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Elevage et pêche dans la zone périurbaine : UN POTENTIEL QUI POURRAIT ETRE MIEUX EXPLOITE

Quelques fermes modernes existent dans les environs de la capitale, mais c'est insuffisant pour tirer le maximum du secteur

Si riche et si pauvre, tel est le paradoxe du Mali. Selon les statistiques du ministère de l'Élevage et de la Pêche, le cheptel malien était estimé, au 31 décembre 2009, à 8,89 millions de bovins, 11,3 millions d'ovins, 15,73 millions de caprins, 904.000 camelins, 478.000 équins, 862.000 asins, 74.000 porcins et 35 millions de volailles. Malgré cet énorme potentiel, plus de 70% de la population sont frappés par la pauvreté et la malnutrition. Pour inverser cette tendance, les pouvoirs publics ont eu l'idée de mettre en place une structure faîtière en charge de dynamiser le secteur, afin d'amorcer un développement durable du pays qui repose sur les activités agro-sylvo-pastorales. Il s'agit de l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture du Mali (APCAM).
Dans le droit fil de ses missions, une délégation de l'APCAM conduite par son président, Bakary Togola, a rencontré mercredi dernier des acteurs du secteur dans les exploitations périurbaines de Bamako. Cette visite de terrain était destinée à expliquer aux professionnels le but du programme pilote d'insémination artificielle du Programme d'appui à la productivité agricole au Mali (PAPAM). Mais aussi, de sensibiliser les producteurs à l'importance de la culture fourragère et à l'utilisation des rations alimentaires appropriées dans un élevage laitier et, en même temps, recenser les préoccupations de ceux-ci dans la conduite de leurs activités respectives. Le PAPAM prévoit l'insémination artificielle de 10.600 vaches cette année pour un coût de 1,2 milliard de Fcfa.

C'est la ferme de Mamadou Sylla, située dans le village de Sala (commune de Kalabancoro) qui fut la première étape de cette tournée. Mamadou Sylla possède des b½ufs géniteurs, des vaches laitières issues d'insémination artificielle, des moutons et des chèvres. Avec environ 60 bovins, il produit entre 300 et 400 litres de lait par jour. L'alimentation des animaux en céréales comme le maïs, est entièrement produite sur place.
De Sala, la délégation a gagné le village de Manabougou, dans la commune rurale de Tiènfala sur la route Bamako-Koulikoro. Là, se trouve l'exploitation agro-pastorale de 20 ha, appartenant à Barou Fall, un fonctionnaire à la retraite. Il élève des vaches issues d'un croisement de la race Holstein (connue pour sa production laitière) et Montbéliard. Cette ferme, selon son promoteur, est située dans le plus grand bassin laitier du district de Bamako et de ses environs. Ce bassin laitier produit chaque jour plus de 5000 litres, soit 40% du lait produit dans la zone périurbaine. Malgré ce potentiel, les exploitations ne bénéficient d'aucun soutien pour améliorer leur activités, a déploré Barou Fall.
La spéculation foncière conjuguée aux effets des feux de brousse ont réduit, selon lui, les espaces de pâturage. C'est pourquoi, il a recours à la culture fourragère sur son propre domaine pour nourrir ses animaux. Pour ce faire, il a importé des espèces d'herbes adaptées à notre climat et au sol. Grâce à un parc de 72 têtes dont 21 vaches laitières, il produit une moyenne de 100 litres de lait par jour.
Au cours des échanges, les deux fermiers ont marqué des préoccupations portant essentiellement sur le manque d'espace pastoral, l'absence d'appui de l'Etat en termes de subvention sur les médicaments pour animaux, les réticences des banques à octroyer des prêts aux fermiers car la terre ne constitue plus une garantie solide.

Le président de l'APCAM a pris bonne note de ces difficultés, promis de s'engager en faveur d'un élevage intensif et recommandé la promotion de la culture fourragère.
La délégation a ensuite mis le cap sur le village de Kassela, à une quarantaine de kilomètres de la capitale, sur la route nationale Bamako-Ségou. Elle a été reçue à laiterie de la coopérative « Baganyiriwaton », par Moussa Diallo, le président de la structure. Fruit de l'organisation des éleveurs de la zone, cette unité de traitement de lait frais emploie 18 personnes. Ses produits sont très prisés par les habitants de Bamako et d'ailleurs. Cependant, les difficultés ne manquent pas. Aujourd'hui, la laiterie est confrontée à un problème de transformation de son excédent car toute la production n'est pas écoulée.

Bakary Togola a de nouveau insisté sur la nécessité d'évoluer vers l'élevage intensif, en s'adaptant aux réalités du moment. Chaque année, le Mali injecte 20 milliards dans l’importation du lait. Il faut inverser cette tendance en valorisant notre production, a-t-il conseillé aux producteurs.
Après les éleveurs, le président de l'APCAM a rencontré des pisciculteurs et des pêcheurs. Il a visité la ferme piscicole de Boubacar Diallo à Tamina, dans la commune rurale de Baguineda (cercle de Kati). Composée d'une aire piscicole et d'une unité de fabrication d'aliment pour poisson dans la Zone industrielle de Dialakorobougou, cette ferme piscicole est bâtie sur un espace de 10 ha. Elle comprend aussi une écloserie, des infrastructures piscicoles, des bassins et des étangs en terre battue.
L'écloserie est une unité de 2 pièces où se font toutes les opérations de biologie et de reproduction. Les bacs d'alevinage sont installés dans une grande salle où sont recueillis les poissons après le stade larvaire. A cette salle est relié un bac de décantation en béton armé d'une capacité de 280 m3 avec des ralentisseurs qui permettent l'oxygénation de l'eau. L'écoulement de l'eau est assuré par un système de tuyaux PVC à pression. Dans un souci d'assainissement, des bassins de traitement des eaux usées d'une capacité de 160 m3 sont installés. Sept cages flottantes sont construites sur le bras du fleuve pour y développer la production de poissons avec des mangeoires installés à l'intérieur.
L'unité de fabrication est bâtie sur 1875 m2 et comprend des broyeurs dont le rôle consiste à concasser les différents éléments constitutifs de la formule alimentaire, des mélangeurs pour malaxer et mélanger les constituants de la formule, des presses à granulation pour fabriquer le produit sous forme de granulé, des refroidisseurs de machines et des ensacheuses. L'unité est d'une capacité de production de 3 tonnes par heure, soit 100 000 tonnes par an.
Après une visite guidée des lieux, Bakary Togola s'est dit impressionné par l'infrastructure, qui selon lui, est une formidable opportunité pour le Mali de booster son sous-secteur piscicole. Il s'est rendu ensuite au campement de pêche de Badalabougou où il a rencontré des pêcheurs. Là, la délégation a pu constater la pauvreté du fleuve Niger en poisson au niveau de la capitale. Les pêcheurs ont mis 10 pirogues à l'eau devant les membres de la délégation. Après une partie de pêche, ils n'ont ramené qu'une seule carpe.
Les pêcheurs ont fait part au président de leur inquiétude face à l'appauvrissement du fleuve en ressources halieutiques. Cette situation, ont-ils expliqué, a pour conséquence la paupérisation et la famine dans le hameau de pêche. « Notre souci est aujourd'hui de trouver à manger », a lancé Mme Sirébara Fatoumata Diallo, vendeuse et transformatrice de poisson. « Si vous ne nous aidez pas avec de la nourriture, vous assisterez bientôt à une catastrophe humanitaire », a-t-elle prévenu. Autres difficultés : le manque de glace (lié au délestage) pour la conservation du poisson, le manque d'infrastructures pour la transformation du poisson.
En guise de solution aux difficultés des pêcheurs, Bazoumana Koumara, leur représentant à l'APCAM, a suggéré l'organisation d'un forum national sur la pêche et la recherche de solutions à l'empoissonnement du fleuve.
Pour sa part, Bakary Togola a prôné le changement. « Le monde a changé. Nous devons changer aussi. Sinon, nous ne survivrons pas, a indiqué le patron de l'APCAM. Pour inverser la tendance, il nous faut nous adapter aux situations nouvelles du monde. Il s'agit de s'approprier les techniques et technologies qui ont révolutionné le monde. » Il a conseillé aux pêcheurs de ne pas se limiter à la méthode traditionnelle de pêche, les exhortant à se lancer dans la pisciculture et la transformation du poisson. Pour Bakary Togola, « le Mali est loin d'être pauvre, mais c'est l'initiative et la volonté de travailler qui font défaut ».
Concernant l'insécurité alimentaire qui menace les pêcheurs, il a promis d'être leur porte-parole auprès des pouvoirs publics.

C. A. DIA

 

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