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BAD : Côte-D’ivoire 1 Tunisie 0, Maroc 1 Tunisie 0

Par Ridha Ben Kacem

Coup sur coup la Tunisie a perdu l'hébergement de la Banque Africaine de Développement ( BAD ) et... sa petite guéguerre, contre le Maroc, pour un siège au Conseil d'administration de la BAD. Deux batailles, deux cinglantes défaites, qui sont autant de preuves concrètes, de l'amateurisme primaire, dont font preuve les autorités, dans le traitement des affaires de l'Etat. C'est d'autant plus ennuyeux que le pays avait, entre les mains, toutes les données nécessaires, pour éviter de se ridiculiser, une fois encore, sur la scène internationale. Les faits :

En marge des assemblées générales de la Banque africaine de développement qui se sont tenues, du 27 au 31 mai, à Marrakech, la Tunisie a tenté, vendredi 31 mai, d'écarter le Maroc du Conseil d'administration de la BAD. Une opération qui s'est soldée, par un lamentable et cuisant échec. Un échec qui s'ajoute à ceux de la perte du siège de la BAD, au profit de la Côte d'Ivoire, la baisse, pour la seconde fois en trois mois, de la note de la Tunisie par l'agence Moody's et l'annonce, par la Banque centrale, de la quasi faillite du pays, qui n'a pratiquement plus, de réserves en devises, pour couvrir ses importations. Décidemment, les finances et la Troïka, cela ne fait pas quatre, mais deux. Il est plus court et plus juste de dire la troïka moins les finances, cela fait deux, car les mauvais comptes font les plus mauvais amis.

Ainsi donc, à cause de la de myopie ou de la cécité, de nos dirigeants, Le Maroc, qui n'est plus membre de l'Union Africaine depuis, 1984, continuera à siéger au Conseil d'administration de la l'institution africaine la plus prestigieuse, au moins jusqu'en 2015. C'est d'autant plus frustrant que la Tunisie s'était présentée en force, pour combattre, les lions de l'atlas, chez eux. Sûre de sa victoire, la Troïka a dépêché, dans la ville de Marrakech, le conseiller personnel du Président, malgré nous, Moncef Marzouki et le ministre des Finances, en personne, Elyes Fakhfakh. Les deux hommes sont allés, au Maroc, avec pour seule mission de mener une forte campagne de lobbying, auprès des délégations africaines, afin de les convaincre de voter pour le candidat tunisien. Ils repasseront.

L'issue de cette petite bataille a tourné court, pour les incompétents, délégués tunisiens, puisqu'elle a largement profité au Maroc. C'était tellement prévisible, que personne n'avait caché que ses préférences allaient au plus compétent. Le Maroc, pays hôte de cette réunion, comptait, en effet, sur les solides réseaux d'Omar Kabbaj, Conseiller du Roi Mohamed VI, sur tout le continent africain, qu’il a tissé, pendant les dix années de sa présidence de la BAD de 1995 à 2005. Un atout qui lui a balisé le terrain, pour battre, à plate couture, les petits ambitieux tunisiens.

Mais au fait, sur quoi comptait le candidat tunisien, cet illustre inconnu ? Sur des invocations mystiques, « Chouya B'khour »,et beaucoup de cris de guerre, du style « takbir », « takbir » et encore « takbir »,lancés à tout bout de champ, par le Conseiller personnel du président, malgré nous, Moncef Marzouki et le ministre des Finances en personne, Elyes Fakhfakh ? La raclée fut des plus mémorables, et tel un fétu de paille, le malheureux candidat de la Troïka a été balayé, sans ménagement. La Troïka en fut tellement secouée, qu'elle préféra garder le mutisme sur l'affaire, de peur de rendre compte, au peule de son énième méfait. Imaginez ce qui serait passé, si l'affaire avait été, rondement menée. On serait encore là, à fêter la victoire, dans cinquante ans. Là, par contre, ils n'adoptent pas un profil bas, non, ils gomment tout, tout simplement. Comme si de rien n'était. Au nom de Dieu, le miséricordieux ? Au nom de Dieu, le clément ? Ou bien, tout simplement, au nom de leurs basses besognes, en cours dans ce pays ? Et ils osent, après cela, parler de « i3lème al3ar » ?

Précisons, également, que le retour de la BAD à son siège statutaire d'Abidjan, a été entériné lors de ces assises de Marrakech, après avoir été décidé à Tunis. Le ridicule tue-t-il, encore dans ce pays ? Signalons, enfin, que plus de 2 500 délégués, des chefs d'État, des ministres des Finances, des gouverneurs de banques centrales et des représentants d'institutions multilatérales de financement ont pris part, à ces assises continentales, accueillies par Marrakech. Tous ont vécu, en live, l'humiliation de la flamboyante Tunisie postrévolutionnaire. N'est-ce pas, Marzouki qui prétendait que l'image du pays à l'étranger, est des plus brillantes ? Vous en avez là, devant vos yeux, la démonstration définitive et concrète. Souriez, vous êtes filmés.

Cependant, je suis de ceux qui pensent que la Tunisie, n'aurait pas dû tenter de ravir ce poste, au Conseil d'administration de la BAD, au Maroc. One ne peut, en même temps, en effet, annoncer sa volonté de relancer le Maghreb et agir de manière à se mettre à dos, le Maroc. Fondée, justement, à Marrakech en 1989, l’Union du Maghreb arabe a dû, déjà, revoir, au fil des années, ses ambitions à la baisse, au vu des dissensions persistantes, qui existent entre les deux principales puissances régionales, à savoir le Maroc et l’Algérie. Il se trouve, aussi, que le siège l’Union du Maghreb arabe se situe à Rabat, capitale du Maroc. Sachant cela, vous ne trouvez pas présomptueux et surtout maladroit, de la part de nos troïkistes, d'aller chercher querelle, aux marocains, sur leur propre territoire ? Aurait-on agit différemment, si l'on cherchait à enterrer définitivement, l'éternel projet de l’Union du Maghreb arabe ?

Le gouvernement tunisien voulait, à tout prix, un siège au Conseil d'administration de la BAD, afin de compenser le retour annoncé pour 2014, de la BAD à Abidjan. Une décision, prise le jeudi 30 mai, lors de la réunion du Conseil des gouverneurs de la banque africaine, et qui met fin, à 10 années de présence de l'institution financière, sur le territoire tunisien. Pour mémoire, c'est en septembre 2003, un an après le déclenchement de la guerre civile, en Côte d'Ivoire, que la BAD a élu, temporairement, domicile à Tunis.

A l'annonce de cette décision qui n'a, finalement, surpris personne, le ministre des Finances, Elyes Fakhfakh, a promis, sur les ondes d’une radio de nos radios, de tout faire, pour convaincre la direction de la BAD de laisser, au moins, une représentation régionale de la banque, à Tunis. « Yè krim, m'ta3 allah »,en somme. Il avait certainement, à l'esprit, ce raid qu'il allait mener en vainqueur, à Marrakech. La suite des événements plaidera en sa défaveur. Il a été déjugé. Il a été battu. Il a été ridiculisé, en terre marocaine et la décence voudrait qu'il démissionne et non pas qu'il passe sous silence, cette honteuse affaire. Mais, il est vrai que la Troïka ne nous étonnera plus.

Ainsi donc, du fait de l'imprévoyance et de l'incompétence de nos dirigeants, la BAD ira, de nouveau, élire domicile à Abidjan, sans que la Tunisie puisse agir, de l'intérieur de l'institution financière africaine pour amortir correctement, le choc, Le processus du retour des 1800 fonctionnaires de la BAD à Abidjan se fera, heureusement, graduellement, et devrait se terminer en novembre 2014. Quelles seraient les pertes, pour l'économie tunisienne, déjà éprouvée par l'incurie de ceux qui en décident, en haut lieu ? Quelqu'un s'est-il « amusé » à en calculer toutes les incidences, pour le pays ? En tout cas, une chose est quasi certaine, l'impact sera terrible, au niveau de l'emploi et ce, pratiquement, dans tous les secteurs des services.

Et comme un malheur n'arrive jamais seul, l'agence de notation Moody's a annoncé, dans la soirée du mercredi 29 mai, avoir dégradé la note de la Tunisie et de sa BANQUE CENTRALE, de Ba1 à Ba2. Un autre vrai coup dur, pour le gouvernement provisoire d'Ali Larayedh, qui  lacontinue à ne pas en mener large, malgré tout. Apparemment, les avertissements ne serviraient à rien, en Tunisie. En effet, Moody's avait déjà, baissé, le 28 février dernier, d'un cran, la note de la Tunisie. Trois facteurs participent à cette régression : « l’incertitude politique persistante, de la Tunisie et le risque d’instabilité; la fragilité des banques, sous-capitalisées, appartenant à l’État et les pressions externes importantes sur la balance des paiements et les finances publiques de la Tunisie » explique Moody's. Cette semaine aura été des plus difficiles, pour l’Etat tunisien. Ceux qui tiennent les rênes du pouvoir le savent et, encore une fois, ils n'ont de réponse, que leur fameux cri de guerre jihadiste : Le « Takbir ».

Bon, on l'aura compris, la bataille pour l'octroi du poste au Conseil d'administration de la BAD a opposé deux hommes : Elyes Fakhfakh, ministre des finances, pour le Tunisie, et Omar Kabbaj, conseiller du Roi Mohamed VI, pour le Maroc. Voyons le parcours des deux champions.

Elyes Fakhfakh, né en 1972 à Tunis, est un ingénieur de formation. Le 24 décembre 2011, Il est nommé ministre, au sein du gouvernement Hamadi Jebali, chargé du ministère du Tourisme. Le 19 décembre 2012, il est nommé ministre des Finances. Il est reconduit dans cette dernière fonction au sein du gouvernement Ali Larayedh. En résumé, Elyes Fakhfakh est jeune. Il est ingénieur et pas du tout financier. Il n'a aucune expérience internationale, en matière de haute finance. Quelles étaient donc ses vraies chances, d'être écouté ? Sur qui pouvait-il, vraiment, compter pour le soutenir, dans son projet d'attribuer, au candidat tunisien, ce siège au Conseil d'administration de la BAD ? Les réponses sont évidentes, n'est-ce pas ?

Omar Kabbaj est diplômé de l’École supérieure de commerce de Toulouse (promotion 1963, soit 9 ans, avant qu'Elyes Fakhfakh ne vienne au monde). Aïe, le bébé se présente mal. En 1966, il est recruté à la banque nationale pour le développement économique (BNDE). En 1970, il a été nommé par le Roi Hassan II, Directeur général de la sucrerie nationale de Tadla (SUNAT), dont il a réalisé la construction et présidé au lancement de son activité. Parallèlement, Kabbaj a été attaché au secrétariat général du ministère du Commerce, de l’Industrie, des Mines et de la Marine marchande. En 1977, il est nommé directeur de cabinet du ministre des Finances, poste qu’il conservera jusqu’en 1979, date à laquelle il a rejoint le groupe de la Banque mondiale, en tant que membre de son Conseil d’administration, représentant, outre le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye, l’Iran, le Ghana, Oman, l’Afghanistan et le Yémen. Oui, Omar Kabbaj a représenté la Tunisie, au Conseil d'administration de la Banque mondiale !

Mieux, en 1980, il est nommé membre du conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI), représentant le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, l’Iran, le Ghana, Oman et l’Afghanistan. Oui, toujours la Tunisie ! En 1995, et sur proposition du Roi Hassan II, Omar Kabbaj est élu président du groupe de la Banque africaine de développement (BAD), qu’il a remise sur pied et réformée, en profondeur, après la grave crise traversée par cette institution panafricaine. En 2000, et sur proposition du Roi Mohammed VI, il est réélu à l’unanimité, et par acclamation, s'il vous plait, à la tête du groupe de la BAD. En 2005, À l’issue de ce deuxième mandant, Kabbaj a été élu, par le Conseil des gouverneurs de la BAD, Président d’honneur de la BAD. Le 22 juin 2006, Omar Kabbaj a été nommé conseiller du souverain Mohammed VI. Omar Kabbaj est, également, membre du Conseil consultatif auprès du secrétaire général de l’ONU, sur l’eau et l’assainissement (UNSGAB). Cette nomination a été faite sur proposition de Son Altesse Royale, le prince d’Orange, prince héritier des Pays-Bas et Président de ce comité. Omar Kabbaj est, aussi, membre du Conseil d’administration de l’Agence française de développement (AFD).

Mon Dieu, j'ai le vertige, rien qu'à l'énoncé à ce CV. Et c'est ce monstre sacré, que le petit Elyes Fakhfakh, sur Recommandation très particulière, du pitre de Carthage, est allé affronter dans son antre même ? Je suis tunisien et fier de l'être.... Je suis tunisien et fier de l'être.... Je suis tunisien et fier de l'être....et je perds le nord.

Par Ridha Ben Kacem le 2 juin 2013

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