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Nomination des préfets et sous-préfets : Le MATDAT prend un projet de décret controversé

Le ministre de l'Administration territoriale de la Décentralisation et de l'Aménagement du territoire (MATDAT), le colonel Moussa Sinko Coulibaly, vient d'initier un projet de décret tendant à modifier l'actuel décret n°95-210 déterminant les conditions de nomination et les attributions des représentants de l'Etat au niveau des collectivités territoriales. Au fond, il s'agit d'ouvrir les fonctions de préfets et sous-préfets aux militaires. Un projet de loi qui fait couler beaucoup d'encre et de salive.

 

Moussa Sinko Coulibaly, ministre de l’Administration, de l’aménagement

Le Syndicat autonome des administrateurs civils (Synac) et le Syndicat libre des travailleurs du ministère de l'administration territoriale (Syltmat) sont montés au créneau le vendredi 31 mai 2013 à travers une conférence de presse à la Bourse du travail pour dénoncer la relecture en vue du décret n°95-215 par le MATDAT, le colonel Moussa Sinko Coulibaly. La conférence a été animée par Gaoussou Coulibaly et Olivier Traoré, respectivement secrétaire général du Synac et du Syltmat.

 

Les conférenciers ont exprimé leur indignation quant à la volonté du ministre d'ouvrir ces fonctions à des copains militaires du camp, au moment où de valeureux officiers, comme le colonel-major Didier Dacko, sont en train de se battre sur le terrain.

 

Pour Gaoussou Coulibaly du Synac, l'actuel décret indique que seule la fonction du gouverneur est ouverte aux militaires et les fonctions de préfets et sous-préfets reviennent aux administrateurs civils. Selon le secrétaire général du Synac, même au temps d'ATT, ce décret était violé, en témoigne les nombreux préfets et sous-préfets militaires au moment du coup d'Etat, mais les deux syndicats ont toujours dénoncé et se sont opposés.

 

Ce principe a donc continué avec le ministre Coulibaly et c'est pour s'extirper de cette pression qu'il a décidé de relire purement et simplement le décret n°95-210, en vue de légaliser l'ouverture de ces fonctions aux militaires. Les syndicalistes sont d'accord pour les gouverneurs militaires, mais pas pour les préfets et sous-préfets, parce que, disent-ils chacun doit être à sa place. Les militaires au front, les administrateurs civils dans leurs bureaux.

 

Selon Gaoussou Coulibaly, le ministre essaye de mettre l'argument sécuritaire en avant, mais, a-t-il ajouté, ce n'est que pour arranger des petits copains en souffrance dans les camps. Olivier Traoré du Syltmat s'étonne du fait que malgré les protestations par tous les moyens, le ministre a déjà envoyé le projet de décret au gouvernement pour adoption.

 

Le ministre refuserait même de recevoir les syndicats partenaires sur la question. Toute chose que Gaoussou Coulibaly considère comme un mépris qui est aux antipodes de ses premiers discours quand il disait que sa porte était largement ouverte à tout le monde. « Le ministre se trompe d'époque et le Mali de 2013 n'est pas le Chili des années 1970. Les fonctions de préfet et sous-préfet doivent être professionnalisées en nommant ceux qui ont fait des études dans ce sens. Si le ministre s'entête dans son aventure, il sera demandé à tous les camarades de se retirer du processus électoral », a souligné le secrétaire général du Synac.

 

Et son homologue du Syltmat d'enchaîner : « Les préfets et sous-préfets sont des fonctions de proximité et leurs occupants doivent être ceux qui ont fait droit à l'école. L'administration n'est pas un métier de tout venant, il y a le professionnalisme et les exceptions doivent être limitées ».

 

Par ailleurs, les conférenciers se sont opposés à l'envoi de l'administration à Kidal sans l'armée malienne. Ils ont aussi dénoncé l'amateurisme de l'Etat dans l'organisation des élections.

 

« L'organisation des élections est du ressort de nos militants, qui sont décidés à jouer pleinement leur partition. Cependant, l'Etat doit rompre avec l'approche de la débrouillardise dans l'organisation des élections. Rompre avec la démagogie et opter pour le pragmatisme », a indiqué Gaoussou Coulibaly du Synac.

Abdoulaye Diakité   

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