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Marché de la dette privée : Le marché a besoin d’un nouveau train de réformes

L'Association des sociétés de gestion et fonds d'investissement marocains, en partenariat avec Casablanca Finance City, a organisé le jeudi 23 mai 2013, à Casablanca, une conférence-débat portant sur le thème : «Dette Privée au Maroc, enjeux et perspectives». Rehaussée par la présence du Ministre de l'Economie et des Finances et un parterre du microcosme financier de la place, cette manifestation a été l'occasion de dresser un bilan du marché de la dette privée et surtout de se pencher sur les enjeux et perspectives de celui-ci dans un contexte de resserrement des liquidités.

Ainsi, revenant sur l'évolution de ce marché, M. Amine Amor, Président de l'Asfim, a souligné que le marché de la dette privée a connu un développement spectaculaire au cours de ces 6 dernières années. Ainsi, «le gisement de la dette privée est passé de 46 milliards de dirhams en 2007 à 178 milliards de dirhams en 2012, soit une croissance de 287 %», a t-il expliqué. Il représente ainsi environ 25 % des crédits bancaires à l'économie, ce qui lui confère une place significative parmi les principaux canaux de financement de l'économie. Plus explicite, Mme Lamia Boutaleb, membre de l'Asfim, déclare que «la situation de liquidité combinée au resserrement des conditions d'octroi du crédit bancaire a plébiscité l'émergence du marché de la dette privée au Maroc. Ce compartiment du marché financier a contribué au financement de l'économie de façon importante au courant des dix dernières années». Pour preuve, avec un gisement de près de 180 milliards de dirhams, explique t-elle, «la taille du marché de la dette privée correspond actuellement à 50% du gisement des Bons du Trésor et à près de 41% de la capitalisation boursière au Maroc».

Dans ce cadre, le marché de la  gestion d'actifs, dont l'encours sous gestion est passé de 34 à 241 milliards de dirhams sur la période 2000-2012, a joué un rôle moteur. Selon Mme Boutaleb, «le gisement de dette privée détenu par les OPCVM marocains a décuplé depuis 2005, atteignant près de 91 milliards de dirhams à fin décembre 2012, soit prés de 37% de l'encours global des OPCVM de la place». C'est dire que les OPCVM marocains occupent une place importante sur le marché de la dette privée marocaine avec près de 53% du gisement global.

Des réformes

Allant dans le même sens, M. Nizar Baraka, Ministre de l'Economie et des Finances, explique que le développement du marché est la résultante des différentes réformes entreprises au cours de ces dernières décennies et qui ont concerné tous les compartiments du marché financier. Et aujourd'hui, «les besoins de financements importants de l'économie marocaine imposent le développement rapide du marché de la dette privée», a t-il ajouté. Dans un contexte marqué par un resserrement des liquidités, il importe d'accélérer les réformes du marché financier afin de consolider la confiance des investisseurs pour développer davantage le marché de la dette privé, notamment à travers le renforcement de la transparence via la notation des différents émetteurs et la mise en place d'un reporting sur les marchés des capitaux afin de permettre aux intervenants de mieux apprécier les risques et les opportunités de ce compartiment du marché des capitaux.

Répartition-des-émetteurs-de-dette-privée

C'est dans cette optique que s'inscrivent, souligne le ministre, les différentes réformes structurelles qui touchent tout le marché des capitaux dont la transformation du CDVM en Autorité des Marchés marocains de capitaux (AMMC) et les projets visant à l'élargissement des instruments de financement et d'investissement avec le marché à terme, les sukuks, les fonds indiciels cotés, les fonds immobiliers cotés, les obligations sécurisés, etc. Il reste que ces réformes, qui ne manqueront pas de donner une nouvelle impulsion au marché, parallèlement au lancement de Casablanca Finance City, tardent à sortir du carcan administratif.

Quelques faiblesses

Nonobstant les avancées du marché, il n'en demeure pas moins que, comparativement aux pays développés, le poids de la dette privée dans le financement de l'économie nationale demeure relativement faible, fait remarquer M. Amor. Ainsi, si aux Etats-Unis et dans les pays européens, ce mécanisme de financement représente plus du tiers du financement de l'activité économique, au Maroc, il dépasse à peine la barre des 10 %. Par ailleurs, malgré la forte hausse des missions depuis 2005, passant de 8,94 milliards de dirhams à 71,9 milliards de dirhams en 2012, soit une hausse de 40 %, le nombre d'émetteurs demeure faible. En effet, le marché ne compte jusqu'à présent que 61 émetteurs, ce qui est insignifiant par rapport au tissu d'entreprises du Royaume sachant que toute entreprise, quelque soit sa taille et son secteur, peut solliciter le marché, en étant bien sûr transparente. En outre, on note une forte concentration des émissions autour du secteur financier. Ainsi, les banques concentrent à elles seules 49 % du marché de la dette privée. Celles-ci, pour améliorer leur croissance aussi bien au niveau national qu'international, et dans leur volonté de se conformer aux règles prudentielles de Bank Al-Maghrib, recourent massivement au cours de ces dernières années au marché de la dette privée : certificats de dépôts, émission obligataires et emprunts obligataires subordonnés. D'ailleurs, les obligations et les certificats de dépôts représentent respectivement 92,38 milliards de dirhams et 60,94 milliards de dirhams du gisement de la dette privée, sur un montant global de 173 milliards de dirhams. C'est dire que les autres instruments de ce marché (billets de trésorerie, bons des sociétés de financement, etc.) sont très faiblement utilisés.

En outre, la problématique de la liquidité reste fondamentale pour les gérants d'OPCVM. La situation est d'autant plus complexe pour les gérants qui font face à des mouvements de rachat face auxquels ils sont globalement désarmés, ne pouvant pas effectuer de la gestion dynamique à cause de la conjoncture difficile.

Et pour corser le tout, le marché fait actuellement face à un retournement de conjoncture avec un assèchement des liquidités, un retour massif des levées du Trésor avec comme corolaire la hausse des taux, un contexte économique difficile se traduisant par la montée des risques, etc. En clair, une situation totalement à l'opposée de celle qui a prévalu durant la forte expansion du marché de la dette privée.

Moussa Diop

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La notation comme pomme de discorde

S'il y a un sujet qui a suscité un débat contradictoire lors de la conférence sur la «Dette Privée au Maroc, enjeux et perspectives», c'est bien évidemment celui de la notation. Définie comme étant une opinion prospective et indépendante sur la solvabilité relative d'un émetteur, la notation est souhaitée par l'autorité de tutelle, qui met en place des incitations en faveur des émetteurs notés, avec par exemple la réduction de la commission AMMC à 0,015 % au lieu de 0,025 %. I reste que celle-ci n'a pas fait l'unanimité. Le premier à juger inopportune de rendre obligatoire la notation est M. Mohamed Amine Bouabid, PDG de Salafin, qui souligne que la notation doit être facultative. D'ailleurs, pour étayer son raisonnement, il souligne que Salafin, qui émet sur le marché des Bons de sociétés de financement (BSF) depuis 2003, a vu son spread s'améliorer de manière continue, passant de 100 points de base en 2003 à seulement 62 pbs en 2012, grâce au fondamentaux de la société et non à la notation. Allant dans le même sens, M.  Khalid Nasr, Président du Directoire de BMCE Capital, expliquera que «la notation ne garantie pas le défaut». Pour étayer son raisonnement, il explique qu'«en Europe, il y a 50 milliards d'euros de défaut sur le marché des capitaux malgré la notation». M. Younès Benjelloun de CFG Group avertit du risque de ralentir le marché de la dette privée en rendant obligatoire la notation.

D'ailleurs, ils sont rejoints par M. Alain Mera, DG de Fitch France, qui explique qu'imposer la notation est l'erreur à ne pas commettre car «cela dévalorise la notation». Comme conseil, il souligne la nécessité d'aller progressivement vers celle-ci. Toutefois, pour les émetteurs qui souhaitent lever hors des frontières nationales, comme c'est le cas pour Alliances, le recours à la notation devient obligatoire, explique t-il.

Il reste que les personnes tenant à la notation semblent décidées à l'appliquer. D'ailleurs, selon Badr Alioua, membre de l'Asfim, l'Association a entamé des discussions visant à demander à ses membres de n'investir que dans les émissions initiées par des émetteurs notés et ce afin de mieux faire face à l'appréciation du risque. Pour eux, la notation permettra à tout investisseur d'avoir une opinion indépendante, avant et tout au long de la durée de vie de l'émission, du risque de crédit.

Pour rappel, la place de Casablanca n'a enregistré que 2 opérations de défaut.

MD

La Nouvelle Tribune

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