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Repère : Hollande, pari sur l’avenir

Que le président François Hollande s'exprime publiquement sur l'état de santé de son homologue Abdelaziz Bouteflika est en soi gênant. Pour lui, mais surtout pour nous, Algériens. Hollande, pour qui Bouteflika avait déroulé le tapis rouge en décembre, a dû être poussé à cet exercice qui consiste à «rassurer» les Algériens tout en affichant un semblant de détachement. C'était tellement perceptible face à la caméra de France 24. Le locataire de l'Elysée semblait vouloir s'acquitter d'une corvée, celle de devoir s'exprimer sur un sujet qui brûle les lèvres, en Algérie et de plus en plus en France. Cette inévitable question, sans doute bien «travaillée», sur la santé de Bouteflika, est une planche de salut tendue à François Hollande pour qu'il se sorte avec une pirouette de ce piège algéro-français aussi passionnant que passionné. Il se sentait presque l'obligation de parler comme si c'était une affaire interne... Pour cause, la presse française écrite et audiovisuelle, jusque-là bien «disciplinée» par rapport à la maladie du président Bouteflika, a subitement changé de cap éditorial. On ne se prive plus de gloser sur «l'après-Bouteflika», sur «les successeurs potentiels» ou carrément sur «le risque d'instabilité» en Algérie. Tout se passe comme si les médias français avaient été libérés d'un insondable devoir de réserve. L'un après l'autre, les journaux et les chaînes de télévision se jettent dans la bataille de l'information non plus sur l'évolution de la maladie du président Bouteflika, mais sur son successeur potentiel. Faisant appel à des avis d'experts et politologues algériens et français, les médias de l'Hexagone «organisent» la succession en Algérie, à l'ombre d'un Président souffrant aux Invalides, à un jet de pierre des rédactions parisiennes. C'est poussé par une telle effervescence médiatique que François Hollande a décidé, in fine, de rompre le silence. Un silence certes très pesant, mais qui est dicté par le sacro-saint devoir de non-ingérence dans les affaires internes d'un pays tiers, a fortiori l'Algérie. Pour la France, on l'aura compris, il s'agit de se tenir, autant que faire se peut, à l'écart du brouhaha politique algérien pour ne pas donner du grain à moudre à ceux qui dénoncent le «néocolonialisme», faiseurs de rois. Mais au fil des jours, l'establishment français ne pouvait plus se dérober à son devoir presque moral de dire un petit mot, quitte à servir, à son corps défendant, de caution à un clan ou un autre en Algérie. La prestation de François Hollande, toute en modération, était la quintessence de toutes ces préciosités. Hier, il se savait attendu en Algérie par les partisans et les adversaires de Bouteflika. Et, tout compte fait, chacun en aura pris pour ses goûts et ses désirs. Aux supporters du Président malade, il assure qu'il est en «convalescence», qu'il souhaite le voir regagner le «plus vite possible son pays». Aux autres, il précise entre les lignes que Bouteflika est en convalescence certes, mais qu'il «reçoit des soins nécessaires». Bref, une réponse courte et polysémique qui pouvait être interprétée en fonction de la proximité qu'on a avec le Président. Tout le monde est bien servi... Mais pour Hollande, il venait sans doute de se débarrasser d'un sujet très embrassant. De par les relations qui conjuguent histoire, culture et géographie entre la France et l'Algérie, le président Bouteflika est devenu, forcément, un patient politiquement encombrant en France. Finalement, François Hollande s'est plutôt bien sorti de cette épreuve. Tout en suppléant la faillite de la communication officielle qui se répand en «il va bien», «il va rentrer bientôt», il a aussi «rassuré» les Algériens, légitimement craintifs, sur le fait que le pays est doté de «solides institutions» capables, suggère-t-il, de gérer un éventuel retrait du Président. Quoi qu'il arrive, pour la France et pour Hollande, c'est un pari «normal» pour l'avenir.

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