mis à jour le

« Ta7siin Athaoura » : 54% contre , 46% pour

Par Ridha Ben Kacem

Le projet de loi sur l’immunisation de la révolution ,appelé en Tunisie « Ta7siin Athaoura » , ne cesse de faire couler de l’encre de la salive et de la sueur, en Tunisie. Maintenant que l'on est fixé sur son contenu, l'on sait, au moins, qui est visé. En d'autres termes, on connait ceux qui font peur à Ennahdha et au Congrès. Congrès ? Soyons sérieux, à l'heure qu'il est, même un chien galeux battrait, à plate courture, les « champions » de ce parti-fantôme, à n'importe quelles élections, y compris les élections pour le choix des dirigeants du parti. Il s'agit bien, en fait, d'écarter les adversaires potentiels, du mouvement islamiste Ennahdha, en vue du prochain scrutin. Ni plus, ni moins. Le CPR, profiterait de la brèche ainsi, créée, pour gagner un ou deux points. Mais ce n'est pas le plus important. Pour ceux qui ont scellé définitivement, leur sort au diable, déguisé en saint, toute victoire de ce dernier se traduirait, automatiquement, par une victoire pour eux. Et, pour eux, c'est tout bon.

L'examen du projet de loi sur l’immunisation de la révolution est prévu, en séance plénière, pour la semaine prochaine. Déjà, il suscite une large polémique, voire même, un conflit ouvert, après avoir été latent, durant des moins, entre plusieurs partis politiques influents sur la scène tunisienne. Pour les tenants des thèses « pour » et « contre »,leur façon de voir correspond aux attentes du peuple tunisien. Ils auraient, mieux fait, les uns et les autres, de consulter leur base électorale, à défaut d'aller au devant des citoyens. S'ils l'avaient fait, ils se seraient rendu compte de deux choses aussi importantes, l'une que l''autre.

1/ Les tunisiens sont, majoritairement, contre le projet de loi sur l’immunisation de la révolution.

2 / Du fait que cette majorité n'est pas très prononcée, le projet de loi, s'il ventait à être voté, créerait, probablement, un fracture supplémentaire, dans un pays, déjà, largement divisé.

Laissons, donc, ces imbéciles de « politiciens » se chamailler autour de leur os, de la journée et allons consulter ce bon peuple de spectateurs et de voyeurs, pour connaitre son point de vue sur la question. Surprise ou pas, un récent sondage d'opinion, montre que, 54% des tunisiens ne sont pas favorables au projet de loi sur l’immunisation de la révolution, contre 46%, qui approuvent ce projet. C'est net, mais ce n'est pas assez tranché. Cependant, ce que l'on a, ici, c'est un positionnement, par rapport au projet de loi en tant que tel.

Par contre, si l'on demandait aux tunisiens, de choisir le meilleur moyen de traiter la question, c'est-à-dire, comment traiter la question de savoir s'il faut ou, ou pas, écarter les anciens responsables, de tout processus électoral, eh bien 52% d'entre eux choisiraient le référendum, pour trancher cette question. C'est une majorité, c'est clair, mais encore une fois, elle n'est pas suffisamment, tranchée. Or l'on sait que toute majorité étriquée, présente un grand risque de créer la zizanie, ce dont on n'a, vraiment, pas besoin, en ce moment.

Les résultats sont assez fiables, mais il faut, bien évidemment, les prendre avec les précautions d'usage. Le sondage a été réalisé par l’Institut Tunisie Sondages et a porté sur un échantillon de 2 200 personnes, interrogées, à travers tout le territoire tunisien, du 28 au 30 mai 2013. Les tunisiens se sont déterminés par rapport au projet de loi sur l’immunisation de la révolution.

Pour ses initiateurs, Ennahdha et son allié inconditionnel, le Congrès pour la République, le projet de loi sur l’immunisation de la révolution, comporte des articles qui interdisent aux protagonistes de l’ancien régime, de se porter candidats, aux prochaines élections générales, présidentielles, législatives et municipales, et ce, pour une période de 7 ans. Mieux encore, les personnes à exclure de la vie politique, visées, par ce projet de loi, ne pourront pas, non plus, exercer dans des postes de décisions, à savoir, gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, consul ou ambassadeur. En d'autres termes, il sera impossible de rééditer, l'opération de parachutage de Chedly Ayari, à la tête de la Banque centrale, tout comme il sera impossible de faire appel à des compétences, comme Mustapha kamel Nabli. Il faut, vraiment, être inconscient pour le faire. L'ennui, c'est qu'ils vont, réellement, le faire.

Prenons maintenant, ces 54% de tunisiens qui se sont prononcés contre ce projet de loi. Il se trouve que 57%, d'entre eux, estiment que ce projet de loi est conçu, par ses initiateurs, vraisemblablement, comme une « arme » visant à protéger les partis, à l’origine du projet, contre leurs principaux rivaux politiques, lors des prochaines échéances électorales. Oui, contrairement à ce que croient certains, les tunisiens ne sont pas dupes et savent, à l'occasion, faire preuve de lucidité.

Maintenant voyons ce qu'en pensent les 46% des tunisiens, qui soutiennent ce projet de loi. Eh bien, sachez que 58%, d'entre eux, pensent ou croient que le projet de loi, sur l’immunisation de la révolution, permettra d’éviter toute forme de retour des caciques de l’ancien régime. Cela représente, tout de même, en absolu, le quart de la population. En réalité, en retrouve, ici, en gros, le socle électoral d'Ennahdha.

Mais essayons de voir ces résultats dans le détail. L'on apprend, ainsi, que « La position des Tunisiens sondés, par rapport à ce projet de loi, diffère par tranche d’âge et par zone géographique ». C'est ce qu'a confié Raef Abdennadher, Directeur marketing et sondages, à TBC Partners, qui est une filiale de Tunisie Sondages. D’après lui, la majorité des jeunes et des séniors sont contre ce projet de loi, soit :

- 57% pour la tranche 20-24 ans
– 56% pour la tranche 25- 29 ans
– 60% pour la tranche 51-60 ans
– 63% pour les personnes âgées de plus de 61ans.

Quant aux jeunes adultes et les adultes, ils sont, en majorité, favorable au projet de loi, sur l’immunisation de la révolution avec :

- 57% pour la tranche d’âge 30-39 ans
– 54% pour la tranche d'âge 40- 50 ans

Avez-vous une explication ? Pourquoi les 30-50, ans, sont-ils, majoritairement, favorables à ce projet de loi ? Ce serait eux, qui auraient le plus souffert des exactions de l'ancien régime ? Compte tenu de leur âge, c'est fort probable. La génération des 30-50 ans, soit 20 ans, en tout, a souffert et n'a pas oublié. Elle veut se faire justice ou se venger. Les forces politiques qui ne sont pas favorables au projet de loi sur l’immunisation de la révolution, devraient pouvoir répondre aux préoccupations de cette tranche d'âge, avant de parler en son nom. Or qu'offrent-elles, aujourd'hui, en termes de rhétorique politique ? Rien !

Bien évidemment, il existe, également, une lecture régionale, de ce sondage d'opinion. L'on ne s'étonnera pas, à ce niveau, de constater que la majorité des tunisiens favorables, à ce projet de loi, se rencontre parmi les habitants des régions qui soutiennent, traditionnellement, Ennahdha. Et c'est, bien sûr, dans les autres que l'on trouve les opposants. Il apparait, ainsi, que les tunisiens, s'opposent au projet de loi à :

-60%, dans le grand Tunis
-56% dans le nord-est
-53%au centre-est

Quant aux tunisiens qui sont favorables au le projet de loi, ils sont :

-54%, au nord-ouest,
-53%, au centre ouest
-53% au sud-est
-54% au sud-ouest

Première remarque : Aucune, des régions favorables au projet de loi, ne cristallise une forte majorité, alors que le grand Tunis, se démarque, avec 60% de personnes qui se déclarent contre le projet de loi sur l’immunisation de la révolution.

Seconde remarque: la région du sud est, celle dont est issu Rached Ghannouchi, et qui, d'après les différents sondages d'opinion, réalisés, jusqu'ici, soutient Ennahdha, à plus de 60%, ne soutient, en fait ce projet de loi, qu'avec une majorité de 53%. Cette fois-ci, c'est à Ennahdha d'en tirer les enseignements utiles, car, comme toutes les autres régions du pays, le sud-est et le sud, d'une manière générale, comptent, aussi, beaucoup d'anciens dirigeants qui ont exercé durant le régime de Ben Ali. L'ignorer, c'est aller aux devant de pas mal d'ennuis.

Par Ridha Ben Kacem le 2 juin 2013

Tunisie Focus

Ses derniers articles: Dimanche , Ban Ki-moon a reçu le rapport des enquêteurs de l’ONU en Syrie  Une météorite tombe  Journée internationale de la démocratie . Bla-bla-bla chez les arabes