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Champ de mire des femmes : Mme Fofana Fily Traoré : ‘’Beijing m’a permis de sortir de l’obscurantisme’’

Mariée et mère de 4 enfants, Mme Fofana Fily Traoré est la directrice de la décentralisation, de la déconcentration et des questions de finances à la cellule d'appui à la décentralisation, à la déconcentration et à l'éducation du ministère de l'éducation. Actrice sociale et politique, sa vie est jonchée de beaucoup d'actions citoyennes pour l'émancipation et la promotion des femmes. Pour elle, Beijing lui a permis de sortir de l'obscurantisme.

 

L'Enquêteur : Présentation sommaire de votre association ?

Mme Fofana Fily Traoré : Notre association, l'Association de Lutte pour les Intérêts des Femmes et des Enfants a été créée le 21 août 1993 avec pour objectif de valoriser la femme et de créer des conditions socio-économiques pour l'épanouissement de la femme et de l'enfant. Elle a été créée suite à la  grande pénurie grave de bois et de charbon au Mali qui a eu lieu la même année.

 

L'Enquêteur : Pourquoi avez-vous choisi de mettre l'accent sur la promotion de  l'éducation ?

Mme Fofana Fily Traoré : J'ai choisi la voie de la mobilisation des communautés en termes d'implication, parce que mes parents ont eu la difficulté à scolariser leurs enfants. A commencer par moi-même en tant que fille à l'époque. La scolarisation était au bout des lèvres mais pas dans la réalité. Pour la petite histoire, mon mariage fut un fait que l'on peut relater à Bafoulabé.  On m'a retirée de l'école en classe de 9e pour me donner en mariage. Ni la détermination ni le courage et la compréhension de mon père qui était convaincu que la scolarisation d'une fille était d'une importance capitale n'y firent rien. Tout cela m'a inspiré à aller vers l'enseignement afin de pouvoir convaincre les communautés que la scolarisation des filles est la base même de tout développement.

 

L'Enquêteur : Aujourd'hui, êtes-vous satisfaite des résultats engrangés dans le combat de la scolarisation des enfants ? Singulièrement de celle de la petite fille ?

Mme Fofana Fily Traoré : Euh ! Je suis satisfaite en partie parce qu'aujourd'hui la scolarisation des filles n'est pas une stratégie mais une politique. Une deuxième satisfaction, les statistiques de l'éducation montrent une nette évolution de la scolarisation des filles et la troisième satisfaction c'est qu'aujourd'hui, il y a de nombreuses femmes qui occupent des postes de responsabilité. Des femmes ministres, des femmes députées, des femmes directrices nationales et j'en passe...

 

L'Enquêteur : A côté de la scolarisation des enfants, vous êtes aussi engagée dans le combat de l'alphabétisation des femmes. Pourquoi ?

Mme Fofana Fily Traoré : Oui ! Nous travaillons avec les associations des femmes qui, pour la plus part, expriment le besoin de faire le commerce. Mais pour faire du commerce, il y a des règles. Et là le constat est qu'elles ne savent pas lire, à plus forte raison tenir une comptabilité.

 

L'Enquêteur : Pouvez-vous nous donner les principales réalisations de votre association ?

Mme Fofana Fily Traoré : D'abord notre association évolue dans le domaine de la santé, de l'éducation et de la bonne gouvernance. Nous avons alphabétisé plus de 8000 femmes que nous avons aidées à se constituer en associations ou en groupements. On dénombre aujourd'hui 230 associations et 60 groupements. La seconde phase de notre action a consisté à les appuyer, à créer des jardins et à les entretenir. Nous leur avons donné des formations sur comment planter les pépinières, quand et comment récolter. Et enfin quelle stratégie pour assurer la vente des produits afin de réaliser des bénéfices.

 

L'Enquêteur : Et sur le plan de la participation de ces femmes là, à la vie publique ?

Mme Fofana Fily Traoré : Nous avons alphabétisé et sensibilisé les femmes à s'impliquer dans la vie publique. Cela nous a amené à les inciter d'abord à prendre contact avec les autorités, afin de mener des activités de plaidoyer par rapport à la  scolarisation des filles, à la formation aux techniques de maraichage, aux techniques de la santé de la reproduction. Nous avons également travaillé avec le ministère de la santé en son temps dans différentes localités par rapport à la santé de la reproduction.

 

L'Enquêteur : En parcourant votre C.V,  j'ai vu que vous avez été à Beijing en 1994. Quel est le souvenir que vous en gardez ?

Mme Fofana Fily Traoré : Les souvenirs, d'abord c'est qu'en tant que femme, je suis sortie de l'obscurantisme. Beijing a démontré que les solutions des combats se trouvent entre leurs mains. Et cette solution est de travailler nuit et jour à travers la sensibilisation, la formation, l'information et le plaidoyer pour se faire entendre auprès des autorités et proposer des solutions pérennes. Je pense que c'est grâce à Beijing que l'envol de la promotion de la femme a commencé à partir de 1994 avec notamment, le plan quinquennal qui a regroupé tous les pays.

 

L'Enquêteur : Il est de plus en plus question de la budgétisation sensible au genre. Quelle peut être le rôle et la place des organisations de la société civile pour son application totale au Mali?     

Mme Fofana Fily Traoré : Je pense que la société civile a un grand rôle à jouer par rapport à l'équilibre budgétaire. D'abord elle a un rôle d'information, de sensibilisation et de suivi, et d'incitation des communautés à s'impliquer auprès des acteurs de la vie administrative ou les collectivités territoriales par rapport à la gestion des ressources financières attribuées ça et là. Je reste convaincue que les organisations de la société civile bien organisées doivent se mobiliser pour faire un plaidoyer pour se faire entendre et ce, depuis l'élaboration du budget.

 

L'Enquêteur : La conférence des Donateurs du Mali qui s'était réunie le 15 Mai dernier à Bruxelles a mobilisé 3,25 milliards d'euro pour la relance de l'économie et la reconstruction de ses institutions. A votre avis, quelle devrait être la part à réserver à la promotion de la femme ?

Mme Fofana Fily Traoré : Je pense que pour aller à une reconstruction équilibrée, la part à réserver aux femmes doit être de 51%. Cette quote part sera utilisée pour asseoir une bonne scolarisation des enfants au Mali, et ce, à travers les constructions des salles de classe, des points d'eau et même à travers la mise en place des cantines scolaires. Il faut multiplier les centres d'écoute auprès des collectivités territoriales où les femmes pourront se retrouver pour échanger et faire des propositions d'actions communes de développement. A cela j'ajouterai la prise en compte intégrale de la santé.

 

L'Enquêteur : Mme Fofana Fily Traoré, il faut noter que vous êtes aussi une femme politiquement engagée. Parlez-nous-en.

Mme Fofana Fily Traoré : Je suis membre fondatrice de l'ADEMA ASSOCIATION en 1990.  Et quand le parti a vu le jour, j'ai continué à militer. J'étais la présidente des femmes du parti en commune 3 et j'ai été membre du comité exécutif où j'ai occupé le poste de secrétaire chargée des questions électorales jusqu'en 2000. Aujourd'hui,  je suis avec l'ex- premier Modibo Sidibé.

 

L'Enquêteur : Ah oui ! Pourquoi ?

Mme Fofana Fily Traoré : Notre association a réfléchi sur le développement socio- économique de la femme et de l'enfant. Plusieurs de nos préoccupations trouvaient leurs réponses dans la vision de Modibo Sidibé pour le Mali. A savoir valoriser d'avantage la femme, favoriser l'accès à la santé (Modibo est l'initiateur des CSCOM) et repenser fondamentalement l'éducation comme ça a été le cas avec le forum sur l'éducation initié par Modibo Sidibé. Voilà quelques une des raisons pour lesquelles nous avons mis en place le 02 Mars 2009 l'Association des Amis Fidèles des Idéaux de Modibo Sidibé dont je suis la coordinatrice.

 

L'Enquêteur : Quel appel avez-vous à lancer aux femmes du Mali en cette période de reconstruction du pays ?

Mme Fofana Fily Traoré : J'invite les femmes à avoir confiance en elles car notre combat est éternel. C'est une lutte de longue haleine. J'invite les femmes à s'impliquer dans la vie associative et politique pour traduire leurs objectifs en résultats et surtout mobiliser les hommes et les enfants à notre cause.

Ange De VILLIER

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