coupant l'Algérie de sa profondeur stratégique naturelle africaine, voire du reste du monde. Les séquelles de l'isolement politique, diplomatique et économique dans lequel fut plongé le pays sont perceptibles jusqu'à aujourd'hui encore. Durant toutes ces années, l'Algérie s'est résolument engagée à bonifier ses relations avec les pays africains, relations forgées dans le combat libérateur commun contre le colonialisme. La voix de l'Algérie était écoutée, appréciée et puissamment soutenue dans les instances régionales et internationales. Son rôle de leadership y était fortement souligné. La meilleure preuve de cette reconnaissance africaine quant à l'engagement de l'Algérie en faveur du développement de l'Afrique en est le large soutien à la cause sahraouie qui s'était traduite par l'adhésion de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) à l'OUA, devenue Union africaine, poussant le Maroc dans un geste désespéré à quitter l'organisation panafricaine. L'amenuisement des finances de l'Etat qui avait plongé le pays dans une situation de cessation de paiement, doublé d'une crise politique et sécuritaire avec l'apparition du phénomène du terrorisme islamiste, a poussé certains Etats africains à se détourner de l'Algérie et  à regarder vers d'autres horizons. Le Maroc ne s'est pas fait prier pour saisir la balle au bond. Il ne se passe pas un mois sans que le roi Mohammed VI prenne son bâton de pèlerin sillonnant l'Afrique avec l'objectif de consolider la présence marocaine dans la région à travers des projets de développement structurants. Le renvoi de l'ascenseur n'a pas tardé à se manifester. Rabat a ainsi réussi à retourner des pays acquis à la cause sahraouie et au principe d'autodétermination du peuple sahraoui, lesquels ont soutenu sans état d'âme la marocanité du Sahara et l'option du palais royal de l'autonomie marocaine sur le Sahara occidental. Bouteflika, qui avait pourtant cette sensibilité africaine pour avoir travaillé aux côtés d'un président qui pourrait bien mériter cette appellation de Boumediène l'Africain, n'a pas réussi à reconstruire les ponts rompus entre l'Algérie et l'Afrique comme en témoigne le volume de la coopération qui demeure insignifiant. En trois mandats successifs, Bouteflika qui ne descendait pas de l'avion, surtout durant ses deux premiers mandats, n'a effectué de visite officielle dans aucun pays africain. Dans son infinie générosité, l'Algérie vient d'annoncer tout de même l'effacement d'une dette d'un montant de 902 millions de dollars au profit de 14 pays africains sans exclusive et sans discernement pour les pays qui, politiquement et sur les grands principes de politique étrangère, se sont éloignés des positions de l'Algérie. Au double plan politico-diplomatique et économique, le gouvernement aura bien du mal à justifier vis-à-vis de l'opinion publique la décision d'effacement de la dette de certains pays africains, compte tenu de ces nouvelles réalités géostratégiques. Le front social en ébullition sur fond de revendications salariales et de chômage chronique fait qu'il n'a plus aujourd'hui la même marge de man½uvre pour continuer à faire du mécénat. D'autant qu'il est prouvé, comme l'a révélé une récente étude, que l'Afrique est le premier créancier de l'Europe avec les transferts illicites d'argent dépassant les 1000 milliards de dollars déposés dans des banques européennes. L'argent de l'aide internationale, c'est connu, va souvent dans les poches et les comptes des oligarchies au pouvoir en Afrique. Les fonds débloqués par des donateurs des pays du G8 dans le cadre du Nepad (Nouvelle politique économique pour le développement de l'Afrique) ne sont pas toujours utilisés à bon escient. Il est temps peut-être aujourd'hui non pas de supprimer l'aide et les crédits, mais de réfléchir à des formules qui permettraient de suivre rigoureusement la traçabilité de ces fonds pour s'assurer qu'ils ne sont pas détournés en cours de chemin et qu'ils arrivent bien à leurs destinataires : les peuples d'Afrique.  

El Watan

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