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Liban : Les élections reportées pour cause d’insécurité

En dépit des appels pressants de la communauté internationale, du président de la République et d'une partie de la classe politique, les principaux partis libanais se sont entendus pour reporter les élections législatives prévues le 16 juin 2013. Une première depuis la fin de la guerre civile, en 1990.

Le report des élections législatives au Liban s'accompagne d'une prorogation du mandat du Parlement, qui s'achève ce vendredi 31 mai, jusqu'à l'automne 2014. Il s'agit d'un accord conclu essentiellement entre les partis chiites et sunnites, auxquels se sont ralliées les formations chrétiennes membres de la coalition anti-syrienne du 14-Mars. Le président de la République, Michel Sleimane, et le principal parti politique chrétien, le Courant patriotique libre (CPL, du général Michel Aoun), se préparent à saisir le Conseil constitutionnel pour réclamer l'invalidation de cette prorogation qu'ils jugent anticonstitutionnelle. Mais à la Chambre des députés, l'accord jouit d'une confortable majorité.

Le report des élections intervient après l'échec de sept mois de négociations ardues entre tous les partis politiques pour tenter d'élaborer une loi électorale consensuelle, en remplacement de la législation actuelle, jugée non-équitable pour les chrétiens. En effet, le mode de scrutin et le découpage des circonscriptions, hérités de l'époque de la tutelle syrienne (1990-2005), empêchent l'électorat chrétien de peser significativement dans le choix de près de la moitié de ses 64 députés.

Le Parlement libanais est composé de 128 députés, répartis à égalité entre chrétiens et musulmans, tous rites confondus. Les deux formations chiites, le Hezbollah et le Mouvement Amal (du président du Parlement Nabih Berry), et le principal parti sunnite, le Courant du futur (CDF, de l'ancien Premier ministre Saad Hariri), ont invoqué l'« insécurité croissante » pour justifier la prorogation du mandat de la Chambre. « A cause des incidents sécuritaires, les candidats ne peuvent pas mener leur campagne avec liberté et le déplacement sûr des électeurs ne peut être garanti », a expliqué Nabih Berry.

Incidents meurtriers

Les développements des dernières semaines leur donnent un peu raison. Le mois de mai a été l'un des plus meurtriers depuis les événements de mai 2008, lorsque le Hezbollah et les partisans du 14-Mars se sont affrontés pendant quatre jours, à l'issue desquels le parti d'Hassan Nasrallah a pris le contrôle de Beyrouth et d'une partie du fief du leader druze Walid Joumblatt. Cette mini-guerre civile s'était soldée par l'accord de Doha, qui a débouché sur un package dealportant sur l'élection d'un président de la République consensuel (Michel Sleimane), l'organisation des élections législatives et la formation d'un gouvernement d'union nationale.

Mais entretemps, les clivages historiques entre les pro-occidentaux d'un côté, les partisans de l'Iran et de la Syrie de l'autre, se sont aggravés à cause du conflit syrien. Les Libanais sont profondément divisés sur cette question et les deux camps envoient des combattants en Syrie pour se battre aux côtés de leurs alliés respectifs. Malgré tous les efforts destinés à empêcher la contagion de la crise syrienne au Liban, illustrés par la fameuse « politique de distanciation » du gouvernement démissionnaire de Najib Mikati, les incidents se multiplient dangereusement. Les plus graves se sont produits à Tripoli, la deuxième ville du pays, dans la région du Nord, entre des miliciens sunnites pro-rebelles syriens, et alaouites partisans de Bachar el-Assad.

Les affrontements ont éclaté le 12 mai dans le sillage de l'offensive contre la ville syrienne de Qousseir -près de la frontière libanaise-, à laquelle participe des combattants du Hezbollah, aux côtés de l'armée régulière, et des islamistes sunnites libanais, dans les rangs des rebelles. Les combats de Tripoli ont fait 32 morts et plus de 200 blessés, des civils en majorité, mais aussi des militaires libanais. Malgré le déploiement massif de l'armée, des tirs intermittents se poursuivent dans la ville et des victimes continuent de tomber tous les jours sous les balles des snipers.

Une situation semblable à 2009

D'autres incidents armés ont eu lieu dans la ville de Saïda, à 40 kilomètres au sud de Beyrouth, entre des partisans du cheikh intégriste sunnite Ahmad el-Assir et ceux du Hezbollah. Dimanche 26 mai, deux roquettes se sont abattues dans la banlieue sud de Beyrouth, le fief du Hezbollah, faisant quatre blessés. A Ersal, à la frontière est du Liban, des inconnus, probablement proches des rebelles syriens, ont attaqué lundi 27 mai un barrage de l'armée libanaise, tuant trois soldats. La ville du Hermel, un des principaux bastions du Hezbollah, adossé à la frontière est avec la Syrie, est quotidiennement la cible de roquettes Grad, tirées par des rebelles syriens. On voit effectivement mal, dans ces conditions, comment organiser des élections législatives le 16 juin.

Cependant, l'insécurité croissante n'est pas la seule raison qui impose le report du scrutin. De l'avis de la plupart des analystes, des élections organisées sur la base de la loi en vigueur auraient donné des résultats semblables à ceux de 2009 et, par conséquent, reproduit les mêmes rapports de force. Pragmatique, la classe politique a donc jugé qu'il valait mieux ne pas s'aventurer à organiser une consultation populaire dont les résultats sont connus d'avance, et qui pourrait engendrer de graves incidents aux conséquences incalculables.

Au lieu de s'entendre sur une nouvelle loi qui ne donnerait l'avantage à personne, les partis politiques ont convenu de reporter les élections. Mais chacun attend les résultats de la guerre en Syrie, car de l'issue de cette confrontation se dégageront de nouveaux rapports de force au Liban.

Lu sur RFI

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