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« Route de la cocaïne » : L’AFRIQUE, LE NOUVEL ENJEU

Selon le dernier rapport de l'UNODC, 18 tonnes de cocaïne auraient transité par la sous-région ouest-africaine en 2010 

La conférence sur « la route de la cocaïne » a pris fin jeudi à Rome. « La route de la cocaïne » démarre en Amérique Latine pour relier les continents européen et asiatique via l'Afrique où elle passe par la Guinée Bissau, la Gambie, le Sénégal, le Mali et les pays maghrébins. Selon les estimations, la valeur de la « route de la cocaïne » se chiffre en milliards de dollars. Toutefois, il est universellement admis que les données et les connaissances sur les routes du trafic de drogue et leurs principaux acteurs sont loin d’être complètes et souvent ne permettent pas d’apporter des réponses proactives et stratégiques.

Les participants ont examiné ce que peut apporter la contribution des acteurs de la société civile et comment celle-ci peut aider à harmoniser les réponses internationales. Le président de la Ligue des droits de l'homme de Guinée Bissau, Luiz Vaz Martins, ainsi que le criminologue à l'université de Jos au Nigéria, Etannibi Alemika, ont par conséquent souhaité le renforcement des capacités de la société civile et des journalistes qui sont encore crédibles.

L'universitaire nigérian a posé une question aux participants : « La conférence culpabilise la faiblesse des institutions africaines. Certes, mais pourquoi les Etats forts en Europe et aux Etats-Unis d'Amérique n'arrêtent pas leurs citoyens qui sont les barons de drogue en Afrique ? »

Au Panama, en Amérique latine, les autorités chargées de la lutte contre la drogue et les organisations criminelles ont souhaité que le pouvoir législatif vote une loi autorisant la saisie des biens des narcotrafiquants qui blanchissent leur argent dans des activités légales comme l'immobilier, l'hôtellerie, les agences de voyage, etc. Avec le soutien des Etats-Unis, le Panama a pu venir à bout des trafiquants. Mais cela a demandé en l'espace de dix ans, beaucoup de moyens financiers et humains.

Au Pérou, la lutte contre la drogue est en train de passer par la lutte contre la pauvreté, qui a été réduite de 47%. Le lieutenant Ndjiaw N'Diaye des douanes sénégalais a salué l'implication effective de la société civile qui a incité les autorités à décréter des lois contre les trafiquants de drogue. « La société civile joue un rôle très important. Depuis 2007, le trafic de drogue est criminalisé grâce à l'implication de la société civile. A l'aéroport de Dakar, nous n'arrêtons que de petits poissons tandis que les gros sont hors du filet et se sentent intouchables », a noté Ndjiaw N'Diaye.

Selon le dernier rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC), 18 tonnes de cocaïne auraient transité par l’Afrique de l’ouest en 2010. Les experts jugent très difficile de savoir la quantité de cocaïne qui transite par le nord du Mali. Cependant des données indiquent qu'en dix ans la valeur de la cocaïne ayant traversé le Sahara avoisinerait les 15 milliards d’euros (9840 milliards de Fcfa). Grâce à cette manne financière, les groupes terroristes avaient pris le contrôle de plus de 2/3 du territoire malien.

Qui sont les trafiquants ? Le trafic résulte à l'évidence de la convergence d'intérêts de groupes sud-américains (colombiens et vénézuéliens), de groupes d'Afrique de l'ouest (principalement nigérians) et  de groupes européens, selon le dernier rapport de l'UNODC. Plusieurs petites communautés originaires d'Afrique de l'ouest se sont établies en Colombie et au Venezuela, mais le centre névralgique de la diaspora nigériane en Amérique du Sud est incontestablement à São Paulo, au Brésil. Des Colombiens et des Vénézuéliens ont été arrêtés dans plusieurs pays d'Afrique de l'ouest.

Le chef de l'Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS), Jean-Michel Colombani relève que le trafic des stupéfiants évolue sans cesse. Le premier constat est que la France, à l'instar du Mali, n'est pas un pays producteur de drogues. A l'exception de quelques cultures de cannabis, de micro-laboratoires de drogue de synthèse tout à fait marginaux, les stupéfiants illicites sont importés.

Deuxième constat, le trafic de stupéfiants est facilité par la libéralisation du commerce à l'heure de la mondialisation et de la construction de l'Union européenne, avec les accords douaniers, mais aussi le développement des vecteurs de transport, la multiplicité des déplacements, l'explosion du tourisme, et l'utilisation de tous les espaces, aériens, terrestres, ou maritimes. Dans ce domaine, on s'aperçoit très vite que la majorité des trafiquants utilisent la voie maritime en France. Au Mali, ils utilisent les pistes des régions nord depuis des années. La cocaïne est produite principalement dans trois pays : la Colombie, le Pérou et la Bolivie.

Les chiffres sont approximatifs : la production s'élève environ à 1000 tonnes pour l'ONU, 1400 tonnes pour les Américains. Au moins 45% sont destinés au marché américain et 25% à 30% au marché européen. La France est « coincée » entre l'Europe du Nord et l'Europe du Sud, riche en surface maritime, située sur les grands axes de transit intra et extra communautaire avec une vulnérabilité particulière liée aux départements français d'Amérique. Si, pendant des années, le marché s'est concentré dans les zones urbaines, il atteint maintenant aussi les zones rurales. La « démocratisation » de l'usage de la drogue a engendré un tourisme de la drogue, principalement en direction des Pays-Bas et de la Belgique.

 

UNE AUGMENTATION DES SAISIES. Comme le montrent les saisies effectuées en France, le trafic de cocaïne a tendance à augmenter : en 2005, 5 tonnes de cocaïne ; en 2007, 6,5 tonnes ; en 2006, année record, 10 tonnes ; en 2008, 8,2 tonnes. Les trafics importants, liés au grand banditisme, sont organisés dans les métropoles, Paris, Marseille et Lyon. Ils travaillent avec des grossistes implantés en Espagne, aux Pays-Bas, en Belgique, mais aussi en Amérique du Sud, notamment au Brésil, au Venezuela et dans les Antilles. Comme dans toutes les formes de commerce, il existe des semi-grossistes, puis des détaillants professionnels.

La principale voie utilisée par les trafiquants reste la voie maritime. L'axe des Antilles est le premier axe. Ce sont des voiliers qui chargent environ une tonne vers l'Espagne, les îles du Cap Vert ou les Açores. Pour contrer ce trafic, la France a mis en place une organisation interministérielle avec la police judiciaire, la gendarmerie, la marine et la douane, basée à Fort-de-France, en Martinique.

Le dispositif s'est révélé si efficace que les trafiquants ont dû changer de route. De plus en plus, ils passent plus au sud, du Brésil à l'Afrique de l'ouest. Le trafic y est moins surveillé : les côtes africaines sont très étendues, les moyens de surveillance faibles et la corruption facile. Contre cette nouvelle route de la cocaïne, qui utilise cette fois des cargos transportant 3 ou 4 tonnes de cocaïne, un centre d'analyse de renseignement maritime placé à Lisbonne coordonne l'action de plusieurs pays européens qui mettent en commun leurs informations, leurs forces d'interception maritime, navale et aérienne. Le bilan de cette coopération est très intéressant puisque, depuis 2007 près de 35 tonnes de cocaïne ont été saisies.

Aujourd'hui, le principal souci et le nouvel enjeu, c'est l'Afrique. Les trafiquants colombiens et vénézuéliens qui se sont implantés de manière durable en Afrique, dans le Golfe de Guinée, en Afrique de l'ouest, ont acheté des commerces légaux, des pêcheries, des conserveries, de manière à disposer de flottilles qui leur permettent de se rendre en haute mer, de décharger les cargos au large. La cocaïne stockée sur place, avec des complicités locales de l'appareil politique ou militaire, remonte ensuite par voie aérienne, par voie terrestre aussi, empruntant notamment la bande sahélo-saharienne qui traverse le nord du Niger, le Mali, le sud de l'Algérie. Ensuite, la cocaïne retrouve la route du cannabis et la Méditerranée. Contre l'activité des trafiquants en Méditerranée, un centre de coordination de la lutte antidrogue a été créé à Toulon en France, avec la participation de l'Espagne, de l'Italie, de la Grèce et de Chypre. Depuis peu, un pays du sud de la Méditerranée, le Maroc, participe aussi aux activités de ce centre.

En Afrique, deux nouvelles plateformes spécifiques sont créées, l'une pour l'Afrique anglophone à Accra, l'autre à Dakar pour l'Afrique francophone. En outre, des officiers de liaison « stupéfiants » sont basés dans les principales capitales concernées par le trafic.

Envoyé spécial

A. DIARRA

 

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Transit de drogue en Afrique de l'Ouest : BAMAKO, LA 3è PLAQUE TOURNANTE

 

Dans la mesure où les personnes et les biens peuvent circuler librement dans l'ensemble de la zone CEDEAO, la drogue introduite dans un pays d'Afrique de l'Ouest peut, en théorie, être réexportée depuis n'importe quel autre pays de la zone. Dans la pratique toutefois, la région est coupée en deux en raison de l'état embryonnaire du réseau routier de  la Sierra Leone et du Libéria. Au sud, le trajet entre Lagos et Accra, qui passe par Cotonou et Lomé, fait moins de 500 kilomètres et peut être  effectué en une seule journée.

Au nord, la drogue suit un itinéraire établi, non pas en fonction des distances, mais des dessertes existantes. En Guinée-Bissau, un des principaux  pays d'entrée de la cocaïne, les lignes aériennes commerciales qui desservent les marchés de destination ne sont pas suffisantes et les liaisons proposées depuis Banjul sont à peine plus nombreuses. La plupart des passeurs opérant dans le nord de la zone CEDEAO préfèrent donc partir de Dakar ou de Conakry.

Une troisième plaque tournante a récemment émergé à Bamako, au moment le plus fort du trafic, notamment pour la drogue acheminée par avion vers les destinations de l'intérieur. Dans toute la région, à l'exception de la Guinée-Bissau, l'essentiel du trafic semble être contrôlé par des trafiquants nigérians. La plupart ont un statut de résident dans les pays où ils opèrent et utilisent des partenaires locaux.

Les ressortissants d'Afrique de l'ouest qui facilitaient le transport de la drogue étaient rétribués en cocaïne et expédiaient ensuite la drogue vers l'Europe pour leur propre  compte. L'essentiel de ce trafic s'opérait apparemment par le biais de vols commerciaux. Vers le milieu de 2007, le nombre de passeurs empruntant des vols commerciaux au  départ des aéroports d'Afrique de l'ouest a fortement diminué, si bien qu'aujourd'hui moins d'un passeur sur cinq rejoint l'Europe depuis l'Afrique de l'ouest. La plupart d'entre eux privilégient désormais les vols directs au départ de l'Amérique latine ou des Caraïbes. Outre cette baisse globale du nombre de passeurs, on constate que leur profil a évolué au fil du temps. Ils sont de moins en moins nombreux à emprunter des vols au départ des aéroports du Nord (Guinée-Bissau, Guinée, Gambie et Sénégal), alors que le nombre de « mules » en provenance des aéroports de la plaque tournante sud (Nigéria, Bénin et  Togo) ne cesse d'augmenter.

On a observé  une nette diminution du trafic au départ du Togo, qui s'est reporté sur le Bénin. Plusieurs chargements de cocaïne expédiés par mer d'Afrique de l'ouest vers l'Europe ont été interceptés dans le passé. Les trafiquants ne semblent pas non plus utiliser d'avions privés. Les passeurs aériens sont nettement moins nombreux. Les trafiquants n'ont donc plus qu'une seule possibilité : traverser le Sahara par voie terrestre ou aérienne pour ensuite traverser la Méditerranée par voie maritime ou  aérienne.

À première vue, traverser le Sahara par voie terrestre semble très improbable : le relief est extrêmement difficile, le réseau routier peu développé et les points d'approvisionnement en carburant très rares. Il oblige aussi à passer par des zones de grande instabilité politique où des extrémistes violents, des  insurgés et des bandits armés règnent en maîtres. Plusieurs frontières doivent être franchies, ce qui suppose de négocier avec les multiples entités chargées d'assurer la sécurité. Parvenus jusqu'à la Méditerranée, les trafiquants doivent encore éviter des contrôles aux frontières très rigoureux avant de rallier l'Europe.

Même si aucune saisie de large ampleur n'a été réalisée dans le désert à proprement parler, et que la plus grande saisie réalisée au Mali s'est avérée par la suite être en fait une saisie de haschisch, des éléments périphériques indiquent que cette route est toujours utilisée : plusieurs vols aériens ont été documentés dans le Sahel, dont certains avaient la capacité de transporter de grandes quantités de cocaïne. Il est possible que la drogue ait ensuite été transportée à nouveau vers les côtes pour être réexpédiée.

Quelques saisies ont été réalisées dans le nord du Mali alors que la drogue était transportée par voie terrestre, notamment une saisie de 116 kg en provenance de Guinée et une saisie de 49 kg en provenance du  Burkina-Faso.

A. D.

L'essor

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